Chroniques

Art Rock ou progressif

Souvenirs Rock #3
Art Rock ou le Rock progressif
Publié le 17 décembre 2021

 

Par Denis Legault

Pink Floyd

Le rock progressif est un style de rock particulièrement élaboré tant au niveau de la technique instrumentale que de la composition, riche rythmiquement et mélodiquement. S’inspirant souvent de styles musicaux anciens et/ou élaborés, tels que la musique classique, le jazz ou certaines musiques ethniques, les artistes progressifs cherchent à créer une musique libre, en dehors des carcans habituels du rock (rythme régulier, morceaux courts…), l’objectif étant de faire progresser la musique dans son ensemble. Leur approche est donc assez similaire à celle de nombreux musiciens de jazz, notamment dans les mouvements be-bop et free jazz. – La photo : Frank Zappa

Parmi les traits marquants du rock progressif figurent, avec plus ou moins d’importance selon les cas :

* Complexité musicale (les thèmes musicaux peuvent varier fréquemment au cours d’un même morceau)
* Éléments mélodiques
* Longues parties instrumentales, qui ne sont pas nécessairement des improvisations mais des passages travaillés instruments par instruments.
* Instruments inhabituels dans la variété, comme l’intégration d’instruments    classiques ou de jazz (flute, trompette, violon, etc.)
* Coordination et indépendance de la section rythmique
* Inspiration de musique classique, traditionnelles, folk, médiévale ou jazz
* Supergroupes
* Albums-concepts voire opéra rock
* Textes exigeants, faisant parfois appel à l’univers du fantastique ou de la science-fiction
* Art graphique particulier, avec utilisation de dessins, parfois inspirés du fantastique ou de la science-fiction, pour les pochettes d’albums, plutôt que des photos traditionnelles

In the Court of the King Crimson – LP

Instruments de musique

Outre l’utilisation des instruments classiques du rock, certains outils sont parfois des éléments récurrents du genre progressif. Si la guitare électrique est l’emblème du rock, le clavier, et plus particulièrement les orgues Hammond, Mellotrons, Minimoogs et autres synthétiseurs, apparaissent souvent, et plus particulièrement dans le mouvement symphonique. On pourrait ajouter que le rock progressif a contribué au développement et à la popularisation des outils électroniques comme les synthétiseurs. Toutefois, le style ne se cantonne nullement à une liste de 4 ou 5 instruments. Par sa définition intrinsèque du progrès, le genre tend à diversifier son orchestre. La flûte traversière avec Genesis et Jethro Tull, le violon avec David Cross de King Crimson, le saxophone avec Van der Graaf Generator, les cuivres de Pink Floyd, les orchestres symphoniques et les chœurs d’Alan Parsons sont des exemples.

Visionnez « Pink Floyd – Comfortably Numb – pulse concert performance 1994 » sur YouTube

Les précurseurs

Le rock progressif est né en Angleterre à la fin des années 1960, issu d’une variété d’influences musicales à travers le monde. Le terme « progressif », appliqué à la musique, a pris sa source à la fin des années 1940 en relation avec le jazz. Plus tard, dans les années 1960, le terme fut utilisé en rapport avec le blues. Ce fut vers la moitié des années 1970 que le rock progressif atteignit son sommet.

Parmi d’autres développements, les Beatles durant la deuxième moitié de leur carrière (fortement influencée par The Byrds), et de nombreux groupes de rock psychédélique commencèrent à mélanger la musique rock traditionnelle avec des instruments de musique classique, de la musique orientale et du jazz. Les premières œuvres de Pink Floyd et de Frank Zappa montrent certains éléments progressifs. Un précurseur important, Beck’s Bolero, composé en 1966 par Jeff Beck et Jimmy Page, alors membres des Yardbirds, est une courte adaptation du Boléro de Maurice Ravel. Un des premiers groupes de rock à expérimenter avec les structures de chanson, l’improvisation et les arrangements superposés, fut 1-2-3 (qui deviendra The Clouds et publiera en 1969 l’album fondateur Scrapbook). Le rock psychédélique continua cette tendance expérimentale et commença à composer des morceaux très longs, bien que ne possédant pas de structure soigneusement préétablie : par exemple, In-A-Gadda-Da-Vida de Iron Butterfly (17 minutes) ou 1983, A Merman Should I Turn to Be de Jimi Hendrix (13 minutes).

