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Rolling Stones Sticky Fingers

Les 50 ans de Sticky Fingers
Publié le 21 juin 2021

Texte de Ricardo Langlois

Les Rolling Stones c’est l’image. Jagger, l’incarnation suprême du Glam Rock. Des chansons immortelles. Sympathy for the Devil, Gimme Shelter entre autres. Papa est un espion. Il aime entrer dans ma chambre pour découvrir mes trésors. Des bandes dessinées, des paquets de cigarettes de France, des revues de rock (Circus, Rock N Folk etc…),,, Je suis la résistance incarnée avec Bowie, Jagger… De beaux modèles. Wild Horses était sa chanson préférée sur Sticky Fingers… Papa, écoute-moi : je continuerai les yeux fermés à courir des milles en rêve (1)

Brian Jones

Mon idole, c’est Brian Jones. Ma coupe de cheveux vient de lui. Et non de Dee Dee Ramone. Pour des raisons bizarres, il pensait que le groupe lui appartenait. On en a eu la preuve pour la première fois quand on a appris qu’il faisait plus de fric que nous par semaine raconte Keith Richards. Putain de merde, j’écris des chansons et tu touches 5 livres de plus que moi par semaine. Mais, pour qui tu te prends.

Brian était avide. Brian était avide de notoriété, de gloire et d’attention. C’était loin d’être un idiot. Il adorait l’adoration. Il était Vénus et Jupiter à la fois. Énorme complexe d’infériorité. Dès que les filles ont commencé à hurler, il est devenu un autre. Ce n’est pas tout. Keith Richards dans sa bio, en rajoute : il se prenait pour un intello, un philosophe mystique (2) Pis quoi? C’est ça être une rock n’roll star. Il faut être alchimiste. Vouloir changer le monde. Prendre de la drogue. Oui, il est le souffre douleur du groupe. Mais, il est ami avec Hendrix et Dylan. Une relation amour-haine a existé. La guerre des Égos etc. D’accord il n’était pas toujours là. La cithare sur Pain it Black, comment l’oublier ? La marimba sur Under my thumb Oui, le fils de pute (comme vous dites) disparaissait pendant cinq jours. Il n’était plus là. C’est là l’idée de l’overdubbing. Keith Richards affirme qu’il jouait jusqu’à huit parties de guitare.

Sexe, drogue et Rock n’Roll

Sticky Fingers, neuvième album studio accueille le génial et mignon Mick Taylor comme membre définitif. Avril 1971, un album avec une pochette scabreuse. Une belle idée d’Andy Warhol (avec une véritable fermeture-éclair). J’avais cet album dans mes mains dans un Zellers (ce magasin n’existe plus aujourd’hui). Mon obsession : descendre la braguette juste pour voir. Brown Sugar avec son riff typique. La guitare délicate de Taylor sur Wid Horses, pièce folk tout en douceur. Un Mick Jagger tout en subtilité. Elle m’est venue dans un rêve tout comme Satisfaction racontera Keith Richards. Une chanson qui laisse sous- entendre un adieu poignant entre Jagger et sa muse Marianne Faithfull.

Mick Taylor

Sur Sticky Fingers, Mick Jagger parle énormément de drogues. Brown Sugar est un hymne à la drogue (à l’héroïne). Ici, je lis l’opinion de Taylor sur l’album culte : un disque merveilleux, sans un seul titre plus faible que les autres. D’une maniêre générale, j’essayais de garder ma sonorité personnelle. Taylor apporte une crédibilité artistique. À commencer par Sway, superbe ballade avec des paroles terribles (3)

Je ne verse pas de larmes
Sur le sol poussiéreux
Pour tous mes amis au cimetière
Il fait allusion sans équivoque à la mort de Brian Jones mais aussi à celles de Jimi Hendrix et Janis Joplin.
C’est juste que cette vie démoniaque
Me tient sous son emprise.

Tous les stigmates du rock seventies avec tous les clichés. L’incarnation du Mal. On l’a vu. On l’a exploré avec les Led Zeppelin et Black Sabbath. John Lennon venait de comparer les Beatles au Satyricon de Led Zeppelin, des fauves en rut à travers l’Amérique. L’époque de la contre-culture, c’est de dénoncer une forme d’hypocrisie. Bitch, un pur joyau stonien. Mick Jagger a 28 ans à l’époque. Un sex-symbole incroyable.


“You start out playing rock’n’roll so you can have sex and do drugs, but you end up doing drugs so you can still play rock’n’roll and have sex.”

Sister Morphine

Dans ma chambre, les cieux vastes vont faire place à Sister Morphine. Un ciel vaste, plein, scintillant, bruissant comme au premier temps du monde. Un ciel qui accueille la mythologie d’une chanson composée par Marianne. Je pense à Onfray, L’oubli du cosmos est un signe du nihilisme contemporain. Le rock a ses codes, ses cycles, l’éternel retour des cycles (4) Sister Morphine est un fragment de divinité :
Ici je m’allonge dans mon lit dhôpital
Dites-moi, sœur Morphine
Quand reviendras-tu ?
Oh, je ne pense pas
Que je puisse attendre
Aussi longtemps
Oh vous voyez que je ne suis pas si fort
Le cri de l’ambulance
Retentit dans mes oreilles
Dites-moi Sœur Morphine,
Combien de temps suis-je
Couché ici qu’est-ce que
Je fais ici ?

Pour moi, ado rêveur, cette chanson m’interpelle. Elle obéit à des lois surnaturelles. La drogue est un moyen de libérer le cerveau des contraintes physiques. L’odeur du joint me revient. L’odeur du pot ? Du hash ? L’intelligence de la Lumière. L’afflux de la créativité. La nuit avec tes écouteurs. Le ciel. La prière. La musique (concept, notion, énergie).

Jagger contre Bowie

Mick Jagger rêvait d’être Bowie. Bowie était le spectacle personnifié. Brusquement quelqu’un déifiait Mick sur son terrain, celui de l’apparence, des fringues, de l’excentricité. Mais n’empêche : Mick chantait I’m A Man vêtu d’un simple t-shirt, vaut dix fois mieux que Bowie. Pourtant Keith Richards insiste : il avait oublié et il continue à oublier qu’il a incarné la nouveauté. Mick n’avait jamais appris à danser. Ils se sont fréquentés. Ils s’admiraient mutuellement. Il faut regarder les photos de Jagger de cette époque (les yeux maquillés, l’intention ambiguë sur sa propre sexualité. Le monde du Rock : c’est l’image, le fétichisme, le désordre, l’effervescence. De nouvelles visions du monde. L’Adoration. Platon définira l’homme comme un bipède sans plume On fabriquera du divin avec des rock stars : Mick Jagger, David Bowie, Lou Reed, Robert Plant, Angus Young, Kiss (j’évoque quelques noms).

Être anticonformiste, l’album Sticky Fingers exprime une partie fondamentale de l’histoire du rock.

En 1994, l’album s’est retrouvé en 10 e position du livre All time top 1000 albums.

Notes de l’auteur
(1)Benoit Jutras, Nous serons sans voix, Les Herbes Rouges 2012
(2)Keith Richards, Life. Autobiographie, Points 2011.
(3)Revue Rolling Stone, avril 2021.
(4)Michel Onfray, philosophe, Cosmos, J’ai lu 2017.

Ricardo Langlois est critique littéraire sur lametropole.com. Il a également publié 3 livres de poésie.

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INFOGRAPHIE: MEL DEE
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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