Chroniques

Genesis dans le rouge!

We Know That We Like Genesis #26
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 31 mai 2021

 

Par André Thivierge

Entre la longue période consacrée aux répétitions, l’enregistrement et la sortie de Selling England By The Pound (SEBTP), allant de juillet à octobre 1973, les membres de Genesis, Tony Banks, Phil Collins, Peter Gabriel, Steve Hackett et Mike Rutherford se sont retrouvés avec beaucoup de temps libre.

Anthony Phillips réapparait dans l’entourage de Genesis

Pendant cette période, Mike a repris contact avec son ami et ex-membre du groupe Anthony Phillips et ils discutaient de musique en solo.

Anthony Phillips et Mike Rutherford en 1969

Selon Anthony, « entre l’enregistrement et la sortie de SEBTP, les membres de Genesis avaient un peu de temps libre. On a entendu parler d’un projet d’album de Charisma à propos d’hymnes modernes (Beyond An Empty Dream). Phil est venu et a chanté sur la démo de l’hymne (Take This Heart) avec quelques amis. Ensuite, l’idée de Silver Song est venue. Je ne me souviens pas comment on lui avait présenté l’idée mais il a aimé celle-ci. »

Un projet solo avec Phil

Le duo a décidé d’enregistrer le simple Silver Song avec Phil, écrit en 1969 après le départ de l’ancien batteur du groupe, John Silver. Le plan de départ était de lancer Silver Song comme une pièce solo de Phil avec la pièce Only Your Love en face B, enregistré lors de la même session.

Anthony notait déjà à l’époque que même si Phil n’avait été le chanteur soliste que pour deux pièces de Genesis, « à la fin de 1973, sa voix était déjà fantastique, brillante, et sa manière de jouer de la batterie… »

Selon Anthony, « le tout a été enregistré et mixé en urgence parce que Genesis devait tourner, et ça sonnait comme cela. »

Charisma avait aimé la démo de Silver Song et ont laissé Mike, Anthony et Phil enregistrer les chansons au studio Island en octobre 1973 pour en faire un simple de Phil. « La démo est excellente parce qu’elle a un beau feeling country. La version finale est un peu clinique, avec les douze cordes. Phil chante bien, mais pas comme sur la démo. C’est correct et brillant à la fin, mais pas avec le feeling relax qui donne un ton de fin d’après-midi de la démo. Nous avions à faire l’enregistrement des deux chansons en un jour. »

En entrevue avec le Record Mirror, Phil mentionnait plus tard que « je n’y voyais pas un grand potentiel de succès mais s’il y avait un potentiel de critiques positives, j’aurais pu faire un album solo. »

Finalement, le simple n’a jamais été lancé (en raison de pressions exercées par Charisma qui a finalement conclu que ce n’était pas une bonne idée de concurrencer Phil avec Genesis). Les deux chansons ont été incluses plus tard dans l’édition de luxe du premier album solo d’Anthony, The Geese and The Ghost, paru en 1977.

L’hymne Take This Heart enregistrée par Mike et Anthony est finalement apparu sur l’album Beyond An Empty Dream de Charisma en 1975 et est un item de collection rare pour les fans de ces deux membres de Genesis. Anthony a repris la chanson plus tard sur un de ses albums solos.

D’autres projets entre Phil et Peter

L’annulation du projet solo de Phil par Charisma l’a déçu profondément alors qu’un autre projet avec Peter destiné à faire quelques chansons pop a aussi été abandonné. À l’époque, Peter avait mentionné au Record Mirror, « il y a des plans pour Phil et moi d’avoir quelques amis en studio, mais je ne pense pas que nous allons les lancer sous nos noms. »

Phil lance un groupe éphémère avec des amis célèbres

Après l’abandon du projet solo, Phil a décidé de performer sans les complications d’une entente avec une compagnie de disque ou une liste de chansons en spectacle structurée. Le groupe éphémère Zox and the Radar Boys était né.

