Chroniques

Genesis L’album automnal

We Know That We Like Genesis #50
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 5 août 2022

 

Par André Thivierge

Après avoir lancé un album et effectué une tournée qui ont eu tous les deux énormément de succès dans la première moitié de 1976, Tony Banks, Phil Collins, Steve Hackett et Mike Rutherford décident de profiter du momentum et de poursuivre leur route créative.

Quelques projets solos avant de reprendre la création collective

Lorsque prend fin la tournée de A Trick of The Tail au début de juillet 1976, l’attention des membres du groupe s’envole nécessairement dans toutes les directions nouvelles qu’ils peuvent. Au moins deux des membres de Genesis en profitent pour compléter quelques projets parallèles.

Pour Phil (il a laissé le micro à la maison), cela signifie un retour comme batteur avec le groupe de jazz, Brand XUnorthodox Behaviour, le premier album du groupe, sort à l’été de 1976 et obtiens beaucoup de visibilité.

Mike, lui aussi, se replonge dans le passé : il retrouve Anthony Phillips, pour terminer avec détermination la gestation très longue du premier album solo du guitariste depuis son départ de Genesis en 1970. The Geese and The Ghost sortira finalement en 1977 et s’imposera rapidement comme un album qui permet aux auditeurs de jeter un regard séduisant sur ce qu’aurait pu être l’avenir de Genesis, s’il n’avait pas quitté le groupe après Trespass.

Retour rapide en répétition

Au début de 1976, beaucoup de sceptiques pensaient que Genesis allait devoir mettre un terme à sa carrière.  Au contraire, l’année s’est avéré être l’une des plus actives et des plus productives de l’histoire du groupe.  En effet, dès la fin de la tournée A Trick of The Tail, le groupe commence à écrire une suite à l’album qui a consolidé et même augmenté leur position dans les médias.

Tony, appuyé par Mike prend le contrôle de l’écriture

La majeure partie de l’écriture de l’album a été réalisée par Tony et Mike avec des contributions de Steve et le matériel a été répété en août 1976.

Mike a indiqué en entrevue : L’écriture du deuxième album sans Peter a été un peu plus difficile.  Je l’ai toujours vu comme un album féminin. Tony a été très impliqué dans le son de cet album ; c’est probablement l’album où il a eu le plus d’influence, en particulier sur One For The Vine et Afterglow.

En fait, très peu d’écriture de cet album a été faite en tant que groupe et, en termes de composition, elle est dominée par Tony.

Tony est d’accord : Eleven Earl of Mar et évidemment les morceaux instrumentaux vers la fin de la deuxième face sont issus du travail en groupe, mais j’ai écrit trois des chansons de cet album totalement seul : One For The Vine, Afterglow et All In A Mouse Night.

Mike continue: Pour moi, cet album semble être celui que Tony préfère de tous. Si vous écoutez un des albums solos de Tony, les similitudes sont évidentes. C’est probablement pour cela que pour moi, c’est un bon album mais pas mon préféré.

Phil renchérit : Bien que Pete et Tony étaient les meilleurs amis, ils étaient aussi très différents.  Et peut-être qu’avec Peter parti depuis longtemps, Tony a réalisé qu’il pouvait prendre le lead.  Et bien sûr, comme je n’écrivais pas et que Steve écrivait mais que tout le monde n’aimait peut-être pas ce qu’il apportait, il ne restait que Tony et Mike. À part quand on écrivait ensemble, en groupe, à partir de rien, ça a toujours été l’un des points forts de Genesis.

Steve prêt à s’impliquer davantage dans la création

Steve, fort de son succès en solo, se sentait sous la pression du groupe pour se concentrer sur les activités collectives plutôt que d’explorer davantage les possibilités de ses propres compositions solos.  Il a donc estimé qu’il devait obtenir sa juste part de l’espace d’écriture sur l’album.

Steve se sentait maintenant imprégné d’un nouvel élan d’idées créatives.  Musicalement, le nouvel album fait référence à Foxtrot, un album profondément dramatique auquel Steve a énormément contribué.  Eleven Earl of Mar, Unquiet Slumbers for the Sleepers et Blood on the Rooftops portent tous son empreinte. 

Tony admet que la contribution de Steve à l’album était de premier ordre. Il dit : Il y a des choses comme ‘Blood On The Rooftops‘ pour lesquelles je n’ai pas eu grand-chose à faire en termes d’écriture mais pas mal en termes d’arrangement.  C’était la première fois que l’écriture de Steve s’intégrait vraiment au groupe, et c’était le refrain de Phil avec le couplet de Steve, donc c’était les deux, et les deux n’avaient pas tendance à écrire beaucoup pour le groupe.  C’était vraiment fort, c’était un super morceau.  « Eleven Earl of Mar » aussi, dont une grande partie du refrain était de Steve également.

