Chroniques

La musique d’abord

We Know That We Like Genesis #48
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 27 avril 2022

 

Par André Thivierge

C’est en Ontario que Phil Collins, Tony Banks, Mike Rutherford et Steve Hackett ont lancé avec succès la première tournée de Genesis, la première sans Peter Gabriel.

Un spectacle axé d’abord et avant tout sur la musique

Maintenant que le groupe a brisé la glace avec succès, voyons comment il a abordé la mise en scène de son spectacle, qui a débuté à la fin mars 1976 au Canada. 

Une première chose qui frappe, Phil délaisse presqu’entièrement l’approche théâtrale de son prédécesseur. Sauf pour une chanson.  Pour Robbery, Assault & Battery, Phil a porté le manteau d’une prostituée de l’East End.

Tout au long du spectacle, il a cherché à engager et à gagner le public, allant même jusqu’à inventer une courte histoire sordide sur Roméo et sa petite amie Juliette pour introduire The Cinema Show. Sur le plan purement musical, il n’y avait manifestement aucun problème. Phil a chanté toutes les chansons de manière impeccable (même celles de l’époque de Peter) et a été accompagné à la perfection par ses collègues du groupe.

Tony commente : D’une certaine manière, Phil pouvait probablement chanter plus facilement sur scène que Peter ; celui-ci devait y travailler un peu alors que Phil avait une voix très naturelle. Les vieux morceaux que nous faisions, comme Supper’s Ready, sonnaient vraiment bien et nous les jouions probablement mieux que nous ne l’avions jamais fait.  Et il y avait ce truc génial d’avoir deux batteurs sur certains morceaux, comme The Cinema Show, ce qui était très excitant.

Un spectacle son et lumière amélioré

Sans aucun doute, la musique était le facteur le plus important du spectacle, mais le groupe s’est également concentré sur les lumières et les diapositives (certaines héritées de la tournée The Lamb) et sur le pouvoir du son.

Steve acquiesce :  Je me souviens d’avoir eu cette conversation avec Brian May de Queen où nous disions, je ne sais pas qui gagnait la compétition pour avoir le plus de lumières sur scène, vous ou nous ! Peut-être qu’après avoir perdu notre leader original, nous avons pensé que nous pourrions être plus comme Pink Floyd qui se tenaient là et jouaient avec un spectacle de lumières autour d’eux, donc nous avons investi plus dans les lumières et je pense que cela a aidé à vendre la musique.

Tony renchérit : Après le départ de Peter, Mike et moi sommes devenus les membres les plus visuels du groupe.  Phil n’a jamais vraiment été très concerné par les visuels, il voulait que ça ait l’air bien mais n’avait pas vraiment d’idées.  Après avoir fait quelque chose d’aussi élaboré avec The Lamb, nous voulions réduire les choses, mais nous avions quand même quelques idées de ce que nous voulions faire, par exemple utiliser un peu plus de trucs de film, des choses simples comme le feu sur Dance On a Volcano.

Des choses évidentes en quelque sorte, mais qui nous ont donné un point de départ.  À ce stade, nous commencions à penser davantage aux lumières. Je ne me souviens pas vraiment de l’ensemble de la liste de la tournée Trick of the Trail. Nous avons toujours été très conscients de la nécessité d’avoir un bon look, sans dépendre de Peter comme c’était le cas pour la tournée The Lamb.

Phil reçoit l’aide de ses collègues

N’ayant pas totalement confiance en son rôle de communicateur en chef du groupe, Phil a demandé à ses collègues de l’aider à faire participer le public. Ainsi, Mike a présenté White Mountain et Supper’s Ready, tandis que Steve a présenté Firth of Fifth  et Entangled.

Mike commente : Phil est un orateur si naturel, je ne suis pas sûr que nos intros étaient pertinentes. 

Tony est d’accord : Ils étaient bons, mais pas géniaux, et finalement, Phil est devenu aussi bon que Peter, alors nous avons pensé qu’il pouvait tout faire. Au début de cette tournée, le sentiment était que nous voulions rendre les choses un peu plus faciles pour Phil, afin que tout ne lui soit pas imposé.

Les musiciens changent de look

Steve se souviens que Phil disait, lorsqu’il chantait et jouait de la batterie en même temps, que tous les autres avaient la possibilité de récupérer à la fin de chaque chanson alors que le chanteur, étant le maître de cérémonie, devait faire une annonce. Je pense que nous avons tous senti que Phil subissait beaucoup de pression à cette époque et que nous commencions à avancer en tant que personnalités.

 Mike et moi étions maintenant debout et il y avait cette idée que nous devrions tous porter du blanc pour que nous soyons repérés par les lumières.  Il y avait donc toute cette orientation vers un changement de personnalité du groupe, où Peter était le chanteur principal et où les critiques et les journalistes n’écrivaient que sur lui et pas vraiment sur le reste du groupe. Nous avons senti que nous devions nous présenter avec plus de personnalité, donc nous avons changé de look. 

