Chroniques

Genesis, enfin à Montréal!

We Know That We Like Genesis #27
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 12 juin 2021

 

Par André Thivierge

Après avoir réglé leurs problèmes de gérance et pour continuer la promotion de Selling England By The Pound (SEBTP), les membres de Genesis, Tony Banks, Phil Collins, Peter Gabriel, Steve Hackett et Mike Rutherford repartent en tournée nord-américaine en novembre 1973.

Début de la tournée au Québec

Le groupe choisit Québec comme point de départ pour commencer cette tournée sur une bonne note. Pour la firme Kosmos, qui a organisé la première visite de Genesis à Québec et Sherbrooke en avril 1973, c’est une immense marque de confiance et d’appréciation; pour le public québécois, c’est une forme de remerciement pour l’accueil offert au printemps.

Selon Michel Maltais, auteur d’un livre qui relate les exploits du temps de cette firme avec les groupes progressifs britanniques au Québec, « en réalisant des succès avec deux groupes peu connus, nous avons réussi à attirer l’attention des compagnies de disques. Ces dernières jouent un rôle considérable dans l’ascension d’un groupe plutôt qu’un autre en produisant et distribuant leurs disques au pays.

Mais tout à coup des petits producteurs inventifs et curieux facilitent la popularité des groupes que ces mêmes compagnies ne considéraient pas comme très importants ou ayant un potentiel de futures vedettes. Nous avons réussi à les convaincre de nous aider en accélérant la sortie des versions canadiennes de leurs disques, en les distribuant largement et en participant à la promotion des tournées. Pour la prochaine tournée de Genesis, l’album SEBTP est vendu au Canada en même temps qu’en Angleterre. C’est un gros plus pour nous et pour le groupe. »

La firme sera en mesure de sécuriser deux spectacles au Capitole de Québec, un à Toronto et Kingston et finalement, leur premier spectacle en terre montréalaise.

Kosmos, une aventure québécoise au temps du rock progressif, Michel Maltais, éditions Septentrion

Répétitions à Saint-Augustin-de-Desmaures

Les membres de Genesis arriveront 4 jours à l’avance au Campus Notre-Dame-De-Foy à Saint-Augustin-de-Desmaures pour préparer leur équipement et répéter leur spectacle. De façon complètement incognito, les musiciens du groupe se baladeront dans la ville et partageront leurs premiers jours avec l’équipe de Kosmos avant leur grand retour sur scène au Capitole.

Un programme double à Québec

Michel Maltais note : « Ancienne salle de cinéma du groupe Famous Players, le lieu est fermé depuis un moment, mais toujours géré par la compagnie. Après bien des discussions, nous obtenons un accord pour la location. À première vue, tout semble correct du côté scénique, même si une abondante poussière s’est accumulée à l’arrière-scène au fil des ans.

Les deux représentations se font à guichets fermés et Genesis comble les milliers d’amateurs présents. C’est lors de ce spectacle que Phil chante pour la première fois en solo une de ses compositions, More Fool Me. Il est très nerveux, mais s’en tire bien. »  Le groupe progressif québécois Maneige assurera la première partie du spectacle.

Le set typique de la tournée nord-américaine comprenait les pièces suivantes : Watcher Of The Skies, Firth Of Fifth, The Musical Box, Dancing With The Moonlit Knight, The Cinema Show, I Know What I Like, Supper’s Ready, Horizon, More Fool Me, The Battle of Epping Forest et The Knife.

Enfin à Montréal, le 10 novembre 1973

Les premiers spectacles à Québec et Sherbrooke au printemps précédent auront contribué à attirer une grande foule au Centre sportif de MontréalGenesis jouera à guichets fermés.

Michel Maltais décrit le moment : « Tout à coup l’obscurité tombe et le groupe entame Watcher of the Skies comme pièce d’ouverture, la salle est alors emportée par la féérie musicale et le spectacle bien rodé crée le même effet d’étonnement et de nouveauté qu’au Grand Théâtre de Québec. Toutes les pièces sont présentées en français par Peter. Après plus d’une heure et trente minutes de spectacle, le public montréalais succombe à son tour au phénomène Genesis. »

À l’époque, la revue Mainmise fera la critique suivante : « Il faudra maintenant inventer quelque chose de plus, une sorte de catégorie à part dans laquelle pourra entrer Genesis. […] le groupe semble prendre un malin plaisir à structurer ses pièces musicales en y introduisant des noeuds, des sortes de points de rencontre où la ligne musicale développée précédemment se transforme du tout au tout… gageons que nous les reverrons bientôt. »

Aussi, un certain magazine Pop Rock publiera une critique du spectacle de Genesis à Montréal écrite par Normand Bergeron qui qualifiera celui-ci de show de l’année.

En entrevue exclusive avec Famille Rock, Steve Hackett se souviens de l’accueil des québécois pour Genesis.

Famille Rock (FR) : Quels sont vos souvenirs de vos passages au Québec en 1973 et 1974?

Steve Hackett (SH) : Je me souviens très bien de cette époque. Ce n’était pas la taille de l’endroit qui était important. J’étais impressionné par l’appréciation du public. Les Québécois nous ont accepté immédiatement. Ils semblaient nous comprendre. C’était extraordinaire.

FR : Vous avez attiré de grandes foules dès le départ.

