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Metallica And Justice

Le top 100 de Ricardo # 2 
And Justice for All, Metallica
Publié le 23 janvier 2023

Texte: Ricardo Langlois et Guillaume Guisgand (collaboration au texte)

And Justice for All, Metallica (1988)

En 1988, je commençais une carrière à la radio de Chateauguay. Et pourtant, j’ai l’album (2 vinyles) en promo. Un cadeau de la compagnie de disques ? De Géo de Pop Rock ? Je ne m’en souviens plus. Un cadeau que j’ai conservé durant toutes ces années.

Metallica représentait tout pour moi

C’est l’époque du weed, c’est aussi l’époque où j’habitais en couple dans une maison cottage. L’époque (la plus belle) du rock, du métal. La maison était remplie d’amis. J’étais un philosophe alternatif, un libertaire, un disciple de Rimbaud. Metallica représentait tout pour moi. J’aimais leur simplicité. La rhétorique. Les jeans skinny noirs. La rébellion et la bière. Une époque dionysiaque. Je pense souvent à Stéphane. À 18 ans, il connaissait tout de la politique internationale. Il avait des réponses sur tout.

Que signifie And justice for All ? Pour Metallica, il n’existe ni liberté, ni justice dans les tribunaux, sauf pour ceux qui peuvent les acheter. Comme le dit si bien James Hetfield : Ne pas chercher la vérité, l’important c’est de gagner. Ça parle du système judiciaire américain dans lequel apparemment tout le monde semble se moquer de la vérité. Plus ça va, plus c’est un combat d’avocats.

Des années plus tard, James ira dans ce sens : Je pense que les chansons sont bonnes, mais je crois qu’on s’est un peu emballés. Il y a de bons riffs mais ils sont gâchés par la longueur des chansons. La pièce titre dure 9 minutes 44 secondes.

One (L’hymne)

One réussit là où échoue And justice for All, en partie grâce à la nature fascinante du narrateur. La pièce One détonne. La plupart des fans de Metallica pensent encore qu’il s’agit d’un hymne poignant au pacifisme, au grand dam de James. Certes, c’est une chanson poignante, plus encore grâce à son clip (le premier du groupe) mais qui n’a jamais eu pour but d’ëtre une grande déclaration. One fait un malheur sur MTV, puis sur toutes les stations de radio. Une première pour Metallica. C’était pour moi, la seule pièce que je pouvais faire jouer surtout en automne. Les auditeurs aimaient cette chanson qui est considérée comme un classique. L’album est sorti en double vinyle pour pouvoir faire tenir les 65 minutes de musique.

Dyer’s Eve est la chanson la plus rapide,et étrangement la plus progressive. Une chanson complexe pour l’histoire. Une vision du monde où le karma n’existe pas. L’histoire d’un gamin que ses parents ont gardé enfermé toute son enfance. Quand il découvre le monde réel, il n’arrive pas à faire face et il passe au suicide.

James a perdu la foi suite à une histoire banale d’une famille pratiquante qui se vantait d’un faux miracle. La contamination judéo-chrétienne a frappé fort le monde du métal.

L’ultime chef-d’œuvre est To live is to Die, une pièce instrumentale. Un morceau audacieux. Une sorte de mini symphonie signée Cliff Burton. Dans sa version finale, il compte pas moins de 15 pistes de guitare et même un solo de blues de Kirk.

Dyers Eve

Après la tragique disparition de Cliff le bassiste, on peut imaginer le grand Vide pour les 3 membres. Hetfield avec sa voix brisée et rageuse. Une voix à couper le souffle, Ulrich et Hammet transfigurés eux aussi. Cet album pourrait représenter une sorte de synthèse de tout ce que fit Metallica. La liberté formelle de l’artiste. La fin du trash est évoquée. Peut-être résumé en quatre mots : violence, lourdeur, rage, mélancolie.

Selon mon ami Guillaume Guisgand (ami Facebook de France), c’est le meilleur album de Metallica en partie pour cette pièce, Dyers Eve.

Finalement, le mix sonne étrange. Jason Newsted n’ose pas trop en parler. Le producteur Flemming Rasmussen parle d’un son totalement sec. Mince, dur et bruyant. C’est glacial avec les
guitares et les grosses caisses. Le mystère est entier parce que le premier album de Newsted avec Metallica en 1987, Ep Garage Days, comportait une présence complète du bassiste.
Où est Jason ?

Peut-être que les parties de basse de Jason n’étaient pas tout à fait à la hauteur, comme il l’a lui-même laissé entendre: « Je suis entré dans le studio avec un assistant ingénieur et j’avais le même équipement que je jouerais sur scène. En gros, je doublais les parties de guitare de James, parce que c’est le genre de bassiste que j’étais à l’époque. Lars et James n’étaient pas là pour dire : « Tu devrais essayer ceci là-bas au lieu de ça. » C’était la première fois que nous étions en studio pour un vrai album de Metallica, et Cliff n’est pas là.

Ils jonglent avec les producteurs. Il n’y a pas d’ordre… même si nous avions l’argent. Et le soutien du label. Même si nous avions un beau studio. Rien de tout cela n’était en ordre. Plus important encore, les parties de basse de Newsted ont été presque complètement effacées de l’album par l’équipe de mixage de Steve Thompson et Michael Barbiero, sur les instructions de Lars et James. Le jugement d’Ulrich et Hetfield a peut-être été entravé par la petite affaire de la tournée Monsters Of Rock sur laquelle Metallica jouait à l’époque, comme Jason l’a expliqué: « Nous faisons cette tournée avec Van Halen et Scorpions – les gars qui ont inventé la fête, [avec] des tas de poudre ici et là, et toute cette merde! C’était le premier goût pour nous de tremper le pied dans la scène du rock’n’roll, vous savez…(1)

Ces crédits sont adaptés des notes de pochette de l’album.
Metallica
-James Hetfield – chant, guitare rythmique, guitare acoustique, 2e solo de guitare sur To Live is to Die, production
– Kirk Hammett – guitare
– Jason Newsted – basse
– Lars Ulrich – batterie, production
Production
– Flemming Rasmussen – production, ingénierie
– Toby « Rage » Wright – assistant et ingénieur additionnel
– Mike Clink – ingénieur du son sur The Shortest Straw et Harverster of Sorrow
Steve Thompson, Michael Barbiero – mixage
– George Cowan – assistant mixage
– Bob Ludwig – mastering
– George Marino – 1995 remasterisation
– Reuben Cohen – Remasterisation 2018
Oeuvre
– James Hetfield, Lars Ulrich – concept de couverture
– Stephen Gorman – illustration de la couverture
– Ross « Tobacco Road » Halfin – photographie
– Pushead – illustration marteau
– Reiner Design Consultants, Inc. – conception, mise en page.

Notes
(1). Le dernier paragraphe Où est Jason? provient d’une entrevue au magazine Kerrang.

Je remercie mon ami Guillaume Guisgand, ami Facebook de France pour ses commentaires.

Ricardo Langlois est analyste musical pour Famillerock.com et critique littéraire pour lametropole.com. Son 5 e livre Mille soleils est disponible depuis novembre 2022.

 

BANNIÈRE : DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR : GÉO GIGUÈRE

Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone

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