Chroniques

Richard MacPhail visionnaire

Le 6e Genesis #1
Une entrevue exclusive avec Richard Macphail, un témoin important des débuts de Genesis – Collaboration entre Famille Rock et l’Association Genesis-France
Publié le 20 octobre 2022

Texte et édition : André Thivierge de Famille Rock  Entrevue : Paul Herlitschka de l’Association Genesis-France                

 

Connaissez-vous Richard Macphail?        

 

Si vous êtes un féru de l’histoire de Genesis, vous aurez entendu parler de lui. Il était un contemporain de Tony Banks, Peter Gabriel, Anthony Phillips et Mike Rutherford à l’école publique anglaise Charterhouse.

Il a chanté dans le groupe Anon, qui comptait Anthony Phillips et plus tard Mike Rutherford. Il a d’ailleurs avec ses collègues de ce groupe signé une chanson, Pennsylvania Flickhouse, un pastiche des Rolling Stones (la chanson a été retirée de YouTube).

Ces deux derniers se sont finalement associés à Peter Gabriel, Tony Banks et Chris Stewart du groupe Garden Wall pour former Genesis.

Macphail a peut-être quitté Anon, mais il n’a pas abandonné ses camarades de classe et, après son retour d’un kibboutz, il a obtenu, grâce à ses parents, l’utilisation gratuite de Christmas Cottage, près de Wotton dans le Surrey, pour permettre à Genesis de développer son son au-delà de celui de l’album From Genesis To Revelation.

À la fin de 1969, Genesis s’est retiré dans le chalet des parents de Richard. Dans la solitude de ce cottage, le groupe travaille sur de nouvelles idées et chansons pour Trespass, tandis que Richard fournit la nourriture et aide Peter à organiser des rendez-vous avec des personnes de l’industrie musicale.

Après la signature de Genesis avec Charisma Records, le groupe déménage à Londres et Richard devient leur road manager, s’occupant de l’équipement et les conduisant de concert en concert.

Plus tard, il est également devenu leur ingénieur du son et s’est assuré que le groupe sonnait en direct comme il le devait et comme le public l’aimait. Le groupe s’est lancé dans un cycle annuel de trois ans de tournées, d’écriture de nouveaux morceaux, d’enregistrement d’un nouvel album et de nouvelles tournées, et Richard est resté avec eux.

Richard ne s’est jamais considéré comme faisant partie de Genesis, mais le groupe n’était pas d’accord. Le générique de Foxtrot le mentionne comme un membre à part entière du groupe, et son portrait figure sur la couverture dépliante aux côtés de ceux de Tony, Steve, Phil, Mike et Peter. Il figure également sur la couverture du simple allemand Watcher Of The Skies 7″ aux côtés de Tony, Peter et les autres.

Foxtrot et surtout Supper’s Ready ont convaincu Richard que Genesis avait atteint le stade de développement qu’il avait souhaité depuis le début. Après des revers comme le départ d’Anthony Phillips, le groupe avait manifestement trouvé son style et s’était consolidé à un point tel qu’il n’avait plus besoin de l’aide de Richard. Il voulait aussi changer et vivre de nouvelles expériences. Lorsqu’il quitte ses amis en avril 1973, ils lui dédient leur album Genesis Live.

Mais Genesis allait à nouveau croiser son chemin. Lorsque Les Adey, l’ingénieur de l’éclairage de Genesis, tombe malade au printemps 1974, on demande à Richard de le remplacer. Bien qu’il n’ait pratiquement aucune idée de l’éclairage de scène, il accepte et s’occupe de celle-ci pendant les concerts en Amérique du Nord pendant environ un mois. Il en profite pour parcourir les États-Unis et le Canada pendant plusieurs mois après la guérison de Les Adey.

Richard est resté en contact avec le groupe, bien que chacun ait suivi sa propre voie. Lorsque Genesis planifie sa première tournée après le départ de Peter Gabriel en 1976, Richard propose d’être leur road manager pour la partie européenne de la tournée et c’est ainsi qu’il revient dans le groupe à l’été 1976 pour la deuxième (et actuellement dernière) fois.

