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Bio rock Top 10

TOP 10 des biographies rock
Publié le 22 octobre 2021

 

Par Ricardo Langlois

Je vous présente mes choix personnels. Il n’y a pas d’ordre spécifique mais c’est Just Kids qui me représente le plus dans ma manière de vivre : l’amour, la passion, l’écriture, l’homosexualité, les débuts de Patti Smith comme journaliste rock etc. Bonne lecture.

1 – Patti Smith, Just Kids 

C’était l’été où Coltrane est mort, l’;été de l’;amour et des émeutes, l’été où une rencontre fortuite à Brooklyn a guidé deux jeunes gens sur la voie de l’;art, de la ténacité et de l’apprentissage. Patti Smith deviendrait poète et performeuse et Robert Mapplethorpe, au style très provocateur, se dirigerait vers la photographie. Liés par une même innocence et un même enthousiasme, ils traversent la ville de Brooklyn à Coney Island, de la 42e Rue à la célèbre table ronde du Max’s Kansas City, où siège la cour d’Andy Warhol.

En 1969, le couple élit domicile au Chelsea Hotel et intègre bientôt une communauté de vedettes et d’inconnues, artistes influents de l’époque et marginaux hauts en couleur. C’est une époque d’;intense lucidité. Ce livre est l’histoire de deux âmes qui s’aiment en pleine époque de la contre-culture. C’est mon préféré au top 10.

2 – Bruce Springsteen, Born to Run 

En lisant son autobiographie, j’espérais une proximité entre le chanteur (mon idole) et le fan que je suis. Ah, le maudit, il m’a eu quand il consacre un mini chapitre  : Un disc-jockey m’a sauvé la vie. J’ai pensé à moi au micro de CHAI FM et à CHOQ FM où des artistes me suppliaient de les faire jouer… Mettre le feu en ondes…Rêver en grand. La radio a fait des miracles !!! (Quelle époque avant Spotify et ITunes !!! On rêvait à chaque chanson. On redevenait des kids. L’imaginaire était une forme de noblesse surnaturelle).

À la page 302, le Boss se confie sur Born to Run, la genèse de cette œuvre monumentale. Pendant la journée, on courbe l’échine dans les rues d’un rêve américain enfui… je veux être le gardien de tes rêves et de tes visions… Le coeur parle (p314) et le cœur a aussi ses propres dérives : 1+1 = 3 , c’est l’équation essentielle de l’amour, de l’art, du rock et des groupes de rock. Voilà pourquoi l’univers ne sera jamais totalement compréhensible (p 341).

3 – Keith Richards, Life 

 

Cette biographie est un récit oral. Keith Richards nous raconte sa vie avant les Stones, sa découverte de la musique (le Blues en premier), les voyages, expériences, tensions internes. La créativité comme moteur de survie. Le pouvoir de l’inconscient. Le chapitre sept est lumineux (il cite Mozart, Vivaldi, Godard le cinéaste, John Lennon).

Pour Jérôme Brisson (collaborateur à Famillerock), c’est tellement sa manière de parler de Keith. Une extension de sa parole. À cause du rythme, les détails, les révélations, les tournures de phrases. C’est du Keith pur jus. Jamais un ghostwriter n’aurait écrit quelque chose d’aussi intime à mon avis.

 

4 – Jim Morrison, Personne ne sortira d’ici vivant.

Jim Morrison était beau comme un Dieu et il le savait depuis l’université. Il avait le look : cheveux longs, t-shirt, jeans. Il dormait peu, mangeait peu, sinon pour gober de l’acide. Parce que c’est ça aussi un poète. Il disait qu’il avait eu une illumination comme le poète Rimbaud. Le Rock’n’roll, il l’avait visionné dans son inconscient. Tout le concert rock était déjà dans sa tête. Les mots c’est la matière (la structure, l’architecture, l’évolution de la sensibilité, l’approfondissement de la poésie). Les fouilles sans fin de la mémoire. En 1965, il écrit Hello I love You et trois ans plus tard, un hit international. Mais, Jim est tourmenté. Peut-on aller au-delà de l’image physique et mentale?

End of the Night (la fin de la nuit) lui fut inspiré par le Voyage de la Nuit de Céline. Même une chanson simple pouvait prendre un sens expérimental. Les visages sont laids quand tu te sens seul dans People are Strange (les gens sont étranges).

5 – Serge Fiori, S’enlever du chemin

 

Comment aborder la sagesse quand on a 23 ans? Il s’amuse. Il expérimente. Il transforme le la en sol sur sa deuxième corde. C’est toujours pour l’amour qu’on devient fou. Ça doit être plein d’amour parce que c’est plein d’fous tout partout.

