Chroniques

Lindbergh Charlebois Péloquin

Lindberg, 1968
Publié le 7 mars 2022
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Republié le 28 octobre 2022

 

Par Laurent Lavigne

Ce texte est extrait du livre  27 chansons qui ont marqué le Québec, publié et disponible aux Éditions les Heures Bleues.

Lindberg
Paroles : Claude Péloquin (Pélo) 1942-2018
Musique : Robert Charlebois

Comment se fait-il que cette chanson ait connu un tel succès ? Est-ce grâce au texte éclaté de Pélo, à la musique planante de Charlebois, à la performance vocale de Louise Forestier ?

Lindberg est sortie gagnante du Festival de Sopot en Pologne, et l’album s’est mérité le Grand Prix du disque en France, le Grand Prix du Festival de la chanson française de Spa, en Belgique, et le prix Félix-Leclerc au Festival du disque de 1969.

L’année de sa composition,1968, est bouillonnante : il y a Mai 68 en France ; aux États-Unis, les manifestations pour les droits civiques et contre la guerre du Viêtnam se multiplient. Et Charlebois revient d’un séjour en Californie, les oreilles pleines de musiques psychédéliques, influences qui modifient son approche musicale : auparavant chansonnier, il devient électrique,
branché, comme Bob Dylan.

Le monde et les temps changent

Tout comme Charlebois, la chanson québécoise est en pleine mutation. Il y a encore les chansonniers d’un côté et les chanteurs populaires de l’autre. Les groupes yé-yé comme les Sultans ou les Classels se raréfient. Charlebois ne veut plus faire de la chanson comme il en faisait. Lindberg et California sortent au printemps 1968 en 45 tours.

Pourtant, ce n’est pas avant janvier 1969 que Lindberg atteint le palmarès, malgré qu’elle soit interdite à la radio, à cause des jurons.

Dans cet intervalle, il y a eu le spectacle l’Osstidcho au théâtre de Quat’Sous qui a choqué certains et plu à d’autres : spectacle révolutionnaire, provocateur, prônant un laisser-aller complet ; le son est tonitruant, on y crie, gesticule et les textes sont ahurissants. Avec ce spectacle, il n’y a plus de yé-yé, de chansonniers, mais du rock, psychédélique, heavy métal avant le temps.

Dernière représentation de L’Osstidcho au Quat’Sous, le 20 juin 1968.

Lindberg, chanson phare du spectacle, est révolutionnaire. C’est un trip et tout le monde plane. À un journaliste qui se questionne sur l’absence de H dans le titre, on lui répond que les musiciens l’ont fumé !!

C’est une première, une chanson psychédélique entièrement québécoise. Par la suite, tous les artistes du milieu ont su qu’ils pouvaient dorénavant s’éclater et ne plus copier les Français ni les Américains, mais avoir un son et un langage distinctifs québécois. En Europe francophone, on a même compris les « chu r’parti », « j’sais pu », « crisse de chute ».

Qui dit vrai ?

Comment s’est écrite cette chanson ? Au printemps 1968, Charlebois vit en commune, rue Melrose à Notre-Dame-de-Grâce, avec Louise Forestier, Pélo et Sophie Clément, sa muse. Plusieurs d’entre eux ont étudié à l’École nationale de théâtre du Canada, à Montréal. Charlebois y a fait la rencontre de Marcel Sabourin, qui l’invitera à s’éclater dans sa créativité et lui écrira plusieurs textes déjantés pour l’album contenant Lindberg, notamment Egg generation et Engagement.

Pélo

Que s’est-il passé ? On doit se fier au livre de Bruno Roy sur l’Osstidcho pour tenter de faire la lumière là-dessus. Il y a plusieurs versions :
Selon Louise Forestier et Mouffe, une nuit de fête, tout le monde a improvisé autour du piano à partir des flashs de Pélo, qui était parti sur des textes d’avions. Charlebois jouait la musique et Louise improvisait vocalement.

Un défi est alors lancé à Pélo pour qu’il écrive un texte en quelques minutes (5, 10, 15 ?) et que Charlebois compose la musique dans le même temps ensuite. Selon eux, il n’y a pas eu de défi. Robert aurait appelé Claude pour lui demander une chanson pour la face B du 45 tours, avec California sur la face A. Pélo lui aurait lu des bouts de textes au téléphone, mais Robert ne croyait pas être capable de faire une musique là-dessus. Même Gilles Vigneault lui aurait dit que c’était impossible : « Il n’y a pas deux lignes qui ont la même longueur. » Mais avec Sophie Clément, Robert aurait décidé du refrain parmi les bouts de texte, et aurait ajusté les couplets pour en faire une chanson unique et miraculeuse. Lindberg était née !

Claude Péloquin et Yann Perreault parlent de Lindberg. SOCAN 2017

Autres chansons émérites interprétées par Charlebois : Entre deux joints, Ordinaire, Conception, etc.

 

Cette chanson est extraite du livre 27 chansons qui ont marqué le Québec. Disponible sans frais de livraison àhttps://www.heuresbleues.ca/27-chansons
Voir la critique du livre ci-jointe de Sylvain Cormier du Devoir  

Fabriqué au Québec!
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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