J’ai rasé ma barbe, je me suis habillé et je me suis levé.  Et c’était la même chose avec Mike.  Nous ressemblions plus à un groupe extraverti sur scène et nous avons aidé Phil en partageant les annonces. Je ne sais pas pourquoi Tony ne voulait pas faire d’annonces, mais je pense que, peut-être en termes de public, il est probablement plus introverti.  Je suis sûr que si Tony avait voulu faire une annonce, nous aurions dit oui.

Un choix de chansons équilibré

La liste de chansons de la tournée était vraiment intéressante, un équilibre efficace entre l’ancien et le nouveau.

Steve commente : Quand nous avons commencé avec Dance on a Volcano, c’était vraiment avec un minimum de concertation et nous avons tous commencé à jouer à peu près la même chose ensemble. Mike avait ces pédales de basse Taurus qui avaient un son énorme et quand le groupe a commencé à jouer, c’était très fort et c’était vraiment bien.  Nous espérions que le public arriverait à un point où, vous savez, il serait heureux que la star ne soit plus avec nous.  À ce stade, je pense que le groupe devenait plus lisse et plus professionnel.

Phil avait des hésitations à chanter les pièces de l’ère Peter : « Une grande partie des premiers morceaux de Genesis était une évasion fantastique de science-fiction surréaliste, et je ne peux pas l’écouter. Je ne suis pas un grand fan de notre passé.  Quand j’écoute un vieux disque de Genesis, neuf fois sur dix, j’ai tendance à en être gêné.  Il a donc résisté à l’idée de devoir chanter ces chansons, même s’il savait qu’il n’avait pas le choix. Supper’s Ready en particulier était une tâche qu’il redoutait.  On m’a demandé de la chanter, a-t-il expliqué avec une emphase sournoise.  On m’a suggéré de la chanter.

Mis à part les réticences de Phil, il est peu probable qu’un autre chanteur ait pu réussir cette mission, tant les chansons en question étaient construites autour des manières vocales de Peter.  Pourtant, quelle autre alternative le groupe avait-il que de les jouer, et Phil de les chanter ?  Il faudra plusieurs années avant que le Genesis post-Peter ne commence à avoir suffisamment de matériel pour remplir un concert complet, des chansons qui ont été écrites avec les talents et les amygdales de Phil à l’esprit, et il faudra encore du temps avant que le public ne vienne sans s’attendre à au moins une poignée d’explosions du passé.  En attendant, chacun devra s’en accommoder.

Phil de plus en plus à l’aise

Mike se rappelle cette appropriation de la scène par Phil dans son autobiographie : L’aisance sur scène de Phil nous a aidés. Ça a allégé l’atmosphère entre certaines de nos chansons les plus sombres. Peter était mystérieux et intouchable sur scène, ce qui était génial, mais Phil a toujours été le type à qui on pouvait s’identifier.  Avec la théâtralité de Peter, on ne savait jamais vraiment où on allait.  Maintenant, l’accent semble être de nouveau mis sur la musique et sur nous en tant que musiciens.

Comparé à The Lamb, je me sentais certainement un peu plus confiant sur scène maintenant – non pas que, à part le fait de se tenir debout, quelqu’un aurait remarqué. À partir de maintenant, je commençais à me sentir plus à l’aise à l’intérieur de moi-même, plus sûr de qui j’étais, et mon seul regret était de ne plus jamais pouvoir jouer un concert entier avec Phil à la batterie.  Personne ne pouvait jouer de la batterie comme Phil – il jouait pour la chanson, pas pour lui-même – et ça m’a manqué jusqu’au bout.  Du point de vue de la batterie, ce n’était plus jamais tout à fait pareil en concert.

Un choix de pièces plus puissantes qu’acoustiques

Cinq chansons du nouvel album ont été incluses dans la tournée, avec l’omission inattendue de Ripples.

Tony justifie la décision : Nous avions tendance à ne pas faire les morceaux plus acoustiques car, lorsque vous jouez en spectacle, vous avez besoin de pièces puissantes. Mais je pense que la principale raison pour laquelle nous ne l’avons pas fait, c’est que je n’avais pas vraiment d’instrument sur lequel jouer les chansons plus basées sur le piano.

Avant l’arrivée du clavier Yamaha CP-70, il fallait soit mettre un micro dans un piano à queue, soit utiliser un piano électrique, et c’était un peu un cauchemar dans les deux cas.  Avec des chansons comme Ripples ou Mad Man Moon, il fallait que le piano fasse partie intégrante du morceau.  C’est la même raison pour laquelle nous n’avons jamais fait Many Too Many.

Ou encore, l’introduction de Firth of Fifth.

