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Plume Latraverse le génie

Plume : le trouble-fête
Publié le 28 avril 2022

 

Par Ricardo Langlois

Pour les 100 ans de Kerouac, je me suis permis une retraite volontaire. J’avais besoin de revisiter certaines œuvres. Ceux qui au départ sont en retrait du monde, j’ai pensé à Plume. Une voix unique. Une voix de la conscience. J’ai réécouté les nombreuses compilations. J’ai redécouvert Livraison par en arrière. Un grand bonheur.

C’est vrai que j’étais dans un passage de ma vie qui est hors du réel. Depuis le début de l’année, je lis à haute voix mes poèmes et ceux de Gaston Miron et Jacques Prévert. J’ai mon petit public. L’oralité du texte c’est important. Plume est un maître, un philosophe et un génie. Dans les thèmes: le langage, les images, la musique, l’interprétation jusque dans l’esthétique du bâclage et de l’imperfection. Une imperfection calculée. Une technique artistique non conventionnelle. Chanter l’amour, la pauvreté, les petits oiseaux.

Le génie de Plume

Plume s’amuse à pasticher le classique: les soleils couchants de Verlaine. Reprenant à son compte le célèbre poème: Une aube affaiblie verse par les champsLa mélancolie des soleils couchants. Il leur donne une nouvelle signification en leur accolant un poème enfantin sur l’amour d’un enfant pour sa maitresse d’école. Plume Latraverse, c’est un monde beaucoup plus complexe et organisé que les dehors décontractés que le chanteur nous laisse croire. Plume confiait en 1985: J’ai développé le personnage de bum qui pouvait dire n’impoorte quoi, par toutes sortes d’excentricités.

Plume (né Michel Latraverse, Rosemont, Montréal, 11 mai 1946) est dans ce bout d’entrevue datant de 1976 (1). Dépité par la connerie personnelle, le poète a décidé de jouer les troubadours, trouble-fête, en cultivant le mauvais goût avec beaucoup de verve. Auteur-compositeur aussi prolifique que talentueux, cet homme a créé de grands classiques de la chanson québécoise et ce, sans jamais faire de concession pour plaire au grand public. Plume, c’est l’homme des tavernes qui peut lire Villon et admirer Brassens. Mais préfère les saoulons et les brassières et qu’on chante sans s’en vanter. Je me souviens de l’album: Les plus pires succès lancé après seulement 4 ans de carrière solo.

Un parallèle avec Kerouac

Cette année, je relis Big Sur (2), mon livre préféré de Jack Kerouac. Cet écrivain s’opposait à certaines habitudes, à certaines attitudes sociales de son temps qui non seulement freinent les aspirations de l’individu, mais détruisent en lui la joie, la tendresse et l’amour, cette trilogie fondamentale de la religion. Il y a l’aspect cynique qui semble être la pierre angulaire de son œuvre. Il dira: Pas tant que ça. Si j’ai le record du cynisme, ça fera au moins un record! J’ai peut-être aussi le record de la plus belle pochette avec Vieux show son sale (rires). Le monde est tellement bien-pensant. Qu’est-ce quelqu’un comme moi peut faire contre une armée de Gregory Charles?

J’ai envie de vous dire aussi que même si j’ai adoré Pommes de route et Le vieux show son sale, je suis passé à côté de Livraison par en arrière (1981). Je l’ai écouté trop vite. C’était à l’époque de Pop Rock, j’écoutais du heavy metal huit heures par jour. C’était mon travail. Une époque bénie (Priest, Maiden, Ozzy, ACDC, Scorpions, Van Halen, etc ) connectée sur un imaginaire. L’empire des guitares. Le jeu du corps (la perception, la sensation, l’émotion). C’est une expérience qui ne reviendra plus.

Je me suis reconnecté sur l’œuvre de Plume.

En 83, il était en tournée avec Offenbach. Ma rencontre avec Gerry Boulet m’a profondément bouleversé. Offenbach a pris toute la place avec Voivod par la suite. Il n’a jamais arrêté vraiment. En 1982, il obtient le prix Georges Lenouel du disque le plus littéraire de l’année pour Métamorphose Tome I. La tournée À fond d’train avec Offenbach en 83. En 84, sortie de Métamorphose Tome II. 1985, sortie d’Insomnifère. 1987, publication du roman Contes gouttes ou le pays d’un reflet. Et ça continue comme ça.

