Chroniques

Pierre Harel: mission à Paris

Chronique 439ème 
Tintin rencontre le capitaine Haddock
Suite de la 438ème chronique
Publié le 4 octobre 2020 

 

Texte de Pierre Harel

Après avoir été accompagnés à l’aéroport de Dorval, maintenant l’Aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, par la tribu Offenbach au complet, c’est-à-dire amies, amis et une poignée de fans, Pop’s et moi sommes montés à bord du vol de nuit d’Air France vers Paris devant nous débarquer à Roissy-Charles-de-Gaule tôt le lendemain matin. Ce fut une randonnée aérienne sans histoire tout le monde dormant à bord. Le lendemain aux aurores parisiennes, Pop’s Lulu et moi sommes descendus de l’avion, frais et dispos, pressés d’arriver chez Claude Faraldo et de possiblement prendre un déjeuner.

Nous avions récupéré nos bagages et nous nous dirigions vers la sortie où nous attendait la Rolls devant nous conduire à Garges-lès-Gonesse, lorsque des hurlements hystériques retentirent juste derrière nous : « Capitaine Haddock ! Capitaine Haddock ! » Nous retournant rapidement, nous vîmes, éberlués, courant vers nous en faisant de larges moulinets, monsieur Tintin lui-même et son chien Milou arrivant en courant, criant, jappant, se frayant difficilement un passage parmi la foule dense des voyageurs en débarquement. Ce Tintin sorti de nulle part, essoufflé, fébrile, petit monsieur bedonnant d’environ 36 ou 37 ans, rondouillet, coiffé, vêtu, maquillé à l’identique du Tintin d’Hergé, ne tenait pas en place, examinant Pop’s Lulu sous toutes ses coutures, s’exclamant de joie chaque fois qu’il découvrait une ressemblance avec le fameux Capitaine Haddock qu’il était absolument convaincu d’avoir enfin retrouvé. Ce charmant petit homme, fils unique d’un richissime financier qui soutenait toutes ses fantaisies, nous offrit l’accompagnement à destination puisque son chauffeur l’attendait au parking dans sa Bentley, et qu’il était libre de ses allées et venues pour la journée, arrivant tout juste d’une virée shopping à Londres.

Nous acceptâmes évidemment, et je donnai au chauffeur l’adresse de l’Hôtel particulier d’Évelyne Vidal à Garges-lès-Gonesse, un peu le Ville de Laval de Paris. Tout au long du voyage, Tintin n’eût de cesse de questionner Pop’s Lulu sur ses connaissances maritimes, sur ce qu’il savait du Château de Moulinsart et de ses probables ancêtres puisqu’il était le vivant portrait du Capitaine Haddock. Connaissait-il le Professeur Tournesol ? Les détectives Dupont et Dupont ? La célèbre cantatrice Bianca Castafiore ?

Quant à moi, assis à l’avant, je questionnais le chauffeur sur la probabilité de trouver une ou deux bonnes Labatt Bleue, à Paris. À ma grande surprise, cet homme précieux savait que je pourrais déguster une Bleue bien fraîche à l’établissement maintenant disparu, Aux 200 Bières, non loin des Champs-Élysées.

Nous venions à peine d’arriver à l’hôtel particulier de Mme Vidal à Garges-lès-Gonesse, commune de la banlieue nord de Paris située dans l’arrondissement de Sarcelles au sud-est du département du Val-d’Oise dans l’agglomération parisienne de la région d’Île-de-France, que, délaissant Pop’s Lulu et son Tintin, Claude Faraldo, l’amant en titre de Mme Vidal, m’amenait voir une Harley Davidson Electra Glide qu’il avait dans un garage attenant à l’hôtel, en m’annonçant qu’elle était à moi, et que je pourrais la ramener au Québec si je le désirais. Ce disant, il me tendait les clés de la rutilante machine que voici :

Ce magnifique modèle 1965, ayant équipé presque tous les corps de polices des USA et du Canada et qu’on peut voir dans le film « Easy Rider », était une imposante machine, lourde (908 lbs.), peu maniable, et malgré ça, j’acceptai d’emblée la proposition que Claude me fit d’aller l’essayer, en m’assurant qu’elle sortait de chez son mécanicien qui l’avait soigneusement inspectée et qu’il m’en garantissait la fiabilité. Je pouvais partir l’essayer en paix. Toujours est-il que j’enfourchai la divine machine et pris la route de n’importe où car je ne connaissais absolument pas la géographie urbaine de Paris et de ses banlieues.

