Spectacles

Sword à Montréal

Sword, avec Deraps
Corona de Montréal le 14 janvier 2023
Publié le 16 janvier 2023

Texte: Jérôme Brisson      Photos/Vidéos: Luc Grisé 

Alors que je m’acheminais vers le Théâtre Corona samedi soir dernier, la radio de mon véhicule était syntonisée (comme d’habitude) à CHOM 97,7 FM et c’était la dernière de l’émission « Setlist Sessions », où l’animateur et disc-jockey Hal Jaques présentait chaque semaine, à un auditoire en manque de spectacles durant ces deux premières années de pandémie, un enregistrement en concert d’un artiste ou d’un groupe majeur de l’histoire du rock. Pour cette occasion, Hal a choisi de clore ces Setlist Sessions de la manière la plus fracassante possible : en diffusant dans sa quasi-intégralité l’album- concert No Sleep ‘til Hammersmith de Motörhead! Et histoire d’en rajouter une couche, Hal a enchaîné la dernière pièce de l’émission – à savoir la plus tonitruante version de Motörhead jamais endisquée – avec Lux Aeterna, le nouveau simple de Metallica!

Quelle heureuse coïncidence, me suis-je dit, d’entendre durant les 40 minutes qu’a duré mon trajet la musique de deux groupes incontournables dans l’histoire du métal qui ont chacun joué un rôle si déterminant dans la carrière de ce groupe que je m’apprêtais à acclamer sur scène, nos héros de la soirée Sword qui donnaient à Montréal le coup d’envoi à leur première mini-tournée québécoise officielle de 4 concerts pour promouvoir leur troisième album III paru en novembre dernier.  Un album d’ores et déjà encensé par la critique internationale et dont la sortie venait mettre un terme à un silence de presque 35 ans du légendaire quatuor montarvillois, soit depuis Sweet Dreams.

Les fans de la région montréalaise, jeunes et moins jeunes, ne se sont pas fait prier et ont répondu en masse à l’invitation : depuis le 5 janvier, le Corona affichait complet.

Deraps : Sunset-Strip-en-Québec!

C’était à la jeune formation hard rock québécoise Deraps que revenait la tâche de réchauffer une salle déjà bondée en attendant l’arrivée sur scène des têtes d’affiche. « Réchauffer » serait ici un bien grand mot en cette circonstance, car l’enthousiasme des spectateurs présents atteignait déjà un niveau de fébrilité maximal qui ne diminuera pas d’un iota de toute la soirée; il s’agissait donc pour le power-trio – Jacob Deraps à la guitare et au chant, William Lachance à la basse et aux chœurs et l’Australien Josh Gallagher à la batterie et aux chœurs – de garder ce niveau de fébrilité constant.

Un défi que ces émules avoués de Van Halen et du rock californien des années 70-80 ont su relever haut la main, et ce, dès les premiers « hammer-ons » incandescents de Jacob à deux mains sur le manche de son instrument lors de Invasion, le court solo qui ouvrait leur prestation. Et dix secondes après avoir attaqué le morceau suivant Sex, Drugs & Rock’n’Roll, extrait du premier album éponyme avec son riff et sa rythmique aux effluves de I’m The One ou de Hot for Teacher, le groupe du « guitar whiz » beauceron s’était déjà mis le public dans sa poche arrière!

Une énergie et une bonne humeur contagieuses, aucun temps mort, des chansons accrocheuses, une complicité et un plaisir de jouer patents – sans oublier leurs belles gueules de rock stars! – sont leurs atouts, et je tiens à souligner cette chimie unique entre Jacob et l’exubérant Josh au niveau du chant, une dynamique qui m’a rappelé à certains moments celle entre leurs homologues Mark Farner et Don Brewer au sein de Grand Funk Railroad il y a plus d’un demi-siècle (en passant les jeunes, allez voir sur YouTube Inside Looking Out de Grand Funk Railroad en concert, 1969… Génial!).

Bref, une demi- heure bien tassée de musique tonique et festive qui s’est conclue avec une reprise survitaminée du Ballroom Blitz de Sweet, qui a valu à ces jeunes espoirs internationaux du rock « made in Québec » une ovation fort méritée des quelque 950 spectateurs présents.

Reconquête… ou retrouvailles?

Après un entracte de 30 minutes, une clameur d’approbation s’élève de la foule agglutinée au parterre alors qu’on descend la bannière géante de Sword en arrière-plan derrière la batterie en acrylique orange transparente de Dan Hughes. Clameur qui se mue en rugissements enthousiastes quand l’obscurité se fait enfin dans la vénérable enceinte centenaire et qu’apparaît sur scène le MC attitré de la soirée Jason Rockman, animateur-vedette de CHOM 97,7 FM, chanteur de la formation montréalaise Slaves On Dope et porte-parole de Heavy Montréal. S’exprimant dans les deux langues officielles, le présentateur lance à la blague : « Si vous avez 30 ans ou moins, il y a des chances qu’un de ces gars-là soit votre « f**kin’ » père, vu le nombre de filles qu’ils se sont tapées dans le temps!… ».

