Chroniques

Trick analysé par Genesis (1)

We Know That We Like Genesis #43
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 2 février 2021

 

Par André Thivierge

A Trick of the Tail, un album marquant une nouvelle ère de Genesis est enregistré!

Au début de 1976, Tony Banks, Mike Rutherford, Phil Collins et Steve Hackett terminaient les séances d’enregistrement du 7e album de Genesis.

Voici ce que les membres du groupe ont commenté sur les huit pièces de l’album en entrevues au fil des ans et ce que votre chroniqueur en pense.

Dans cette chronique, parcourons la Face A

Dance on a Volcano 5:55 (Rutherford, Banks, Hackett, Collins)

Le renouveau de Genesis débute avec un riff de Michael jouant de la guitare 12 cordes recevant immédiatement une réponse provenant de la guitare Gibson de Steve. L’interaction entre les deux guitaristes est simplement fantastique. On a ici une pièce moins romantique que le reste de l’album où on y entend un son puissant de batterie et une performance impeccable de Phil à la voix qui révèle un son rigide qui n’avait jamais émergé alors qu’il appuyait Peter.

Steve : « C’est une pièce très, très puissante. La batterie de Phil est superbe et il y a cette interaction bizarre entre Tony et moi appuyée par une rythmique incroyable. Pas facile de chanter sur une rythmique en 7/8. C’est je crois le soutien rythmique de Phil qui permet cela. »

Mike : « Le riff instrumental, qui est en 7/8 était un moment marquant. Cela englobait tout ce que Genesis faisait bien : majestuosité, du matériel puissant, des rythmes intéressants et de bonnes mélodies. Il y avait du drame en intro, de l’excitation. Cette intro et la première partie étaient très fortes. »

Tony : « Mike a écrit le début (probablement la meilleure partie de la chanson selon moi) et j’avais cette partie en 7/4 que je n’avais pas encore utilisé qui est devenue le couplet et la partie centrale de la chanson. »

La section instrumentale finale comprend des solos de Tony et Steve qui se pourchassaient.

Tony : « Je n’étais pas certain de cette partie finale. On aurait dû la terminer différemment à mon avis. »

Mike : « Je venais juste de terminer de lire le livre le plus récent de Carlos Castaneda et je m’y suis inspiré pour les paroles. On y parlait de frustration et de la méchanceté du monde réel.  J’ai essayé avec les paroles de la chanson de capturer ce sentiment de noirceur et de chaos. »

Selon le chroniqueur

Écrite au début des sessions de répétitions de l’album, on sent une libération avec cette pièce.  C’était notre première chance d’entendre la voix de Phil et de constater comment il maitrisait bien les chansons puissantes. Cette entrée en matière confiante démontrait que Genesis était plus fort que jamais avec la guitare 12 cordes de Mike sonnant comme des cloches appuyées par un son de pédales de basse frappant en coup de tonnerre.

Les ponctuations rythmiques de Phil étaient synchronisées avec la guitare principale de Steve et les textures de clavier de Tony. Le son est large, dynamique et presque cinématographique. On a droit ici à une des chansons les plus puissantes de l’histoire du groupe avec cette rythmique en 7/8 qui crée une tension soutenue par la voix confiante de Phil qui démontre dès le départ sa capacité à prendre toute la place laissée par Peter Gabriel avec cette métaphore volcanique.

On comprend immédiatement en écoutant la rythmique changeante de Phil sur cette pièce pourquoi il a été longtemps considéré comme un des meilleurs batteurs du rock progressif. Il s’agit d’une des pièces les plus complexes et impressionnantes musicalement en raison des changements fréquents de signature rythmique avant la dance instrumentale de fin jazzée et rapide menée par la guitare de Steve.

En spectacle

La pièce est devenue une composante clé des spectacles de Genesis pendant de nombreuses années. Elle a été incluse dans toutes les tournées du groupe entre 1976 et 1982. Elle a aussi fait partie du Old Medley de la tournée de 1992.

Sur disque, Dance on a Volcano est apparu sur l’album Seconds Out, enregistré au Palais des sports de Paris en juin 1977. La fin de la chanson a été remplacée par un duo de batterie entre Phil et Chester Thompson menant à la pièce Los Endos.

On peut entendre également un extrait de la chanson faisant partie du Old Medley enregistré à Hanovre en Allemagne le 10 juillet 1992 sur l’album The Way We Walk, vo.2 : The Longs.

Entangled6:26 (Hackett, Banks)

Steve : « Cette chanson était largement mon bébé et le groupe a repris la balle et couru avec celle-ci. Mike y a rajouté sa touche et Tony a offert un son de chorale avec son Mellotron à la fin.  On avait à l’époque l’habitude de composer plusieurs chansons de cette manière, en improvisant. On arrive avec des parties, on termine en groupe. C’est très efficace. »

La chanson est structurée autour de 4 guitares acoustiques et électriques jouées par Steve, Mike et Tony. La voix de Phil est très douce, contrastant avec la chanson précédente.