Tony est d’accord :  Oui, j’ai arrêté de le faire au bout d’un moment car je ne trouvais pas que ça sonnait très bien. J’avais l’habitude de jouer l’intro sur un piano électrique et c’était assez désagréable à jouer car il n’y avait pas de touche sensible, vous ne pouviez pas jouer avec sensibilité.  J’ai eu un certain nombre de morceaux d’introduction de ce genre, comme The Lamb Lies Down on Broadway et plus tard des choses comme Eleventh Earl of Mar, donc j’ai pensé que nous n’avions pas vraiment besoin d’une autre intro de Tony Banks.

Pour cette tournée,  Firth of Fifth, un classique de Genesis, ainsi que Supper’s Ready,  The Cinema Show et I Know What I Like (avec Phil exécutant une étrange danse de tarentelle en frappant son tambourin sur tout le corps), ont été réintégrés dans le spectacle après avoir été enlevées de la tournée de The Lamb.

L’album The Lamb, quant à lui, était représenté par un pot-pourri de quatre titres que Phil a présenté de manière plutôt amusante comme un ragout d’agneau ( Lamb Stew ou d’autres noms similaires). Il comprend The Lamb Lies Down on Broadway, des versions instrumentales de Fly on The Windshield et de Broadway Melody of 1974 et se termine par The Carpet Crawlers.

Tony explique :  Nous voulions faire quelques chansons de The Lamb mais évidemment nous ne voulions pas jouer tout l’album.  The Lamb et Fly ont toujours été les préférées du groupe et Carpet Crawlers’a été le préféré du public.

Phil se souviens : « Le début de la tournée s’est déroulé à merveille.  On fait un medley de The Lamb – il faut amener le public en terrain connu -, mais je ne me sens écrasé par aucun des morceaux. Je les connais tellement bien, tous.  Je les ai entendus à m’en crever les tympans. Et nous avons le droit de jouer les titres préférés des fans, qu’ils soient difficiles, interminables ou touffus. Le devoir aussi de faire passer le message : Genesis est toujours debout. »

Une réapparition surprise

Le rappel était également tiré de The Lamb, avec la pièce it! liée à une version instrumentale de l’intro et de la fin de Watcher of the Skies

Mais la plus grande surprise fut sans doute l’apparition dans la liste d’une chanson de 1970, White Mountain.

Tony se rappelle : Nous l’avions déjà interprété à l’époque de Trespass, mais nous ne l’avions jamais fait avec Steve et Phil.  Je pense que Phil l’a aimée.  J’ai toujours voulu introduire dans le spectacle une vieille chanson que nous n’avions pas jouée auparavant, ce qui s’est toujours avéré assez difficile à faire en fait.  Il n’y avait pas de raison particulière, c’était juste pour varier un peu le spectacle.

Bill apprécie le spectacle

Bill Bruford se souvient que la réaction était formidable.  C’était un véritable choc que personne ne semble avoir remarqué qu’un membre fondateur du groupe n’était plus sur scène.

Phil se souviens : « Bill ne faisait jamais deux fois la même chose, ce qui ne me posait vraiment pas de problème, mais sur certaines chansons comme Squonk, le batteur devait se coiffer de la casquette de John Bonham pour obtenir le son de Led Zeppelin.  Bill ne voulait mettre la casquette de personne, il voulait jouer comme il l’entendait. Il cherchait à devenir musicien de jazz.  Avec lui, ces marques changeaient chaque soir, on ne savait jamais ce qui allait arriver.  Mais je le soutenais. »

Bien que Bruford ait été un excellent complément à la formation de tournée de Genesis, le groupe n’a jamais eu l’intention d’en faire un membre à temps plein (c’est-à-dire pour les enregistrements). Bruford lui-même considérait Genesis comme un simple groupe temporaire.  « J’ai proposé de le faire pendant neuf mois environ, se souvient-il, après quoi je m’en irais poursuivre ma carrière, dans laquelle je progressais, et Phil pourrait trouver quelqu’un d’autre. »

Commencer la nouvelle tournée en Amérique fut payant

Commencer leur tournée en Amérique était une excellente idée de la part de Genesis.  Bien que l’Amérique ait commencé à s’éveiller au groupe au cours des deux années précédentes, il y était encore largement inconnu avant la sortie de The Trick et Peter n’avait certainement pas atteint le statut de légende qu’on lui accordait au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe. Genesis a l’avantage de jouer devant un public en grande partie novice, attiré par la nouvelle musique – une musique mieux adaptée à la radio qu’auparavant, simplement en raison de l’amélioration de la production – et qui n’a que peu ou pas d’idées préconçues sur ce qu’il va voir.

À la conquête du Québec, des États-Unis et de l’Europe

Après London et l’Ontario, Genesis a poursuivi sa tournée au Québec et ensuite aux États-Unis.  Le groupe a pu prendre confiance en lui devant un public enthousiaste avant d’affronter les eaux potentiellement difficiles de son pays.

À suivre!

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BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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