Une quarantaine de secondes et un « … put your f**kin’ hands together for SWOOOOOOORD!!! » plus tard, les héros et pionniers de notre métal prenaient place sur scène dans la pénombre alors qu’un bourdonnement sinistre se fait entendre et que des projecteurs balayent la scène comme des miradors. Soudain, une attaque concertée guitare-basse-batterie en rafales sporadiques, comme un coup de semonce avant un bombardement imminent, annonce Bad Blood, la première pièce du nouvel album qui donnera le ton au reste de la soirée.

Les musiciens affichent tous une forme resplendissante, surtout le chanteur Rick Hughes, fringant, élancé, souriant et plus en voix que jamais, qui ne fait pas du tout les soixante ans qu’il venait de célébrer deux jours plus tôt. Comme en avril 2018 au Club Soda, on retrouve une scène sobre sans artifices superflus, un peu de glace sèche aux bons moments, un jeu de
lumière au point et une sonorisation absolument bœuf! Encore ici, le message est clair : laissons la musique parler d’elle-même! S’ensuit The Trouble Is dont le refrain est repris à tue-tête par 950 gosiers, auxquels Rick est trop content de tendre son micro (ce ne sera pas la seule et unique fois qu’il le fera durant la soirée, oh que non!)

La preuve est faite : cette mini-tournée de spectacles au Québec ne vise pas la reconquête d’un public dont on chercherait à raviver les souvenirs dans un quelconque élan de nostalgie. Il s’agit plutôt d’émouvantes retrouvailles officielles entre des artistes que les circonstances ont amenés à se séparer et un public toujours friand de leur musique et qui n’a jamais perdu espoir de les voir à l’œuvre ensemble à nouveau.

Stuck In Rock, I Am (In Kommand), Children of Heaven, Land of The Brave… Le groupe pigera allègrement dans ses trois albums tout au long de cette prestation de presque 115 minutes et, comme promis lors de notre rencontre Famille Rock en novembre dernier, en profitera même pour jouer la totalité des pièces du nouvel album III. Le fait que ces nouvelles chansons aient pu s’agencer aussi harmonieusement aux classiques sans qu’il y ait décalage et sans que le rythme du spectacle en souffre témoigne de la qualité exceptionnelle du nouveau matériel. À ce propos, ce sont d’ailleurs la délicieusement méchante Dirty Pig et surtout l’autobiographique Unleashing Hell (ah, ce phrasé « Iommiesque » pur sucre que Mike Plant tisse sur sa Les Paul noire à la fin de la chanson!) que je retiens comme mes moments marquants du spectacle.

Après la tornade proto-thrash d’Outta Control du premier album Metalized, Rick en profite pour remercier en premier lieu leurs techniciens de tournée, ainsi que l’équipe d’Evenko et de Heavy Montréal, puis le groupe enchaîne avec Not Me, No Way avant de conclure en beauté avec l’épique F.T.W., mon premier coup de cœur, la chanson qui m’a vraiment fait craquer pour Sword en 1986.

Au rappel, le quatuor nous balance coup sur coup Prepare To Die et, bien sûr, l’indispensable Evil Spell des débuts, sans laquelle nul spectacle de Sword ne serait complet! Soirée couronnée de succès, spectateurs comblés, oreilles bourdonnantes et musiciens aux sourires fendus jusqu’aux oreilles. Avant de disparaître en coulisses avec ses frères en métal, Rick nous fait cette salutation qui a toutes les apparences d’une promesse : « Je vous dis : à la prochaine. Et si je vous dis à la prochaine, ça veut dire À TRÈS BIENTÔT!… »

On sera là, Rick, on sera là, tu peux en être sûr!

Liste des chansons

DERAPS

Invasion (solo de guitare)
Sex, Drugs & Rock N Roll
My Side Of Town
Make Ya Groove
Wild To The Woman
Fuck Off
Ballroom Blitz (reprise de Sweet)

 

SWORD

Bad Blood
The Trouble Is
Stuck In Rock
I Am (In Kommand)
Children of Heaven
Land of The Brave
Dirty Pig
Sweet Dreams
The End of The Night
Unleashing Hell
Surfacing (instrumentale)
Stoned Again
Spread The Pain
Until Death Do Us Part
The Threat
Took My Chances 
Dare To Spit On My Grave
Outta Control
Not Me, No Way
F.T.W.
RAPPEL :
Prepare To Die
Evil Spell

Après le spectacle

 

Jérôme devant les charmantes Nancy, la bien aimée de Rick et Lulu Hughes, sœur adorée de Rick

Au tour de Luc Grisé de se selsifier devant Lulu et Nancy

 

BANNIÈRE : MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR : GÉO GIGUÈRE

Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone

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