Des groupes tels que The Nice et The Moody Blues commencèrent à mélanger délibérément la musique rock et la musique classique, produisant des morceaux plus longs qui étaient composés et non pas basés sur des improvisations. De leur côté, la musique électronique allemande et les pionniers du krautrock Tangerine Dream introduisirent une variété de synthétiseurs, d’effets de bandes, et d’autres sons inhabituels dans leurs compositions, habituellement dans des albums purement instrumentaux. Soft Machine et d’autres commencèrent à expérimenter avec du rock complexe et du jazz. Pendant la seconde moitié des années 1960, The Who créèrent également des albums-concept et des opéras rock (Tommy), ainsi que de longues interprétations live de chansons rock, bien que celles-ci étaient souvent dans un style improvisé blues que pratiquaient également leurs contemporains Cream et Led Zeppelin.

Tous ces groupes sont parfois considérés comme faisant partie d’un genre transitoire entre le psychédélique et le progressif, nommé proto-prog.

Les premiers groupes

Parmi les premiers groupes importants de rock progressif figurent The Nice et Soft Machine, et les racines du genre peuvent remonter jusqu’au milieu des années 1960. Toutefois, l’apparition de King Crimson en février 1969 est vue par certains comme un pivot. King Crimson fut rapidement suivi par d’autres groupes de rock progressif anglais, parmi lesquels Yes, Genesis, Pink Floyd, Emerson, Lake & Palmer (ELP) et Jethro Tull. La plupart de ces groupes (sauf ELP) avaient commencé leur carrière avant King Crimson, et ont changé leur style musical considérablement à la suite de la sortie de In the Court of the Crimson King. De plus, le changement de son de Pink Floyd était probablement dû à la perte de Syd Barrett, leur compositeur principal entre 1965 et 1967. Quant à ELP, ils héritèrent du chanteur-bassiste Greg Lake issu de la formation originale de King Crimson, sur la photo ci-haut.

Certains courants du rock progressif gagnèrent également des adeptes quand les fans de rock perdirent leurs illusions vis-à-vis du mouvement Peace and Love. Certains groupes de rock progressif commencèrent à s’éloigner de la bonne humeur de la musique pop des années 1960 pour se rapprocher de thèmes plus complexes et réfléchis, et parfois plus sombres. Par exemple, l’album Trespass de Genesis inclut The Knife, une chanson sur un violent démagogue, et Stagnation, une chanson sur un survivant d’une attaque nucléaire. Van der Graaf Generator abordait parfois des thèmes à forte teneur existentialiste. Pink Floyd est connu pour certaines qualités philosophiques de leurs paroles, se traduisant parfois par une vision cynique et nihiliste.

Ascension et déclin

Renaissance – Alan Parsons Project

Les fans et les historiens de la musique ont différentes manières de catégoriser les courants du rock progressif des années 1970. L’école de Canterbury peut être considérée comme un sous-genre du rock progressif, plus orienté vers le jazz-rock, ou simplement comme une autre collection de groupes de rock progressif. D’autres groupes ont emmené le genre dans une direction plus commerciale. Ces groupes, parmi lesquels Renaissance, The Alan Parsons Project, Queen et Electric Light Orchestra, sont parfois classifiés « rock progressif », « rock commercial » ou « pop symphonique ». Au fil du temps, Led Zeppelin et Supertramp, parmi d’autres, incorporèrent des éléments plus inhabituels, des mesure impaires, et des compositions longues dans leur œuvre. Dans une veine « pop prog » similaire figure Manfred Mann’s Earth Band, qui était considéré comme un groupe de rock prog de premier ordre, sachant l’héritage des années 1960 plus connu de Manfred Mann.

Ian Anderson – Jethro Tull

La popularité du rock progressif atteignit son apogée au milieu des années 1970, quand les artistes prog étaient régulièrement en tête des votes des lecteurs dans les magazines de musique populaires en Angleterre et aux États-Unis. À cette époque, plusieurs groupes nord-américains se formèrent. Kansas, qui existait depuis 1971, devint un des groupes de rock progressif ayant le plus de succès commercial. Le groupe canadien Rush eut un succès comparable, avec une série d’albums à succès s’étendant de la moitié des années 1970 à aujourd’hui.

Rush – Photo de Fin Costello/Redferns

Avec l’arrivée du punk à la fin des années 1970, l’opinion critique en Angleterre se rapprocha d’un style de rock plus simple et agressif, les groupes progressifs étant de plus en plus décriés comme prétentieux et pompeux, mettant fin au règne du rock progressif comme un des styles principaux du rock. Cette évolution est souvent considérée comme faisant partie d’un tournant commercial plus ample dans la musique populaire de la fin des années 1970, durant lequel de nombreux groupes de funk ou de soul choisirent le disco, et durant lequel smooth jazz devint plus populaire que le jazz-rock.