Il est également resté en contact avec Peter Gabriel, qu’il a géré en 1977 et 1978. Il l’accompagne dans toutes ses activités, organise ses temps de studio et devient son gérant de tournée.

En 2018, Richard Macphail, qui est demeuré en très bon terme avec les membres de Genesis lance son autobiographie, My Book Of Genesis (traduit : Ma vie avec Genesis). Le livre, qui contient une préface de Peter Gabriel obtiendra un succès d’estime auprès des fans du groupe à travers le monde.

En juillet 2022, l’administrateur du site Genesis-France, Paul Herlitschka a eu le plaisir de rencontrer celui qui est considéré par plusieurs fans comme le 6e membre de Genesis tant il a joué un rôle important dans les débuts de ce groupe mythique. Famille Rock est heureuse de s’associer avec Genesis-France pour vous offrir des extraits de cette entrevue qui aura duré en tout et partout deux heures.

Paul Herlitschka et Richard Macphail, 14 juillet 2022

Rencontres dans le climat austère de l’école publique Charterhouse

Genesis France (GF) : Charterhouse est connu pour son éducation sévère, une des écoles privées la plus réputée d’Angleterre, que vous appelez Public Schools, étaient-elles toutes aussi sévères?

Richard Macphail (RM) : En fait les public schools chez nous sont des écoles privées, des écoles payantes, et elles avaient des codes très stricts, tout était codifié, la longueur des cheveux, le choix des habits, les heures de sortie, tout! Et Mike (Rutherford) était le pire des désobéissants, il fuyait en mobylette et était comme tous les élèves soumis au contrôle d‘un surveillant de bâtiment, celui de Mike était un sadique.

À Charterhouse, les élèves étaient affectés à des bâtiments surveillés par ces surveillants qui en fait étaient des professeurs. Celui de Mike a nommé le bâtiment selon un camp allemand de la seconde guerre mondiale.

La grande pression vers la libération des mœurs, milieu des 60‘s venait du fait que ces écoles devaient préparer aux mêmes métiers que les parents de ces élèves, Mike le décrit très bien dans son livre.

GF : Libération finalement célébrée dans des festivals comme celui de Woodstock, le mouvement hippy voulait couper avec ces traditions, on devait bien ressentir que ça bougeait en dehors des murs de Charterhouse?

RM: Ça venait plus tard, au collège, les enfants devaient apprendre à avoir les compétences pour continuer les entreprises de leurs parents. Les miens voyant ce qui arrive, m‘ont sorti de Charterhouse et envoyé dans un kibboutz en Israël.

À cette époque je n‘avais que des chèques de voyage. On pouvait circuler librement jusqu‘à Gaza et je les échangeais contre du libanais jaune ou rouge. En tout cas, c‘était ce que nous faisions tous, nous apprécions cela, rêver de se libérer.

GF: Mais, malgré ces règles sévères, on pouvait tout de même créer des groupes de rock à l‘intérieur de l‘enceinte scolaire? Comment cela a été toléré?

RM : Je ne pense pas qu‘au départ on voulait nous en empêcher. Nous ne voulions pas casser les codes non plus. Nous avions juste besoin de salles de classes vides pour faire un maximum de bruit un dimanche après-midi.

Les profs n‘avaient pas de responsabilité pour nos passe-temps et ce sont les surveillants qui nous autorisaient à occuper ces salles vides, à condition de les prévenir. Donc nous respections cela, sauf Mike qui se faisait confisquer sa guitare.

Du coup, un autre guitariste devait le remplacer de temps en temps, appelé Mick Coleman qui apparait sur certaines photos, parce qu‘on ne savait pas si Mike allait revenir ou non.

GF : Dans le livre tu mentionnes un autre groupe qui a répété en même temps à Charterhouse, ils s‘appelaient Scarlet and the Black….

RM: Oui, eux, je les ai entendu jouer un samedi après-midi. Je suis rentré dans la salle pendant qu‘ils faisaient une pause. Puis je me suis mis comme ça à la batterie, mais je n‘étais pas batteur!