Tony : « Steve avait un bout de chanson qui était en ¾ et j’avais ce refrain qui n’avait pas été utilisé qui avait la même signature rythmique. On se demandait comment ça sonnerait si on les mariait. On a essayé et ça a fonctionné. J’avais écrit le tout au début au piano et on l’a transféré à la guitare avec la voix qui chantait ce que le piano jouait. Lors des changements d’accord, ça générait de belles harmonies. »

Et on a ensuite la finale instrumentale joué par Tony au Mellotron et au synthétiseur avec cet effet de vibrato caractéristique qui interagissait avec la guitare et la pédale de basse.

Steve : « Le Synthétiseur ARP Pro Soloist était un des premiers synthétiseurs analogues mais ça sonnait très bien. Aujourd’hui, il y a des claviers avec des milliers de sons mais à l’époque, si vous aviez besoin d’un son, alors il y avait un clavier pour ce son. C’est pourquoi, les gens s’intéressaient tellement aux mellotrons. Ils faisaient un nombre limité de choses mais le faisaient très bien quand cela fonctionnait. Il y avait toujours cette crainte. »

ARP Pro Soloist

« Les paroles que j’ai écrites étaient inspirées d’une peinture de Kim Poor (son amie de l’époque) et parlaient de rêves. Je pensais à un genre de paysage de rêve. C’était l’idée d’un homme d’affaires qui avait du succès, qui avait des cauchemars. Il perdait contrôle dans son sommeil, il voyait un psychologue. Je me souviens que Phil m’avait dit que ça sonnait très Disney, comme Mary Poppins, sur les toits et les maisons, avec un sentiment de flottement. »

Steve Hackett et Kim Poor

Selon le chroniqueur

Cette pièce est une transition parfaite qui nous laisse respirer après l’énergie débordante de Dance on a Volcano. Nous avons ici une très jolie pièce, avec une prédominance de guitare soutenue par le Mellotron et le clavier qui capturent l’effet hypnotique de la voix de Phil. Le magazine Classic Rock Review notait que la chanson offrait un paysage musical s’apparentant à une vieille chanson folklorique anglaise.

La fin de la chanson utilise des couches de guitare, semblable à ce que Genesis avait fait avec Stagnation à l’époque de Trespass mais avec les techniques de production plus avancées qu’offraient les studios en 1976. La pièce a été lancée en simple avec A Trick of The Tail en face B sans connaître du succès.

Il s’agit d’une magnifique pièce musicale démontrant la versatilité du groupe et la complémentarité de chacun des musiciens.

En spectacle

Entangled n’a été joué que durant la tournée de A Trick of The Tail en 1976. Steve se souvient : « Nous avions plusieurs guitares 12 cordes qui avaient tendance à se désaccorder. Autant, nous aimions à nos débuts utiliser celles-ci mais avec trop de guitaristes jouant plusieurs guitares, ça devenait compliqué. »

Sur disque, la chanson n’est apparue qu’une seule fois, enregistrée le 10 juillet 1976 à Staffordshire (Angleterre) et offerte sur le coffret Genesis Archive #2 1976-1992, lancé en novembre 2000. Bill Bruford jouait de la batterie sur cet enregistrement.

Squonk6:29 (Rutherford – Banks)

Une piste implacable menée par un riff de guitare puissant (à la fois de guitares 6 et 12 cordes) de Mike qui est à la fois le leader instrumental (il y joue la guitare rythmique et les pédales et guitares basses) et le compositeur principal de cette chanson.

Tony : « Squonk était davantage une chanson de Mike que la mienne. Je n’ai écrit que les parties plus secondaires. Mike a écrit le riff principal et celui du refrain et on a ajouté des parties au reste. J’ai ajouté un peu à la ligne mélodique. La chanson est en accord mineur et je joue un accord majeur au refrain. J’étais vraiment un compositeur secondaire ici. »

Ce qui en a fait une pièce unique, c’est la section rythmique, spécialement la batterie.

Phil : « C’était une pièce exceptionnelle. Je veux dire que c’était un peu notre chanson à la Led Zeppelin, notre Kashmir, un peu de When The Levee Breaks. Quand on écoute cela, ça ne sonne peut-être pas comme cela mais c’était notre intention; ces accords de guitare lourds et moi qui a mis mon chapeau de John Bonham. »

Mike : « Je n’étais pas sûr au départ du potentiel de la chanson. Je ne pensais pas que ça sonnerait comme cela. Tout le monde m’a dit « essayons là! ». C’est ce qu’on a fait et le son qu’on entend sur l’album est apparu immédiatement au premier essai. »

Steve : « Genesis est définitivement un groupe qui sonne très anglais. On y entend les influences des hymnes et chansons folkloriques et il y a ensuite Phil qui a l’habilité de faire swinguer certaines lentes mélodies. Squonk en est un exemple. La basse ne bouge pas, c’est juste immobile et vous avez toutes les inversions sous le soleil avec cela. »

Mike est aussi l’auteur des paroles à propos d’une créature mythique vivant dans le nord de la Pennsylvanie. Attristée par son horrible apparence, les pleurs constants du pauvre animal attirent facilement les chasseurs qui n’ont qu’à suivre la piste des larmes.