L’idée, c’était que les amis de Phil se joigne à lui pour improviser sur scène et jouer dans quelques salles. Des gros noms comme Bill Bruford (Yes), Peter Banks (Yes), Jon Lord (Deep Purple) et Steve Hackett ont participé à ces spectacles qui ont fait l’objet de peu de publicité. L’ex-membre de Yes, Peter Banks a témoigné à l’époque que « je ne savais pas ce que voulait dire le nom de ce groupe. Je me suis rendu à ces soirées et je n’avais aucune idée de ce que la soirée allait être. Je m’assoyais sans idées de ce que nous allions jouer. C’était totalement ouvert. »

La sortie de SEBTP et la reprise des tournées a mis fin à l’existence de Zox and the Radar Boys.

Peter Banks

Genesis de retour en tournée

Après la sortie de SEBTP, Genesis décide de débuter une nouvelle tournée en Angleterre en octobre 1973. Avec le nouveau matériel, il y avait de nouvelles histoires de Peter et de nouveaux costumes. Ce dernier maintenant présentait les paroles des chansons à son fabriquant de masques pour qu’il développe de nouveaux attirails. Après avoir décidé de ne plus utiliser les ailes de chauve-souris pour Watcher of The Skies, celui-ci est réapparu en casque et bouclier appelé Britania pour Dancing With The Moonlit Night.

Les collègues de Peter n’appréciaient pas tous les costumes de Peter. Si on trouvait que le costume de fleurs de Supper’s Ready et le masque de Magog de Apocalypse in 9/8 de même que le masque du vieil homme de The Musical Box apportaient à l’histoire, Tony n’appréciait pas le nouveau costume de Britania de Dancing With The Moonlit Knight, le qualifiant de ridicule.

La scène est devenue encore plus élaborée alors qu’on y a ajouté des écrans de projection et des diapositives. Selon l’équipe technique de l’époque, la scène était un cauchemar à monter. Celle-ci était complexe pour l’époque et ils passaient beaucoup de temps à réparer des items.  Par exemple, les diapositives restaient souvent bloquées dans le projecteur et celles-ci brulaient.

Beaucoup de changements sur scène

Les spectateurs qui ont assisté aux premières prestations de la tournée SEBTP ont remarqué beaucoup de changements au niveau des chansons offertes. À noter que toutes les pièces de l’album ont été offertes en spectacle sauf After the Ordeal et Aisle of Plenty. Dans ce contexte, The Return of the Giant Hogweed a fait place à More Fool me et pour la première fois, aucune pièce de l’époque d’Anthony Phillips n’étaient offertes avec le retrait du répertoire de The Knife. On note aussi l’apparition de la pièce solo de Steve, Horizons de l’album précédent qui n’avait pas été joué durant la tournée Foxtrot.

Les membres de Genesis constatant que le public donnait de plus en plus de crédit à Peter et croyait que c’était son groupe, Horizon (avec Steve seul sur scène), More Fool Me (avec Phil qui se joignait à Mike en avant-scène) et la section instrumentale de The Cinema Show (où seuls Mike, Tony et Phil étaient mis de l’avant) donnaient la chance de démontrer que Genesis, c’était plus qu’un membre.

Même si le groupe était très démocratique où tous les membres contribuaient à part égales, les médias donnaient l’impression que Genesis était The Peter Gabriel Band avec les unes de journaux qui lui donnaient constamment de la visibilité. Peter se sentait de moins en moins à l’aise avec la situation et offrait beaucoup d’entrevues pour dissiper la confusion.

Un retour musical en force

Musicalement parlant, le groupe démontrait en début de tournée une grande forme et offrait un spectacle très équilibré. Mike impressionnait beaucoup à la guitare 12 cordes et son jeu exceptionnel à la basse alors qu’il commençait à utiliser son iconique guitare à deux manches Rickenbacker (lui permettant de passer rapidement de la guitare à la basse).

Phil consolidait sa position de second chanteur, impressionnait avec son jeu de batterie de plus en plus complexe, utilisant un vibraphone, du glockenspiel, des cloches tubulaires et une vaste sélection de percussions sur scène.