Toutefois, les groupes progressifs les plus installés avaient encore de nombreux partisans, avec Rush, Genesis, Yes et Pink Floyd, qui plaçaient régulièrement des albums dans le top 10 et effectuaient des tournées à succès. En 1979, année à laquelle on s’accorde à dire que le punk avait muté en new wave, Pink Floyd sortit The Wall, un des albums les plus vendus de l’histoire. De nombreux groupes qui émergèrent à la suite du punk, tels que Siouxsie and the Banshees, Cabaret Voltaire, Ultravox, Simple Minds et Wire, affichaient des tendances progressives ainsi que des influences punks plus reconnues.

Visionnez « Genesis – Live – 1972 With Peter Gabriel – Belgian Tv (Complete Show) » sur YouTube

Les années 1980

Le début des années 1980 vit apparaître un renouveau du genre, mené par des artistes tels que Marillion, IQ, Twelfth Night, Pendragon, Galahad, Pallas, et Saga. Les groupes qui sont apparus durant cette période sont parfois appelés « néo-progressifs ». Ils étaient influencés par les groupes des années 1970 tels que Genesis, Yes et Camel, mais incorporaient certains éléments de la new wave et d’autres éléments du rock des années 1980. Le synthétiseur numérique devint un instrument proéminent dans ce style. Le néo-prog continua jusque dans les années 1990 et au-delà avec des groupes comme Arena, Jadis, Collage, et Iluvatar. Ils sont généralement similaires dans leur style et dans leur sonorité aux pionniers du néo-prog Marillion et IQ.

Certains inconditionnels du rock progressif changèrent de direction musicale, en simplifiant leur musique et en la rendant plus commercialement viable. En 1982, le très attendu supergroupe Asia, composé de Steve Howe (Yes), Carl Palmer (ELP), John Wetton (King Crimson) et Geoff Downes (Buggles/Yes), surprit les fans de rock progressif avec son premier album orienté pop. Le single Heat of the Moment tourna beaucoup sur MTV pendant des années, tandis que l’album se vendit très bien en 1982. Cela révéla un marché pour le rock progressif britannique plus commercial, un style très similaire à ce que jouaient Styx, Foreigner, Boston et Journey.

D’autres groupes britanniques suivirent l’exemple lucratif d’Asia. En 1983, Genesis obtint un succès international avec Mama, une chanson avec une forte insistance sur un riff de boîte à rythme, signalant un changement d’orientation du groupe vers une direction plus commerciale dans les années 1980. En 1983, Yes fit un retour surprenant avec 90125, sur lequel figure leur seul single numéro un aux États-Unis, Owner of a Lonely Heart. Écrit par le guitariste Trevor Rabin avant qu’il rejoigne le groupe, Owner of a Lonely Heart était suffisamment accessible pour passer dans les discothèques. De même, l’album A Momentary Lapse of Reason de Pink Floyd en 1987 était un départ de leurs albums concepts habituels, faisant figurer des chansons plus courtes et un son plus électronique.

Années 1990 et métal progressif

Le rock progressif a vécu un autre renouveau dans les années 1990. Un départ remarquable de ce renouveau a été donné par un trio de groupes suédois: Änglagård, Anekdoten et Landberk, qui sont apparus vers 1992-1993. D’autres groupes apparurent, tels les Scandinaves The Flower Kings et White Willow, les Anglais Porcupine Tree, les Italiens Finisterre et Deus Ex Machina, ainsi que Spock’s Beard, Echolyn, Ten Jinn, Proto-Kaw, Magellan et Glass Hammer des États-Unis.

Arjen Anthony Lucassen, accompagné de nombreux musiciens issus de la scène rock progressif et métal, produisit une série d’albums concepts. Sans nécessairement sonner de la même manière, nombre de ces groupes ont des liens musicaux très forts avec les groupes progressifs des années 1970, parfois au point de sonner « rétro ».

