Chroniques

Phil recrute son idole

We Know That We Like Genesis #46
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 23 mars 2022

 

Par André Thivierge

A Trick of the Tail, un album marquant une nouvelle ère de Genesis connait un grand succès!

En février 1976, Tony Banks, Mike Rutherford, Phil Collins et Steve Hackett lançaient le 7e album de Genesis, le premier sans Peter Gabriel. L’album fut unanimement accueilli par le public et la critique.

Comment Genesis se transformera en spectacle ?

Fort du succès du premier album post-Gabriel, Genesis doit maintenant repenser ses prestations sur scène. Maintenant que Phil, le batteur est aussi le chanteur, plusieurs questions se posent. Est-ce que Phil chantera à la batterie? Est-ce que quelqu’un chantera à sa place pendant qu’il jouera de la batterie?  Est-ce qu’il sera remplacé à la batterie?  Est-ce que Phil offrira une mise en scène à la Peter?

Tony commente : « The Lamb avait été plus ou moins bien accueilli. Je ne me souviens pas que nos fans aient été alors dans l’extase comme cela avait été le cas pour Foxtrot ou Selling England. Cela a donné sa chance à A Trick Of The Tail. 

Je pense que ceux qui avaient trouvé Peter un peu obscur ont peut-être préféré cet album parce qu’il était moins dense. Notre capacité à le remplacer en puisant dans le groupe a certainement favorisé aussi l’impression d’une transition en douceur. La question immédiate était de savoir comment nous reprendrions les tournées car je pensais que les concerts étaient les moments ou Peter nous manquerait le plus. »

Mike poursuit : « Même après avoir achevé l’album, nous n’imaginions pas que Phil consentirait à quitter sa batterie pour chanter en tournée.  Avec le recul, cela semble fou, mais à l’époque, je ne voyais pas Phil quitter la batterie. Il était le batteur. Il aimait la fraternité et je ne pouvais pas l’imaginer… Je veux dire que vous ne pouvez pas jouer de la batterie et chanter ! Je n’étais pas sûr qu’il voudrait le faire, je n’osais même pas lui demander. »

Et voilà qu’un jour il nous a dit : « Je pourrais essayer de trouver un batteur, cela ne serait-il pas plus facile? » C’était juste. Il faisait partie du groupe, l’auditoire le connaissait, il avait déjà chanté sur scène, le public était disposé à l’aimer. »

Phil confirme : « Avant d’aller présenter A Trick Of The Tail en tournée, nous avons à nouveau et sans trop y croire, cherché un autre chanteur. Je ne sais pas si nous avons auditionné. On en est venu à se demander pourquoi je ne chanterais pas également dans la tournée. Ma première femme a suggéré : « Pourquoi tu ne le ferais pas ? Pour être honnête, l’idée de sortir de derrière la batterie me plaisait beaucoup mais, comme j’avais fait l’album, il ne semblait pas y avoir beaucoup d’alternatives.  Alors, je l’ai proposé aux gars. Ils n’étaient pas sûrs que je puisse le faire, d’un point de vue physique. Je veux dire, ils savaient que je pouvais chanter mais ils ne pensaient probablement pas que je pouvais faire ce que font les chanteurs. »

« Je suis prêt à prendre le risque de chanter sur scène à condition de trouver un batteur à mon goût. Je ne suis pas tenté par une double casquette, ça ne ressemblerait à rien. Don Henley des Eagles s’en est bien tiré sur une chanson ou deux, Levon Helm de The Band aussi. Mais aucun n’aurait pu maintenir le contact pendant 2 heures de concert. Le public se sent coupé du chanteur qui joue en même temps de la batterie, et le lourd arsenal du batteur fait obstacle à la relation entre le chanteur et la salle. »

Don Henley des Eagles

Phil était convaincu qu’il n’y avait qu’un seul joueur capable de se glisser dans ses chaussures – le même joueur qu’il avait cherché à imiter pendant son propre apprentissage musical.

Phil raconte l’offre faite par son idole et ami

« Bill Bruford, un ancien batteur de Yes et de King Crimson, est un bon copain qui m’a fait découvrir beaucoup de batteurs de jazz. De passage sur une séance de répétition de Brand X – on est en train d’écrire Unorthodox Behaviour .

Il me demande : « Alors, comment ça va chez Genesis? Vous avez trouvé un chanteur?  – Pas vraiment. J’ai chanté tous les morceaux de l’album et ils veulent que je tente le coup sur scène. Mais pour ça, il faudrait qu’on trouve un batteur. – Ben, pourquoi tu ne me le proposes pas? Parce que ça ne t’intéresserait sûrement pas.  C’est un peu trop Yes pour toi, non? Mais si, ça m’intéresserait.

Phil Collins et Bill Bruford en 1976

Et l’instant d’après, Genesis a un nouveau batteur. Du coup, je n’ai plus aucune excuse. On se réorganise un peu pour s’adapter à ce changement de formation et de configuration.  Ça se fait sans cérémonie. Naturellement. Je ne me souviens pas des répétitions, ni d’une quelconque annonce officielle. »

Bill Bruford commente à son tour :  Eh bien, avec Brand X, je jouais des percussions et Phil jouait de la batterie. Il m’a dit que Peter Gabriel quittait le groupe et qu’il avait auditionné de nombreux chanteurs et qu’aucun d’entre eux n’était très bon. Il a dit qu’il pensait pouvoir mieux chanter.  Alors je lui ai dit, pourquoi ne pas chanter et je jouerai de la batterie pendant la prochaine tournée jusqu’à ce que tu te sentes à l’aise. Il connaissait très bien ma façon de jouer de la batterie et il savait que je pourrais probablement jouer les parties. Cette tournée s’est très bien passée et il a pris beaucoup de confiance en lui pendant la tournée et j’ai été surpris de voir à quel point il pouvait le faire.