Steve commente son implication : Toute cette période a été déterminante.  Maintenant que j’avais lâché un album qui avait décollé de lui-même, de nombreuses idées créatives déferlaient comme un tsunami. J’étais prêt à apporter des chansons et des arrangements en toute confiance lorsque nous nous sommes lancés dans l’enregistrement de « Wind and Wuthering« .  J’avais l’impression de ne plus être le petit nouveau de la vieille école.  C’était une distinction importante par rapport à mon attitude humble des années précédentes.

Beaucoup de mes idées ont vu le jour sur l’album. J’ai senti que « Blood on the Rooftops » explorait un nouveau territoire, avec une structure subtilement différente et une longue introduction à la guitare.  Je commençais à incorporer la guitare nylon dans le tableau, ce qui donnait au groupe une dimension supplémentaire, inhabituelle pour le rock.  Tandis que Phil écrivait le refrain, j’ai écrit le couplet en imaginant un homme et son fils évitant la réalité à travers le monde de la télévision.

Steve se sent sous-utilisé

Malgré cette contribution, l’omniprésente de Tony et Mike dans l’écriture a conduit à des désaccords avec le reste du groupe qui estimait que le meilleur matériel devait être utilisé, peu importe qui l’avait écrit.

À ce moment-là, Steve sentait monter une insatisfaction envers Genesis. La source de sa frustration est le matériel choisi pour l’album. Il ne comprend pas pourquoi l’album doit inclure Wot Gorilla ?, alors que des titres plus forts comme Inside and Out sont laissés de côté. À ce stade, les goûts de Steve ne sont clairement pas toujours en accord avec ceux des trois autres.  En fait, Phil cite Wot Gorilla ? comme son morceau préféré, le qualifiant fièrement de véritable morceau de jazz fusion.

La composition de Steve, Please Don’t Touch, est en effet laissée de côté, abandonnée pendant les répétitions.  Ayant eu l’occasion de présenter ses idées sur disque sans avoir à les faire approuver par le comité de Genesis, le guitariste se rend compte que ce n’est pas parce que Tony, Mike et Phil n’aiment pas une idée qu’elle ne plaira pas au public qui achète des disques.

Steve se souvient que Please Don’t Touch était une chanson que l’on répétait en vue de l’inclure sur l’album. Elle n’a pas été utilisée, ne correspondait pas vraiment aux goûts du groupe.  Il commente : Je me suis dit : « Attendez, voici l’une de mes meilleures idées et nous ne l’utilisons pas ».  Pourquoi inclure celle-ci et pas celle-là ? Je me suis rendu compte que l’intensité du jeu qui était si importante pour moi n’était pas aussi prioritaire pour les autres, car ils commençaient à se détendre un peu plus.  J’avais l’impression d’avoir beaucoup trop d’idées pour que le groupe puisse les exploiter pleinement.

Phil commente : À un moment donné, Steve a commencé à dire des choses comme, nous sommes quatre dans ce groupe, pourquoi je ne peux pas avoir 25% du matériel ? Nous n’avions jamais vraiment travaillé comme ça, mais sur le matériel que nous aimions.

Mike ajoute : C’était toujours un scénario étrange quand il s’agissait de choisir ce qui allait sur l’album ; c’était un mélange de « que le meilleur gagne », pour ainsi dire, et de qui criait le plus fort. Chaque chanson avait une ou deux personnes qui la contrôlaient et la dirigeaient.  Steve avait gagné en confiance et voulait en faire plus. Pour être honnête, il y a plus de son travail sur cet album que sur les autres.

Please Don’t Touch s’est finalement retrouvé sur le 2e album solo de Steve du même nom en 1978.

Genesis enregistre à l’étranger

En septembre 1976, les membres de Genesis se rendent aux studios Relight à Hilvarenbeek, en Hollande, pour enregistrer Wind and Wuthering. Selon Mike, c’était un petit village au milieu de nulle part.  C’était la première de plusieurs excursions à l’étranger pour enregistrer, dans le but d’éviter de payer une trop grande partie de leurs revenus au fisc britannique. Criblé de dettes pendant les années Gabriel, le groupe n’a atteint l’équilibre financier qu’après A Trick of The Tail, et l’enregistrement à l’étranger leur permet de conserver 25 % supplémentaires des bénéfices de leurs albums.

L’enregistrement doit commencer au début du mois, mais les sessions sont repoussées de deux semaines en raison de la naissance du premier fils de Phil, Simon. Ce dernier commente : J’étais à l’hôpital le jour de sa naissance, mais j’y ai passé que deux jours avant de retourner travailler.  C’est un moment que j’ai regretté avec le recul.

Une fois encore, les sessions sont produites par David Hentschel, qui assure également l’ingénierie.  Hentschel estime que les avantages d’enregistrer à l’étranger n’étaient pas seulement monétaires.  J’ai l’impression que cela a contribué à donner une orientation unique à cet album, dit-il à propos de l’installation de Relight.  Beaucoup de gens considèrent Wind and Wuthering comme le plus pur des albums de Genesis de tous les temps. Je pense que c’est pour cela. 