Dream Theater

Une des catégories les plus commercialement viables du progressif a été le métal progressif, qui mélange certains des éléments communément associés au rock progressif (compositions longues, mesures impaires, virtuosité, albums concepts) avec la puissance et l’attitude associée au Metal. Ce sont des groupes de la trempe de Iron Maiden (Phantom of The Opera sur Iron Maiden, 1980) et Metallica (Call of Khtulu sur Ride the Lightning, 1984), voir Deep Purple (Child in Time sur In Rock, 1970) qui commencèrent associer le rock progressif à la puissance métallique. Le courant sera « officiellement » lancé par des groupes tels Fates Warning ou Queensrÿche, quoique toujours très teinté de rock, puis bien sûr par Dream Theater qui amplifiera le côté extrême du progressif notamment grâce à l’utilisation de guitare à 7 cordes, donc plus graves, ce qui divisera le métal prog en deux principaux courants, d’une par les groupes plus « rock » (Shadow Gallery, Crimson Glory) et de l’autre part des groupes plus pessimistes et violent (Andromeda, Outworld).

Une caractéristique distinctive du métal prog est la proéminence des claviers dans ce qui est habituellement un style de musique dominé par la guitare. Plusieurs des groupes dans le métal progressif, comme Dream Theater (États-Unis), Ayreon (Pays-Bas), Opeth (Suède), Fates Warning (États-Unis) et Queensrÿche (États-Unis), citent les pionniers du hard rock progressif Rush comme une de leurs plus grandes influences. Tool a cité King Crimson comme influence de leur œuvre.

Le progressif en tant que style musical

Le terme « progressif » fut à l’origine utilisé dans les années 1970 pour souligner la nouveauté de la direction musicale empruntée par certains groupes. À partir des années 1980, le terme est surtout devenu le nom d’un style musical. En conséquence, des groupes tels que King Crimson qui continuèrent à explorer de nouvelles directions n’ont pas toujours été considérés comme progressifs, tandis que certains groupes se décrivant comme progressifs, cherchent à recréer le son des groupes du début des années 1970. Aujourd’hui, le terme « progressif » est donc vu par certains comme désignant un style de rock parmi d’autres, tandis que d’autres n’estiment le terme pertinent que pour désigner une certaine démarche d’écriture.

Influence dans d’autres styles

Certains groupes de heavy metal, comme System of a Down, ont incorporé des éléments influencés par le progressif tels que des changements bizarres de signatures de temps et de tempo dans leur musique. Récemment, un certain nombre de groupes de métal symphonique ou gothique, fortement influencés par la musique classique, ont émergé en Europe, tels que Nightwish, After Forever. Dans le métal, il arrive souvent qu’un groupe s’essaye au progressif en composant une chanson longue, comme le faisait Iron Maiden en son temps. Par exemple dans le genre du Speed Metal mélodique, on trouve parfois des pistes qui oscillent entre 10 et 20 minutes. La tendance du rock progressif à faire des concepts albums se retrouve très abondamment dans certains genres du métal. Le groupe de Hollywood metal ,Rhapsody of Fire, n’a sorti que des albums concepts, est influencé par la musique classique et termine souvent ses albums par une chanson d’une dizaine de minutes, sans toutefois être unanimement considéré comme un groupe de progressif.

Supertramp

Le rock progressif est un genre très populaire au Québec, des groupes comme Genesis, Supertramp, Styx, Emerson Lake & Palmer, Yes, Rush etc… sont très populaires chez nous. Entre autres Pink Floyd, Emerson Lake & Palmer et Genesis ont tous performé au Stade olympique. On en entend encore parler de nos jours par ceux qui y étaient.

Yes In Session 1969/1970 Source; Past Daily: News, History, Music And An Enormous Sound Archive

Les artistes les plus représentatifs du genre (par ordre alphabétique) :
  • Asia
  • David Bowie
  • Dream Theater
  • Electric Light Orchestra
  • Emerson Lake & Palmer
  • Focus
  • Peter Gabriel
  • Genesis
  • Gentle Giant
  • Jethro Tull
  • Kansas
  • King Crimson
  • The Moody Blues
  • The Alan Parson’s Project
  • Pink Floyd
  • Queen
  • Roxy Music
  • Rush
  • Styx
  • Supertramp
  • Yes
  • Frank Zappa

Article connexe:
Art Rock ou le Rock progressif par Denis Legault et la liste des chansons populaires.

 

Mot de notre équipe
À l’approche de la période des Fêtes, Géo, le fondateur et actuel éditeur du journal web Famille Rock a apporté une rare copie originale du journal Pop Rock datant de décembre 1972. On peut voir que son nom apparaît montrant qu’il fut un des premiers journalistes. L’histoire retiendra qu’il fut éditeur de cette revue mythique de 1978 à 1987.
Comme Janis, nous en profitons pour vous souhaiter un Joyeux Temps des Fêtes!

 

Denis Legault pose avec Jerry Mercer et Paul Harwood sur la bannière
BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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