Prisonnier de son image

Plume est un personnage (3) Le mythe contemporain mais c’est aussi le piège le plus grossier auquel il (l’artiste) risque de se prendre. Cette image dont il ne viendra jamais tout à fait à se défaire, monstre phagocyte autosuffisant et autoreproducteur, jouissant d’une existence indépendante de la volonté qui l’a mis au monde, plus le mythe est puissant, plus l’image mythique est forte, davantage il s’impose.

Retenons certains titres de chansons: Bobépine, Jonquière, Rideau, La bienséance, Le blues de la bêtise humaine, Pleine Lune, Le tango des concaves, Le rock’n’roll du grand flanc mou. Avec plusieurs rééditions (six en tout). De 1979 à 1994, l’artiste passe ainsi par un long cycle de métamorphose qui lui voudra même un détour vers la littérature. L’image du monde dans toute sa complexité: Le gros flash mauve (une chanson phare pour moi) illustre bien cette dualité et cette mésalliance qui caractérisent la composition de Plume. Réflexion existentielle sur la solitude et le sens de l’existence, cette pièce se termine par l’irruption de la réalité la plus triviale. Un désir dissimulé sur la vie. Cette vie qui passe par l’amour et la poésie. Plume adore la
joyeuse relativité qui remet toutes choses en perspectives. Tous les aspects du monde (l’absurde et le tragique de l’existence).

Ma chanson préférée. Élégie

Rien n’est acquis, tout se promène
Par la bouche du temps qui fuit
Les mots s’égrainent et la vie mène la vie
À quoi bon dire, sinon peut-être
Les mots n’ont jamais d’appui

Le temps est maître, du jour peut naître la nuit
Jamais-toujours, au gré des jours
Deviennent de plus en plus lourds, et courts…
Le temps ravage cœurs et visages
Espoirs, décors et images…

Des souvenirs, nulles promesses
C’est ce qui reste de l’oubli
Folles prouesses d’une jeunesse finie
Et je me penche avec tendresse
Sur la vieillesse et sur l’esprit

Quant la sagesse devient la seule amie
Jamais-toujours, au gré des jours
Deviennent de plus en plus lourds et courts
La mort s’engage, au bout de l’âge
Pour venir tourner la page…

Rien n’est acquis, tout s’imagine
Et c’est vraiment mieux ainsi
Quand s’illumine la vitrine de la vie.

Prix/Honneurs/Distinctions

– Disque de l’année/auteur-compositeur-interprète (All Dressed), 1979
– Pochette de l’année (All Dressed), 1979
– Scripteur de l’année/spectacle, 1980
– Artiste s’étant le plus illustré hors-Québec, 1981
– Spectacle de l’année/musique et chansons (Joyeux Noël Gustave), 1982

– Microsillon de l’année/auteur et/ou compositeur-interprète (Autopsie canalisée), 1983
– Microsillon de l’année/rock (À fond d’train «live»), 1984
– Spectacle de l’année/musique et chansons rock (Show d’Adiâble), 1985
– Reçoit la Médaille Jacques-Blanchet, 1994

– Spectacle de l’année/populaire (Plume Latraverse -FrancoFolies de Montréal), 1991
– Prix Miroir de la chanson d’expression française, 1994
– Auteur ou compositeur de l’année, 1995
– Album de l’année/country-folk (Chansons nouvelles), 1995
– Album de l’année/pop-rock (Mixed Grill), 1999

– Classique de la SOCAN: Bobépine (2011)
– Prix Miroir Coup de cœur, 2002
– Reçoit le Prix Sylvain-Lelièvre de la Fondation SPACQ, 2012 Gala de l’ADISQ
– Félix Hommage, 2002 Nominations

– Prix Miroir Coup de cœur, 2002
– Interprète masculin de l’année, 2003
– Scripteur de spectacle de l’année, 2016 Festival d’été de Québec

Notes

(1). Notes personnelles
(2). Jack Kerouac, Big Sur, Folio 1985.
(3). Source : Mario Leduc, Plume Latraverse, Masqué et démasqué, Triptyque 2003.

Ricardo Langlois est critique musical pour famillerock.com et critique littéraire pour lametropole.com Il a publié quatre livres de poésie.

 

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