L’Electra Glide Harley Davidson est la Cadillac Coupe DeVille des motos ! Je roulai confortablement de-ci, de-là, enivré par le puissant et sourd grondement du monstre dompté, admirant les paysages bucoliques des environs de Paris, où s’était autrefois installée la petite tribu des Parisii, de la Nation des Franks d’origine germanique, ayant colonisé il y a près de 3,000 ans ce coin d’Europe qu’est devenu la France et sa région parisienne. Sans m’en trop rendre compte, j’entrai dans Paris pour finalement aboutir aux Champs-Élysées, où je n’eus d’autres choix que de suivre le trafic intense tournant autour de l’Arc-de-Triomphe. Il était environ 16 heures trente, il faisait très chaud sous un soleil de plomb et nous avancions à peine. J’étais captif d’un bouchon circulaire à quatre voies et ce qui devait arriver arriva ! La Harley s’arrêta subitement d’une surchauffe du moteur et je dû user de toute ma force pour la tenir en équilibre et tenter de la pousser pour échapper à un fleuve de bagnoles, sous le flot nourri d’invectives d’automobilistes claxonnant rageusement à mon passage transversal au travers de cette cohue mécanique, d’où fusaient les imprécations parisiennes d’usage :

Parisien 1 – Hé! le merdeux ! Dégage avec ta bécane ! Enfoiré ! Abruti ! Enculé ! Andouille ! Amerloque de merde !

Parisien 2 – Abruti ! Achète-toi une trottinette ! Hé ! Bouffi ! Fout l’camp ! Bougnoule ! Ducon ! Imbécile !

Parisien 3 – Cul-terreux ! Faux-j’ton ! Connard !

Moi – Mangez toutt d’la MARDE ! Vot’ osti village de tabarnak de mal élevés, fourrez-vous-lé dans l’cul ma gagne de Saint-Cibouère !!

J’étais exténué ! Je n’en pouvais plus ! Lorsque, enfin, je réussis à sortir de cet enfer en poussant le lourd cadavre de la Harley, je me laissai choir sur l’herbe à l’ombre des grands arbres du Bois de Boulogne pour reprendre des forces. Ne sachant plus comment me sortir de ce pétrin, je décidai d’abandonner l’Electra Glide et de héler un taxi pour retourner à Garges-lès-Gonesse et revenir le plus rapidement possible chercher la Harley avec une dépanneuse, ce qui fut fait sans que j’eusse à m’en occuper car Claude Faraldo, mal à l’aise, quitta rapidement vers Paris où j’avais laissé sa luxueuse bécane.

Je suis finalement entré au salon, où quelques personnes, dont Carole Laure et Gilles Carle jouaient aux échecs. Un grand gaillard s’avança alors vers moi en me tendant une bouteille de bière froide perlée de gouttelettes de condensation que j’acceptai avec un plaisir non dissimulé, et que je vidai goulûment d’une seule gorgée pendant qu’il me regardait avec un sourire admiratif. Évelyne se leva de l’une des tables d’échec et s’avança vers nous pour faire les présentations : « Jacques Higelin, Pierre Harel d’Offenbach ». Quelques minutes plus tard, nous étions installés au piano et nous jouions quelques-unes de nos chansons, chacun notre tour, dans un tourbillon de notes et de poésie.

L’après-midi s’est poursuivi très tard dans la soirée et au cours des quelques jours qui ont suivi, jusqu’à ce que Lulu et moi reprenions l’avion vers Montréal, afin de rendre compte du voyage à nos Offenbach, et d’évaluer l’opportunité de repartir ensemble vers Paris le plus rapidement possible.

J’ai revu Jacques Higelin aux studios Saravah, en janvier 1975, alors qu’ayant quitté le groupe Offenbach, en 1974, au moment du lancement de mon film Bulldozer à Montréal, mon ami, feu Serge Reggiani, m’avait proposé de revenir à Paris pour enregistrer, chez Saravah, les chansons d’un nouvel album qu’il préférait que je chante, et qu’il finit par interpréter lui-même après que j’eusse amicalement refusé son offre, non sans en avoir enregistré trois, dont « Il suffirait de presque rien ». Je craignais de devenir une grande vedette de France puisque je détestais le show business et ses relents de monarchie, faisant des coquille vides plutôt que des artistes, et que je ne me sentais pas assez fort pour en éviter les pièges. Avec Jacques Higelin, qui était aussi là pour enregistrer les chansons d’un nouvel album, j’avais eu, à ce moment, le projet d’une série de spectacles conjoints au Québec. Mais comme chacun finit par le savoir, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres…

La prochaine chronique : Textes superbes mais voix imbuvable au Québec / versus / Voix magnifique mais textes ordinaires en France.

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

2 Comments

2 Comments

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles populaires

To Top