Mike : « J’ai trouvé cette sorte de fable et c’est de là où proviennent les paroles. Nos histoires à l’époque n’étaient pas obscures mais à propos de sujets, histoires essayant de dire des choses en faisant des parallèles. Ça nous a pris du temps à développer des histoires plus directes disant « Je t’aime », vous savez. Je crois que c’est Phil qui nous a réellement aidé ici. C’est lui qui éventuellement commencera à écrire des paroles plus personnelles et directes. » Peut-être que Squonk était une tentative de maintenir une certaine continuité avec les histoires fantaisistes du passé écrites par Peter.

Mike : J’ai développé auparavant des paroles fantaisistes. Tony et moi avions développé les paroles de Watcher of The Skies. Ce n’était pas difficile, ça nous semblait naturel d’écrire à propos de choses étranges. Mais d’un autre côté, on ne pouvait écrire de telles choses à la manière de Peter. On est devenu quelque chose d’autre. » C’était la première chanson faites en répétition avec Phil à la voix après de multiples tentatives avec plusieurs candidats.

Mike : « C’est après avoir entendu Phil offrir cette voix remplie d’âme et un peu jazzée qu’on a réalisé qu’on pouvait continuer après le départ de Peter. »

Selon le chroniqueur

Squonk, avec ce son direct et cette batterie enivrante aurait pu très bien ouvrir l’album. Il s’agit d’une pièce de style inhabituel pour Genesis. On y entend un des plus puissants riffs de guitare de Mike et un rythme serré, puissant et clair de Phil. 

Genesis n’avait pas à l’époque (ni par la suite), la réputation d’offrir des pièces heavy (sauf peut-être à quelques courts moments sur l’album The Lamb). C’est clairement une pièce faite pour être jouée en spectacle.

En spectacle

Squonk deviendra une pièce inévitable en spectacle. Elle sera offerte pendant les 4 tournées subséquentes à l’album de 1976 à 1980, ouvrant même le set en 1977. Elle a fait aussi partie d’un medley durant la tournée de 1983.

Sur disque, on peut entendre Squonk enregistré au Palais des sports de Paris en juin 1977 sur Seconds Out, paru la même année avec Chester Thompson à la batterie.

Mad Man Moon – 7 :35 (Banks)

Tony : « Mad Man Moon a toujours été une de mes chansons favorites. Je l’ai complètement écrite moi-même. J’étais très heureux de la plupart des parties. Je veux dire, la partie centrale n’est pas jouée aussi bien que je l’aurais voulu mais les couplets et ce qui l’entourent sont très bien. J’étais très heureux de la séquence des accords et des changements d’accords car ils étaient inhabituels sans nécessairement sonner trop bizarre. Il y a une touche très romantique à cette chanson. » Cette pièce, écrite entièrement par Tony est basée principalement sur des arrangements de piano. La section instrumentale est appuyée par un son de grand orchestre et les bruits de tambour de Phil.

Tony : « C’est une chanson sur le désir et la frustration d’un être humain, de ne pas obtenir ce que vous voulez quand vous le voulez et rêver à comment les choses pourraient mieux aller. C’est une pièce fantaisiste. »

Phil : « À ce point, il y avait quelques chansons individuelles. Tony avait ce Mad Man Moon.  Vous savez, comme chanteur, c’était parfois un défi d’interpréter les paroles de quelqu’un d’autre. Elles ne vous touchent pas nécessairement. »

Tony : « Cette histoire a été écrite à l’époque où je me sentais réprimé comme étudiant (ce fut mon cas). Écrire sur de vraies choses comme les relations humaines allait au-delà de ma capacité. Alors, j’aimais écrire des histoires et prendre des idées provenant de la mythologie où vous pouviez puiser dans des idées philosophiques. C’était le cas avec cette chanson, vraiment! »

Selon le chroniqueur

On a ici un bel exemple de la direction que voulait prendre Tony dans son écriture musicale. Il offre une magnifique ballade romantique à propos de courir après ce que l’on n’a pas, sans apprécier ce qui nous appartient. Tony avait déjà prévu que la chanson serait interprétée par Phil, même avant que la décision soit prise qu’il devienne le chanteur principal.

La musique est flottante pendant deux couplets avant de s’envoler au refrain. On y retrouve un des meilleurs solos de piano de Tony, spécialement dans la section centrale, appuyée par des arpèges au synthétiseur qui donne un effet symphonique.

En spectacle

La pièce n’a jamais été jouée en spectacle, probablement en raison de la complexité des arrangements de clavier au milieu de la chanson.

À venir dans la prochaine chronique, l’analyse de la Face B et l’appréciation de l’album par le chroniqueur.

À suivre!

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

Si vous songiez à appuyer notre site, c’est maintenant, c’est ici. Chaque contribution, qu’elle soit grande ou petite, aide à notre survie et appuie notre avenir. Appuyez Famille Rock pour aussi peu que 5 ou 10 $ – cela ne prend qu’une minute. Merci  !

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top