Livres

Bob Dylan Chroniques

Bob Dylan, Chroniques évaluation et impressions !
Prix Nobel de littérature
Publié le 3 juin 2022

Par Ricardo Langlois

J’ai aimé Lay Lady Lay de Dylan. J’avais 13 ans. Papa avait acheté le 45 tours. Mes parents aimaient la musique. Il n’y avait pas de livres à la maison. J’allais à la bibliothèque à tous les samedis. Surtout pour éviter mes frères qui se disputaient tout le temps. J’ai lu beaucoup de science-fiction (Asimov, Lovecraft). Je me souviens de Nelligan. Son visage. Sa poésie.

Je vous parle de Chroniques de Bob Dylan. C’est bien écrit, mais je préfère Patti Smith et Just Kid. Dylan est un fou de lecture : Le prince de Machiavel, L’enfer de Dante, Les métamorphoses d’Ovide. La poésie : Byron Shelley, Poe, Freud aussi (Le roi de l’Inconscient ). J’aime quand il dit : Je lisais beaucoup de pages à voix haute et j’aimais le son des mots, la langue (p.57 ).

 

Les origines

Il se retrouve à New York, il perd tout intérêt pour le style beatnick. Cette soif de sensations qui illustre bien Kerouac dans Sur la route. C’est un observateur de son époque mais il veut connaître les origines de l’Amérique (les années 1855-65). Il commence à se faire une idée de l’histoire : la culture du ressentiment, du schisme, une époque noire, le mal contre le mal, l’ëtre humain rejeté loin de sa destinée. La guerre a mis l’Amérique sur la croix, et elle est morte avant de ressusciter (p. 121). J’ai aimé qu’il cite Jean Genet, l’univers plongé dans le chaos, l’homme seul et abandonné. Il veut écrire des chansons qui ont du sens.

 

Là, je me souviens vers 16 ans, j’étais à Montréal sur la rue Saint-Denis. Je rentre au magasin de disques L’Alternatif, c’était comme un château abandonné avec de vieux sofas, et surtout, cette odeur d’encens qui sera un parfum qui restera comme mon parfum préféré à vie. À L’Alternatif, c’était Pink Floyd et Black Sabbath. Dans mon coin tranquille, je parlais à des jeunes que je ne connaissais pas. Je leur disais que je voulais étudier les livres.

Rimbaud et Lautréamont ont été mes premières lectures poétiques (1). Comprendre l’univers de ces poètes. À 23 ans, Lautréamont avait écrit Les chants de Maldoror. Par la suite, je découvrirai Mainmise, première revue de la Contre-culture. Kerouac arrivera un peu plus tard.

Je retourne au livre de Dylan : Mon œuvre fera date pour la génération à venir. Je suis l’âge de fer poétique de l’après guerre, et il y a aussi du métaphysique chez moi, qui vient d’une époque révolue (p. 153 ).

1968

Il parle de LSD. L’acide pour développer une nouvelle vision du monde. Stroboscope, lumière noire hallucinante. Son accident de moto (p.157 ). Il se décrit ainsi : je n’ai jamais vraiment été plus que ça : un musicien de folk, qui scrutait la buée derrière un écran de larmes. Je n’étais pas un prêcheur, je ne faisais pas de miracles (p. 159). Il adorait Frank Sinatra comme moi. Un jour, il a dit à Dylan qu’il adorait Blowin in the Wind.  Il parle aussi de Johnny Cash. 1968, c’est la révolution partout.

Mon ami Denis avait écrit un article dans Mainmise en 1973. La dope et le yoga. 5 ans plus tard, on se rencontrera. Je voulais vivre avec lui. Mes parents ne voulaient pas. Je venais d’avoir 18 ans. Je suis parti vivre chez lui dans une maison tout en bois à Mirabel. La musique jouait du matin au soir. Dylan avait une place de choix dans sa discothèque.

Je repense à l’album culte Blonde on Blonde. Premier album double à paraître.

Aucune chronologie

Au-delà du prix Nobel, j’avais un intérêt personnel puisque Springsteen (et même Richard Séguin) sont de vrais fans. Dans ce livre divisé en cinq parties, deux d’entre elles s’attaceant chacune à la genèse d’un album (New Morning, et Oh Mercy). Les trois autres évoquent les débuts du chanteur, un peu de son enfance et beaucoup de ses débuts à New York.

La chronologie est complètement bouleversée. Il saute d’un sujet à l’autre. Je dirais que comme Kerouac, il aspirait à une vie tranquille de famille, loin de ceux qui l’admiraient et lui volent son intimité. On lui a reproché de ne pas se prononcer ouvertement sur les événements qui secouaient l’histoire des États-Unis durant ces années.

C’est aussi un livre avec beaucoup de références au monde artistique de l’époque (beaucoup de noms, beaucoup de recherches personnelles). Dylan a traversé plusieurs passages à vide durant sa carrière. Le pathos poétique. La musique et la poésie, c’est une quête de vérité (jouir de l’Esprit). Pas un mot sur sa conversion à l’époque de Slow Train Coming. Il avait rencontré le Dieu de la bible chrétienne.

Rolling Thunder Revue

Netflix a présenté un documentaire atypique sur sa tournée Rolling Thunder Revue, la célèbre tournée de Dylan en 1975-1976. Il dit qu’il ne se souvient de rien. C’était le LSD à tous les jours. Il raconte que ce sont les visages peinturlurés de Kiss qui lui ont inspiré de s’enduire le visage de maquillage blanc.

Like a Rolling Stone

Voici une belle anecdote. En mai 1965, dans l’avion après une tournée de deux mois au Royaume-Uni, il écrit un poème de 20 pages, un flot de considérations. Quelques jours plus tard, dans son appartement de Greenwich Village, Bob a examiné son texte et il s’est arrêté sur une phrase qu’il a lu au ralenti : How does it feel ? C’est cette question qui a permis de mettre au point l’une des plus grandes chansons de son répertoire. Like a Rolling Stone vaut d’abord et surtout pour son texte. Les rimes s’assemblent avec des rimes, les phrases jouent avec la métrique, les images surprennent. C’est comme un prototype de rap. Et tout cela est délivré avec un air narquois (la chanson dure 6 minutes et 13 secondes). Une chanson audacieuse Il déclara : Et j’ai soudainement réalisé que c’était la voie que je devais suivre. Écrire un roman ou une pièce de théâtre ne m’intéressait pas. Je voulais juste composer des chansons. (2).

Notes
(1)- Lautréamont, Les Chants de Maldoror. Ce livre a été une grande découverte. C’est l’autobiographie d’un jeune de 23 ans, j’ai été longtemps bouleversé par ce livre.  À quoi pensais-tu enfant? Je pensais au ciel. Un livre inclassable. En livre de poche.

(2)- Like a Rolling Stone, la chanson est classé no 75 dans Les 100 meilleures chansons de tous les temps. Les légendes du Rock, Hors Série vol 6.

-Bob Dylan, Chroniques. Prix Nobel de littérature 2016. 392 pages. Collection Folio.

 

Fabriqué au Québec!
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

Si vous songiez à appuyer notre site, c’est maintenant, c’est ici. Chaque contribution, qu’elle soit grande ou petite, aide à notre survie et appuie notre avenir. Appuyez Famille Rock pour aussi peu que 5 ou 10 $ – cela ne prend qu’une minute. Merci !  

Click to comment

Laisser un commentaire

Bienvenue

Dans la FamilleRock!

To Top

Pour Un Monde Meilleur!

Fabriqué au Québec!

Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

Honorons Nos Survivants Pleurons Nos disparus