Écrit en 1976 (sans monde virtuel et numérique qui ne connaissent que le pur et simple présent). Cette formidable explosion génère des poussées d’énergie. De nouvelles voies. L’Art comme révolution existentielle. (2) L’art de Fiori, c’est d’y aller tout de suite pour l’intuition, il veut enregistrer l’Heptade dans sa maison à Saint Cézaire. Serge n’aime pas enregistrer dans un studio extérieur. Imaginez : enregistrer neuf chansons en six jours, comme ils l’ont fait pour le premier album avec un son presque live.

Pour moi, c’est le plus beau livre sur un musicien québécois. J’ai pleuré comme un enfant à lire et relire ses états d’âme. À lire la préface de Serge Fiori par le comédien Luc Picard. Il dira en conclusion : Envie de dire merci mon ami. Je me sens jamais seul en l’écoutant. J’ai l’impression de faire partie de la chanson, d’y être invité. De faire partie de ces gens qui ont quelque chose à raconter.

Voici une anecdote personnelle : j’étais adolescent, je cherchais un sens à ma vie. En écoutant l’Heptade, j’avais au cœur une connaissance du paradis aussi profonde que les théologiens… J’ai pensé à Christian Bobin, l’auteur qui voit la Lumière dans toutes les petites choses de la vie.

 6 – Neil Young, Une autobiographie

 

Je crois sincèrement que Neil Young a été le fondateur du mouvement grunge (début des années 90), qu’il a été le mentor de Pearl Jam et Nirvana. Ici on parle d’une autobiographie anticonformiste sans chronologie minutieuse des événements. C’est un homme qui porte un regard personnel, introspectif. Des anecdotes savoureuses. Son obsession pour les archives de la musique, sa bataille contre le son dégradé du mp3.

Il détaille beaucoup de choses et le défi du lecteur sera de s’accrocher jusqu’à la fin. Son amour des trains électriques, des voitures anciennes et électriques, des films, etc. Toutes ses passions tiennent peut-être trop de place. Et il y a les contradictions du grand compositeur, ‘’Je n’ai pas composé une seule chanson depuis que j’ai arrêté de fumer de l’herbe en janvier 2011’’ (Chapitre 21).

Par dessus tout, l’homme est intègre, vrai. Conscient qu’il est un créateur aimant la vie, sa famille, son fils Ben Young, tétraplégique (sa raison de vivre), mais, il n’y a pas que l’homme, l’amoureux de la vie et le passionné de la musique. Il s’adresse au lecteur comme un bon père de famille. Il explique, de manière candide la mécanique de composer. Comment lui sont arrivés les accords de guitare de Cinnamon Girl et ceux de la chanson-fleuve Down by the river, alors, qu’il avait la grippe et délirait dans son lit. Il parlera aussi de Woodstock et de sa rencontre avec le grand guitariste Jimi Hendrix. (Page 244).

Cette autobiographie, il faut la lire en écoutant Harvest (1972) un album parfait (classé dans les 666 disques qu’il faut avoir dans sa collection selon la revue Rock N Folk. La voix de Neil Young, incroyable, belle à pleurer.

 7 – Bruce Dickinson, L’autobiographie

Dans cette autobiographie, il livre quelques confidences sur son incroyable ascension. Issu d’un milieu défavorisé, Bruce Dickinson a su utiliser toute son énergie, son intelligence et son talent pour faire de sa vie quelque chose de grand. Si une large partie est consacré à son premier groupe Samson, le chanteur détaille quelques événements marquants d’une vie bien remplie : son passage en internat, ses années d’escrime, ses débuts avec Iron Maiden, les difficultés de la vie en tournée, son concert de 1994 dans un Sarajevo en guerre, sa passion pour le pilotage et sa lutte contre son cancer de la gorge entre 2010 et 2015.

Il narre ses relations avec le bassiste Steve Harris (qui est au passage le vrai boss d’Iron Maiden !) ainsi que quelques anecdotes sur Nicko McBain qui lui a donné l’envie de piloter. Le lecteur tourne les pages d’un carnet de bord intime où scènes de complicité et moments de joie de vivre sont racontés avec un humour très british. Et bien sûr on se régale des mille et une petites anecdotes sur les drogues, l’alcool, bref la vie rock’n’roll des groupes à la fin des 70’s. Maintenant en livre de poche.

 8 – John Lennon, Remembers

Je vous parle de Lennon Remembers, l’entrevue inédite à la revue Rolling Stone en 1970. En ouvrant le livre, le manuscrit de God, Dieu est un concept grâce auquel nous mesurons notre douleur, je le répète, Dieu est un concept grâce auquel nous mesurons notre douleur… Jann Wenner retranscrit avec un certain malaise : Notre souffrance est la souffrance qu’on endure tout le temps. Et je pense que plus la souffrance est grande plus on a besoin des dieux (p.9). L’album John Lennon-Plastic Ono Band (1970) est son premier vrai solo album. Introspectif et expérimental. Le premier opus est son meilleur.