C’était la première fois qu’ils enregistraient dans un studio résidentiel, et je pense que la concentration que procure cette situation est toujours une bonne chose. Si je me souviens bien, on a enregistré en Hollande en deux semaines seulement.  Après cela, nous sommes retournés au Trident pour finir les overdubs et pour mixer.

Le groupe a enregistré beaucoup de matériel à Relight – plus, en fait, que ce qu’ils pouvaient mettre sur l’album. La musique était une progression naturelle de l’album précédent, mais l’ambiance était plus romantique.

Mike a décrit l’album comme une tentative de s’éloigner de la fantaisie dont nos albums étaient remplis dans le passé, tandis que Steve l’a caractérisé comme quelque chose de plus classique, non pas en raison de l’ajout d’un synthétiseur baroque sur quelques pistes rythmiques amplifiées, mais en raison de la forme.  L’album a un spectre sonore plus large et une composition plus variée.  Nous avons davantage expérimenté avec le son, nous avons essayé d’éviter certains clichés de Mellotron, de synthétiseurs.  Nous voulions essayer des arrangements différents.

Lorsque Genesis arrive aux studios Relight, le groupe a décidé des chansons à enregistrer.  Les décisions avaient tendance à être prises pendant les répétitions, avant que le producteur ne soit amené. 

Néanmoins, David Hentschell avait le sentiment qu’il y avait un conflit concernant le manque de contribution de Steve à la composition.  J’en étais conscient, malgré le fait que les chansons étaient déjà décidées, se souvient-il. Il y avait aussi un léger sentiment de malaise de temps en temps dans le studio, mais je ne pense pas que cela ait vraiment affecté le travail ou l’engagement de quiconque pour l’album à l’époque.

Bien que son mécontentement soit grandissant, Steve ne se souvient pas d’une grande tension pendant les sessions de l’album.  Je ne me souviens d’aucune dispute, dit-il.  Je pense que c’était assez paisible.  Il y avait moins de monde dans le groupe, moins de questions litigieuses à mettre en avant.

Une idée musicale, proposée par Steve, fait inhabituel pour le groupe, était due à un problème technique en studio.  Lors de la dernière date d’enregistrement, le magnétophone a commencé à manger la bande plutôt que de l’enregistrer, ce qui a permis à Steve d’essayer une autre idée, qui avait été négligée auparavant.

Steve explique : « Notre ingénieur du son a demandé si quelqu’un avait d’autres idées qu’il voulait essayer ?  Et j’ai eu l’idée de faire des boucles vocales.  Les harmonies que vous entendez à la fin de ‘Afterglow‘ sont faites avec ces boucles vocales qui étaient une de mes idées qui n’était pas prioritaire jusqu’à ce que nous ayons l’accident, parce que cela signifiait que je pouvais essayer l’idée.  Nous avons fait chanter Phil sur lui-même trois fois.

L’origine du titre de l’album

Le titre de l’album est dérivé de deux pièces : « The Wind » est tiré du roman de John Buchan « The House Of The Four Winds », le titre (également inspiré d’un restaurant chinois de New York) a également été adapté par Steve pour un morceau qui est devenu plus tard le pont calme de Eleven Earl Of Mar. 

Une autre source d’inspiration est le poème  » Who Has Seen The Wind  » de la poétesse victorienne Christina Rosetti – un vers également utilisé dans «  Your Own Special Way  » ; le  » Wuthering  » fait allusion au roman  » Wuthering Heights  » d’Emily Brontë, les neuf derniers mots de la phrase finale de son roman étant utilisés comme titre divisé pour la section instrumentale précédant  » Afterglow « .

Le design de l’album

La superbe pochette est signée Colin Elgie de chez Hipgnosis. Elgie a peint une image de l’automne : un arbre enveloppé de brume avec des feuilles qui ont déjà tourné et qui tournoient dans le vent.  L’illustration a été influencée par une scène d’un film (se déroulant à l’époque médiévale) intitulé The WarLord, où des oiseaux s’envolent d’un arbre.

Steve commente : J’aime bien. Je pense que cela reflète très bien le titre de l’album. On sent vraiment le vent fort sous-entendu ici.  Wuthering signifie un vent fort et un sentiment de sauvagerie.  C’est un mot du YorkshireEmily Brontë, qui a écrit « Wuthering Heights », a vécu dans les landes venteuses du Yorkshire.  Il reprend également les mots « dark » et « grey » de la chanson « Blood on the Rooftop« .

Est-ce que l’album sera à la hauteur des attentes ?

À venir, l’analyse des chansons de Wind and Wuthering par les membres du groupe et par le chroniqueur.

À suivre!

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