Steve a approuvé cette décision : « Bill était l’un des héros de Phil et je pense que le fait d’avoir Bill, vous savez, nous a donné le sceau d’approbation d’autres groupes aux vues similaires. »

Voici Bill Bruford avec le groupe National Health enregistré en février 1976, juste avant qu’il joigne Genesis

Bill Bruford provenait d’un groupe sélect

Il y avait d’autres points en faveur de Bill Bruford, notamment le soutien massif dont il bénéficiait dans le milieu du rock progressif. Son passage chez Yes et King Crimson était légendaire – à tel point que, lorsqu’il s’est glissé au sein de Genesis et qu’il a pris la route en mars 1976, les appels du public laissaient entendre qu’une grande partie de la foule était venue simplement pour être en présence du maître.

Bien qu’il ait joué au sein de deux groupes contemporains de Genesis au début de l’ère du rock progressif des années 70, Bill Bruford n’avait jamais assisté à un concert de Genesis pendant les années Gabriel.

Plusieurs pensaient à l’époque que Genesis, Yes, King Crimson, etc. étaient tous des amis qui se côtoyaient, explique Bruford. En fait, il y avait au contraire une grande rivalité ; entre Yes et King Crimson, le seul point d’accord était qu’ils croyaient que Genesis n’était pas de leur calibre et qu’il ne pourrait donc jamais arriver à leur niveau !

Une adaptation nécessaire

Avec Genesis, Bruford se retrouve pour la première fois à interpréter des chansons qui ont été écrites et enregistrées sans sa participation.

Bill commente : « Je n’avais eu aucune implication musicale ou émotionnelle dans la création de la musique, dit-il.  Jusqu’à Genesis, j’avais l’habitude d’être impliqué dans l’écriture, de bricoler dans la salle des machines de la rythmique avec un chiffon huileux. C’était mon premier concert en tant que musicien de session, obligé de jouer selon les instructions, et j’ai trouvé cette idée nouvelle difficile au départ. Je ne savais rien de Supper’s Ready avant de l’apprendre et de le jouer. »

Un musicien de session seulement

En interview officielle avec le Melody Maker le 13 mars 1976, Phil a déclaré à propos de l’arrivée de Bruford : « Nous étions dans l’impossibilité de trouver quelqu’un pour remplacer Peter Gabriel, j’ai donc décidé de me présenter et cela nous a laissé le problème de trouver quelqu’un que je respectais suffisamment pour rester debout et le regarder jouer de la batterie. 

Bill semblait être un choix évident. Cependant, nous n’utiliserons pas Bill pour les enregistrements. Nous sommes toujours un groupe de quatre personnes. Tout cela ne signifie pas que j’ai arrêté de jouer de la batterie pour toujours. Un bon nombre des morceaux que nous allons faire sont divisés en deux parties et je jouerai sur les sections instrumentales. Il y aura des moments où Bill et moi jouerons tous les deux des percussions. »

Genesis se prépare pour son retour sur scène

Phil, Tony, Mike, Steve et Bill s’enferment pour se concentrer sur ce qui promet d’être la tournée la plus difficile de leur jeune carrière. La plus grande préoccupation est maintenant de savoir comment mettre en scène le spectacle, après tout, à ce moment-là, Genesis est devenu célèbre pour ses idées hors du commun et merveilleuses, principalement le fruit de l’imagination irrépressible de Peter Gabriel. Bien sûr, Phil n’étant pas Peter, les masques et les costumes ont été les premiers à disparaître.

Mike commente : « On ne l’a même pas envisagé, je veux dire, tu progresses. Même si Peter était resté, je pense que nous aurions pris un chemin différent et que la théâtralité se serait arrêtée. »

Bruford répète avec le groupe trois fois en Grande-Bretagne avant qu’ils ne se déplacent aux États-Unis en mars 1976 pour répéter au Reunion Center de Dallas, au Texas.

« Nous avons répété jusqu’à l’ennui pendant 10 jours à Dallas avant la tournée, se souvient Bruford. Je ne pense pas avoir jamais répété quelque chose aussi longtemps dans ma vie, et je ne ferais pas immédiatement la queue pour le refaire ! Personnellement, je préfère qu’une bonne partie de la musique soit découverte pendant la tournée. Si j’en sais trop au début, je n’ai nulle part où aller. Mais c’est mon tempérament – celui de l’improvisateur – et c’est ce qui m’a rendu finalement peu apte à la répétition du rock de stade. Jouer les mêmes notes au même endroit tous les soirs, c’est trop pour moi.  Je suis meilleur dans le jazz. Mais les gars de Genesis étaient tous formidables, et très encourageants. »

Comment la prestation en spectacle évoluera

Si la théâtralité des spectacles de l’époque de Peter disparait, à l’aube du premier concert qui se tiendra à London, au Canada, sur quoi misera Genesis avec Phil comme chanteur et Bill comme batteur?

À suivre!

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BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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