« L’héroïne. C’était juste pas marrant. Je ne m’en suis jamais injecté. On en sniffait un peu quand on souffrait vraiment, je veux dire on ne pouvait pas. Les gens nous en faisaient tellement baver. On s’en est pris plein la gueule et particulièrement Yoko, On a pris de l’héro à cause de ce que les Beatles et leurs amis nous faisaient. Et on en est sortis » (p 19) Ce n’est pas une biographie au sens propre du terme. Un livre avec des propos inédits . Ce livre est sorti en français pour la première fois en 2018.

Rob Halford, Confess

Rob, en 1985, s’achète une petite Corvette rouge et je conduis le truck rouge de mon meilleur ami (je suis à Saint André d’Argenteuil avec Denis, un des fils de Gilles Vigneault et mon copain depuis 1980). Rob est toujours avec son amoureux David. Une relation amoureuse sans sexe mais interdépendante. David fréquente une femme mais Rob ne tient pas vraiment à le savoir. On le retrouvera dans un bar gay à draguer (sucer dans les toilettes, eh oui !). Le vrai amour ? Il y a un nouveau personnage, Brad qui débarque. C’est l’amour fou, encore une fois, un amour où à 33 ans, Rob se comporte comme un ado. Toujours dans le doute : est-ce qu’il pense à moi comme je pense à lui ? Est-il seul ? Est-il avec quelqu’un d’autre ? (p. 228 ).

25 années de vie de mensonges à propos de sa sexualité, suivra, une cure et une prise de conscience. Cette recherche est une affaire entre Soi et Soi. L’excès de fusion, de trop de solitude. Des espaces invisibles fabriqués par soi-même. La perfection d’une incarnation idéale. Chacun donne ce qu’il peut (4). Je crois que la tendresse, le dévouement valent mieux que cette misère sexuelle qui l’a amené à un faux sentiment de liberté. J’exprime mon sentiment personnel sur cette vie de rock star.

Pour Jérôme Brisson de Famille Rock, c’est une excellente autobiographie. Halford, j’admire un homme de le trempe de Rob qui s’est mis les tripes sur la table d’une manière aussi candide.

Pink Floyd par Nick Mason.

J’en ai jamais parlé. C’est le dessert pour les fans purs et durs de la formation. Le chapitre A chacun sa part est un document d’anthologie sur Syd Barret et l’arrivée de David Gilmour qui va tout changé. Mais cela n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour lui et pour son travail. Nous sommes toujours amis, et cette amitié est plus importante que tout. C’est sur le plan du travail que nous ne sommes pas toujours parvenus à nous entendre. Nous aurions dû trouver une
meilleure manière de collaborer. Mais nous sommes arrivés à comprendre comment mettre en musique ce que nous voulions. Nous avions un but commun, nous y sommes parvenus, malgré nos différences. Et ce sont ces différences qui nous ont permis de réussir.

Comment définiriez-vous la musique de Pink Floyd ? Nous avons légèrement intellectualisé le rock, nous n’aimions pas l’idée d’une musique “mainstream”. Nous n’avions pas le culte de la personnalité. Nous n’étions pas des rock stars, immédiatement reconnaissables. Je vous prépare un texte bientôt.

Notes

1. Just Kids est agrémenté de poèmes et de photos inédites. Ce récit a été récompensé par le National Book Award.
2. Born to Run . Compte rendu de mon article paru le 27 septembre 2016.
3. Life, Keith Richards. Merci à Jérôme Brisson pour le commentaire et Sylvain Cormier du journal Le Devoir qui le mentionne dans sa liste avec les Beatles.
4. Jim Morrison, compte rendu de mon article paru le 19 juin 2019.
5. Serge Fiori, article suivi de commentaire personnel écrit en septembre 2021.
6. Neil Young. Extrait de mon article et ajout de note personnelle.
7. Bruce Dickinson, L’autobiographie. Résumé. Notes de Rock N Folk.
8. John Lennon, voir article John Lennon, Beatle et prophète sur Famillerock.com
9. Rob Halford, Commentaire de Jérôme Brisson sur l’autobiographie Confess.
10. Pink Floyd par Nick Mason. Critique complète d’ici quelques semaines. Paru en 2016. Écrit par le batteur de la formation.

Ricardo Langlois est critique musical et littéraire. Il sortira son 4e livre de poésie L’empire fin octobre 2021.

Photo de bannière : La maison de Serge Fiori
INFOGRAPHE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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