Steve ayant amélioré sa performance studio, est arrivé sur scène avec beaucoup de confiance, jouant de la guitare électrique et acoustique, du sitar tout en utilisant son légendaire Echoplex.

Le plus important musicien de Genesis était toutefois Tony qui bénéficiait d’un rehaussement d’équipement avec l’arrivée d’un synthétiseur ARP Pro-Soloist qui lui ont rendu la vie plus facile lorsqu’il avait à jouer ses solos. Mais en dépit des performances de haut-voltige des quatre instrumentistes, la star du spectacle était Peter, sa voix avait atteint de la maturité, il jouait plaisamment de la flûte et captivait l’audience avec ses histoires surréelles et ses costumes.

Parmi les premières dates, Genesis a joué le 20 octobre 1973 au Rainbow Theatre de Londres. Le groupe a enregistré la prestation mais celle-ci n’a jamais été diffusée jusqu’à la sortie du coffret Genesis Archives, vol.1 en 1998. Ils joueront le futur simple à succès I Know What I Like, suivi par Firth of Fifth, More Fool Me, Supper’s Ready, The Battle of Epic Forest et Cinema Show.

The Battle of Epic Forest sera une pièce difficile à chanter pour Peter qui se déguisait en membre de gang avec son gilet sur la tête et les paroles qui le rendait à bout de souffle.

Phil prend de plus en plus de place dans le groupe

Même s’il était loin d’être le leader de Genesis, Phil était celui qui  offrait de l’énergie au groupe. Il explique que « c’était plus une affaire de vie ou de mort pour moi que pour les autres. » Après chacune des performances, il retournait dans sa chambre d’hôtel et jouait pour lui-même une cassette du spectacle où il avait juste joué.

« Et je prenais des notes. Ensuite, j’en rediscutais avec l’ingénieur de son. J’étais le seul à faire cela. De temps en temps, je parlais à Tony, Mike, Peter ou Steve pour les inviter à écouter pour leur dire ça c’est bon, ça c’est mauvais ou cette partie doit être retravaillée. » À d’autres occasions, il glissait une note sous la porte de ses collègues pour faire ces signalements.

« Je voyais ma force du temps du Genesis à cinq membres à aider à arranger les chansons et offrir des suggestions. Ils admettaient que j’étais le meilleur musicien du groupe à ce moment-là. Mais je n’étais pas un auteur, pas encore. Tony, Peter et Mike étaient les auteurs principaux à ce moment mais pas nécessairement les meilleurs pour jouer leurs compositions. Et comme j’étais très enthousiaste, je tirais le groupe vers l’avant. »

Un incident qui mène à un changement de gérance

Selon Mike, « lors d’une représentation au Green’s Playhouse à Glasgow, notre équipe a mal configuré l’installation électrique et on prenait une décharge dès qu’on touchait à quelque chose. Le spectacle a dû être annulé. On a demandé à un certain Tony Smith (à ne pas confondre avec Tony Stratton-Smith, notre gérant et propriétaire de Charisma) qui faisait la promotion du spectacle s’il voulait prendre en charge notre gérance. Je crois qu’il a dû se dire : “Bon dieu, ces gars ont besoin d’un coup de main. »

Tony Smith (à l’extrême gauche) et Genesis

Tony témoigne : « Quand on lui a demandé d’être notre gérant, Tony Smith a répondu : « Vous plaisantez? ». Il avait une société de spectacles prospère et il avait devant lui ce groupe plutôt bizarre, désorganisé, qui jetait l’argent par les fenêtres. Mais un peu plus tard, voulant changer de vie, il a peut-être considéré qu’il était allé aussi loin que possible dans l’organisation de spectacles, et que le groupe allait mieux. Il est venu nous demander si on le voulait toujours comme gérant et on l’a engagé.