Dans cette salle, il y avait encore ce type appelé Rivers Job (il le prononce Jobe) qui m’entendait jouer, il croyait que j‘étais batteur. Et c‘est pour cette raison qu‘il m‘a invité à rencontrer Ant (Anthony Phillips) et c‘est ainsi que l‘histoire a commencé. Mais je ne suis pas resté batteur longtemps.

Puis il s‘est avéré que je pouvais chanter, alors que je n‘avais jamais chanté avant non plus! Je ne faisais qu‘écouter la musique. J‘avais deux sœurs aînées et une plus jeune était une fan des Rolling Stones. Elle a ramené un 45 tours à la maison et ça a changé ma vie! Dès lors, je voulais devenir Mick Jagger.

Tony Banks s’invite chez Richard

GF : Pendant les vacances de noël de 1968, Tony Banks est venu dans la maison de tes parents à Clifford‘s Inn, pour passer deux semaines avec toi…

RM : Oui…d’ailleurs, c’est marrant, on vient juste d‘en parler lui et moi. Il était dans la période entre l‘école et l‘université. Il disait que tout ce qu‘il était en train de faire avec son père, il pouvait tout aussi bien le faire chez moi. Son père voulait qu‘il devienne avocat ou docteur, et Tony, ce qu’il voulait faire, c’est de la musique, parce que….

GF :  Il hésitait tout de même, non?

RM : Yeahhh, il ne savait pas vraiment. Mais malgré tout, nous ne savions pas comment ne faire que de la musique. Puis, sa mère…oh ça c‘est si drôle (se rappelant en riant), typiquement, les Anglais, entre classe moyenne et classe élevée. Donc, la mère de Tony Banks avait un compte client chez Harrods. Tu connais?

GF : Le fameux magasin de mode?

RM: Oui, très bon chic bon genre… alors elle les appelle et leur dit: mon fils cherche du boulot, ils répondent: très bien, envoyez-le-nous! “Finalement, ils lui ont donné un boulot dans le service d‘emballage. Pour commander, les titulaires des comptes clients appelaient du monde entier pour passer leur commande au Harrods de Londres et tout ce qu‘ils commandaient, était emballé par Tony Banks! C‘était en fait son seul véritable job de sa carrière.

GF : Ah bon!!! mais alors…. et ces vacances chez toi?

RM : Mais en fait…Tony et moi n‘étions pas vraiment encore amis à Charterhouse. J‘étais ami avec Ant et Mike. Bien sûr, nous nous connaissions, Peter (Gabriel), Tony et Chris (Stewart) à cause de leur groupe The Garden Wall, puisque Ant jouait dans les deux groupes.

Mais Tony et moi, ne nous connaissions pas vraiment. Je me demande toujours pourquoi il m‘a demandé Je peux venir rester quelque temps chez toi pour deux semaines? et il a commencé ce boulot. Au départ, il était prévu rester qu‘une semaine à son job, mais en fait c‘était plus long. Et c‘est comme ça qu‘on a appris à se connaître, en lui faisant écouter les premiers disques stéréo.

Mon beau-frère, un scientifique à Cambridge, m‘a fabriqué un ampli stéréo. Pour nous, c‘était de la science-fiction, ce boitier en métal avec ces boutons de réglages et ses prises, incroyable, mais pour lui, le scientifique, c‘était complètement, normal.

Puis j‘ai acheté une platine et un casque stéréo, et en allant à Cambridge pour récupérer l‘ampli, j‘ai emporté l‘album Truth de Jeff Beck, un album fantastique et la chanson Shapes of Things qui arrive dans mes oreilles…! Et une fois que mes amis venaient me voir à Clifford‘s Inn, j‘adorais leur faire la même surprise, puis finalement avec Tony Banks pendant ces deux semaines.

D‘ailleurs la plupart des chansons que Tony a choisi pour mon show récent (Radio Rich Pickings) étaient celles qu‘il a découvert sur ma stéréo à l‘époque! Ainsi, je lui ai fait découvrir les albums de Procol Harum, Fairport Convention, Jeff Beck et tous ces groupes nouveaux qui nous influençaient. Voici le lien de l’émission

Richard MacPhail et Tony Banks, 19 avril 2022

À venir, Richard MacPhail parle de son rôle dans la création et la découverte de Genesis

 

Fabriqué au Québec!
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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