SH : À cette époque, le nombre de personnes qui nous suivaient au Québec était plus important qu’en Amérique. L’atmosphère était unique. Je me souviens qu’à plusieurs reprises, les gens étaient très chaleureux. Nous avons eu beaucoup de plaisir.

FR : Est-ce que la culture latine et européenne des Québécois a contribué à ce rapprochement avec Genesis ?

SH : Possiblement! Nous nous sentions à la maison là-bas. Comme nous étions un très jeune groupe qui en arrachait, loin de l’Angleterre, le public québécois nous a fait nous sentir très important. J’ai toujours adoré le public pour cela. J’apprécie encore aujourd’hui le public québécois quand je reviens pour mes spectacles solos. Je sens l’enthousiasme. C’est un sentiment de travailler à la maison. Ça a toujours été merveilleux. Ce sont des souvenirs heureux pour moi.

Image Genesis-news.com

Phil aussi appréciait le public francophone

Dans son autobiographie, Phil commente la relation du groupe avec les francophones d’Amérique : « Avec les Canadiens français, c’est le grand amour. On démarre par deux concerts le même soir à Québec : je me souviens d’un public de beatniks charmés par notre côté précieux. »

La tournée se poursuit dans l’est des États-Unis

Après le Québec, Genesis poursuit sa tournée en jouant auprès des foules enthousiastes à Buffalo, Toronto, New-York et autres villes de l’est du continent. Le journaliste Ian Dive du New York Times a écrit que « Genesis offre un spectacle complet allant de projections arrière, changements de costumes et un petit spectacle. Pas que Genesis en ait besoin pour cacher des défauts; ce n’est peut-être pas du rock mais des histoires et des idées illustrées avec des costumes et des gestes, à l’unisson avec la musique.  Genesis semble à l’aube d’une vraie carrière américaine. »

Toutefois, tout n’était pas facile partout.  Phil raconte : « Au bout de quelques mois, notre popularité sur la Côte Est finit par être excellente. Délirante, presque. Cela dit, il ne faut jamais jurer de rien. On donne un concert atroce avec le Spencer Davis Group au Felt Forum, en dessous du Madison Square Garden, une salle tout en moquette, acoustiquement morte. On espérait le vrai Garden, on a eu son affreuse petite sœur.

À l’échelle du territoire, dans certains petits bleds, on joue devant des visages perplexes. Bref, on nage à contre-courant. Ils n’ont jamais entendu rien de semblable. C’est moins emberlificoté que Yes. Moins axé sur la virtuosité d’ELP. Beaucoup plus excentrique que n’importe qui là-bas et on en paie le prix. »

Genesis se rend pour la première fois en Californie en décembre 1973

Phil relate son expérience : « Los Angeles nous donne l’occasion de décompresser. On loge au Tropicana, un vrai motel. On va de chambre en chambre en se roulant des pétards – on est à L.A. – et on prend nos repas au Duke, le restaurant du rez-de-chaussée, point de ralliement de tous les groupes de passage.  L.A. ne nous déçoit pas.

On donne en trois jours six concerts au Roxy. Ce lieu, sur Sunset Boulevard comprend au premier étage un club très chic et privé, On The Rox. C’est là que Jack Nicholson, Warren Beatty, Joni Mitchell et autres figures en vue se rencontrent le soir. Le Roxy est moins grand qu’on ne pourrait le penser. Il a une capacité de 500 places seulement et les 500 spectateurs présents sont sans doute les mêmes les 6 soirs. »

À propos du succès des spectacles à Los Angeles, Peter indiquait en entrevue au Melody Maker « que nous offrions un genre de mystique underground. Un des journalistes de la presse musicale américaine disait que nous étions probablement un des derniers groupes undergrounds. Et dans un sens, il semblait que notre popularité s’étendait sur la Côte Ouest. Ce fut un culte étrange, intense concentré sur nous. »

À cette époque, on y avait ajouté des effets pyrotechniques. Selon Peter, pour ce faire « avec tous les dangers terroristes de l’époque, vous aviez besoin d’un permis. Et pour l’obtenir, vous deviez être endossé par la police et prouver que vous étiez des citoyens responsables avec aucune tendance de gauche. »

Peter se déguise en Père Noël

Lors du dernier spectacle de la tournée américaine au Roxy, Peter s’est habillé en Père Noël, malgré la température extérieure de 90 degrés. Il a pris de l’hélium à la fin du spectacle pour prendre une voix de Mickey Mouse et a chanté la pièce des années 60, They’re Coming To Take Me Away Ha-Haaa!  « J’ai eu le hoquet pour 4 ou 5 jours.  C’était drôle au départ mais je ne pouvais pas dormir et ça commençait à me hanter. »

Avant de revenir en Europe, Genesis fait une apparition télé

Avant de retourner à Londres, le groupe a fait une apparition télé à NBC pendant l’émission The Midnight Special où il a joué Watcher of The Skies et une version écourtée de The Musical Box qui incluait quand même les changements de costumes de Peter. Enregistrée en décembre, l’émission a été diffusée le 25 janvier 1974.

Par la suite, Genesis reprendra la route, modifiera son spectacle et retournera à nouveau au Québec en avril 1974. Le spectacle présenté à Montréal sera radiodiffusé en direct à CHOM-FM.

À suivre!

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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L’équipe de Famille Rock sera le 24 juin sur la terrasse extérieure de l’Atomic Café. C’est un rendez-vous.

 

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