Nous souhaitions vraiment quelqu’un qui puisse s’occuper de nos finances et nous donner une sorte de structure, tâches pour lesquelles nous sentions qu’il serait efficace. Nous ne voulions pas quelqu’un qui se mêle de musique. Il semblait l’homme de l’emploi. Je pense que le groupe avait désespérément besoin de quelqu’un comme lui pour passer à l’étape supérieure.

Tony Stratton-Smith a accepté l’arrivée d’un gérant possible. Cela l’a soulagé d’un certain poids. Ce qu’il pensait de Tony lui-même, je l’ignore, car ce dernier s’est montré très agressif à l’image de Charisma qui avait besoin qu’on le secoue un peu. Nous avions eu comme gérant technique l’une des sociétés de Charisma, Mother Management, mais nous savions que nous ne pouvions avoir pour gérant la maison de disques. Et si Strat avait beaucoup de qualités, je ne crois pas qu’il pouvait être réellement un gérant fidèle, il aurait toujours dû se partager entre divers engagements. »

Tony Stratton-Smith, propriétaire de Charisma

Genesis au bord de la faillite

Dans son autobiographie, Phil indique : « Avec l’arrivée de Tony Smith à la gérance, on découvre que Genesis était sur le bord de la faillite. En dollars d’aujourd’hui, ça équivalait à 2 millions de livres (près de 4 millions de dollars canadiens), une fortune pour l’époque. Smith codirigeait une société bien implantée de promotion de spectacles. Son père, organisait lui aussi des spectacles et avait travaillé avec les Beatles et Frank Sinatra ce qui lui a donné un apprentissage de premier ordre. Il décida donc de laisser tout cela pour s’occuper d’un groupe qui devrait aller loin … mais surtout dans l’immédiat devant le tribunal du commerce. »

Tony explique que « nous étions protégés de notre dette par Charisma mais les années 72 et 73 ont été difficiles, spécialement aux États-Unis alors que faire des tournées a coûté très cher et on n’a pas fait de profits. Pire encore, on ne gardait pas nos reçus et les impôts croyaient que nous avions fait beaucoup d’argent. Ça nous a coûté cher. Smith a réglé tous les problèmes sans affecter notre musique. Ce fut un partenariat très fructueux. »

Selon Mike dans son autobiographie, « À l’époque où Tony Smith a pris le groupe en charge, nous ne savions pas réellement comment on allait financièrement parce que pour nous, Charisma, c’était une banque. On a compris ensuite qu’ils nous prêtaient de l’argent en prévision de rentrées d’argent futures. Aussi longtemps que l’on recevait une allocation et que nous pouvions jouer de la musique, on était heureux. Personne d’entre nous ne gérait l’argent.

Quand nous avons commencé à faire des tournées en Amérique, on refusait de jouer le rôle de première partie pour contrôler entièrement notre spectacle. Ce que nous ne comprenions pas, c’est que c’était la façon de percer en Amérique et que financer entièrement nos spectacles nous faisaient perdre une fortune. Plus on tournait, plus on s’endettait. C’est là que notre nouveau gérant est entré en scène pour régler la situation et adopter la ligne dure avec la maison de disques. Les choses se sont mises à mieux aller financièrement quand il a coordonné notre tournée d’automne en Amérique.

Tony Smith redresse la situation

Smith avait la réputation d’être très organisé et d’avoir beaucoup de contacts avec l’industrie de la musique. En embauchant Smith, Genesis a mis fin à la situation de conflit d’intérêt de Tony Stratton-Smith qui avait le mandat de les représenter tout en étant leur patron chez Charisma.

En entrevue à l’époque, il a indiqué qu’il n’avait plus de plaisir à produire des spectacles et que la première chose qu’il a fait comme gérant, c’est de réduire l’équipe de tournée afin de recommencer à neuf. Une de ses premières décisions à titre de gérant sera d’organiser une fructueuse tournée Nord-Américaine qui les mènera en novembre 1973 pour la première fois à Montréal et les fera renouer avec le public passionné de la ville de Québec.

À suivre!

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WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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