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1980 Sabbath à Genesis

1980 selon Ricardo
Publié le 18 mars 2022

Par Ricardo Langlois

1980 a été une année de pur bonheur. Rencontrer le Grand Amour. Travailler pour le célèbre Pop Rock que j’ai découvert à l’âge de 15 ans. Des road trips avec Serge et Denis. La lecture de Allen Ginsberg, poète et ami de Jack Kerouac. Aller voir Dylan au Théâtre St-Denis, un article important pour Pop Rock. Le spectacle de Yes (vu en 1979 et 30 août 1980).

Pour cet exercice, j’ai choisi 6 albums clés qui me rappellent cette année inoubliable.

1. Black Sabbath, Heaven and Hell. C’est un des grands albums de heavy metal, point final. Et c’est un album qui a vraiment résisté à l’épreuve du temps. Il sonne aussi frais et puissant aujourd’hui que lorsqu’il est sorti en 1980. Il a apporté une dimension nouvelle à Black Sabbath, avec la voix de Ronnie, les paroles et la façon dont Tony Iommi a écrit pour lui. Lorsque vous écrivez en équipe, ce que feront Ronnie et Tony, vous vous équipez d’une tète de métal différente, et cet album a une texture et une atmosphère générales qui le sort du Sabbath période Ozzy.

Disons le, écouter Sabbath avec Ozzy et Sabbath avec Ronnie sont deux expériences différentes. Heaven and Hell a une autre dimension, mais il reste dans le schéma de ce qu’est Black Sabbath. Il y a toujours Tony à la guitare, Geezer à la basse, Bill Ward à la batterie, mais dans l’ensemble, les deux univers sont séparés. Il n’y a pas que la voix de Ronnie, mais tout le son du groupe est plus mélodique. En tant qu’Américain, il a apporté une inflexion différente à Sabbath. Il a donné son empreinte au groupe.

Et même si je suis un grand fan de ce que Ronnie a fait avec son groupe Dio, je pense qu’il a fait un effort supplémentaire dans ses performances vocales sur Heaven and Hell. Ce que cet album offre dans la sphère de Black Sabbath est, je pense, unique. (Le chanteur de Rob Halford, donne son point de vue personnel sur Dio et ce classique).

2- Iron Maiden, Iron Maiden. Je ne referai pas l’histoire de la NWOBHM, tout ça se trouve facilement sur le web, et ça me prendrait des paragraphes entiers. Toujours est-il que Maiden en est, avec Saxon, l’un des fers de lance, aux côtés de formations plus ou moins anonymes, qui ne font aujourd’hui que figure de vestiges d’un temps reculé. Alors s’ils portent encore l’étendard de cette vague purement marquée 80’s, c’est qu’ils ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Et dès le premier album, Iron Maiden fait la différence.

Parce que l’alchimie entre tous les composants est parfaite. La qualité de composition instrumentale est déjà présente. Construite autour des lignes de basses omniprésentes (et ce sera une constante chez Maiden) du chef Harris, les parties de guitares balancent de la mélodie inspirée et catchy à tout va. Prowler, Remember Tomorrow, l’instrumentale Transylvania, Strange World, c’est toutes les gimmicks et la patte harmonique qui vont structurer à jamais les titres des Londoniens. Et pourquoi ça tue ? Je vous dirais simplement d’écouter, mais comme je suis en train de m’amuser à taper sur le clavier, je vais essayer de creuser un peu.

Bon, en fait, il se trouve qu’Iron Maiden va inspirer environ 90% des groupes de metal en terme de construction mélodique. Alors pour tout vous dire, je n’ai jamais été un grand spécialiste des chiffres donc selon votre opinion éclairée, ce nombre peut varier… Mais difficile de s’en éloigner tant leur signature sonore se retrouvera dans une flopée de formations metal.

3- ACDC, Back in Black. Difficile de trouver dans l’histoire du rock un album plus marquant que Back In Black. Tout d’abord parce qu’il s’agit de l’album de rock le plus vendu au monde (42 millions de copies tout de même, soit un album toutes les 20 secondes en moyenne) et surtout car il sert d’éloge funèbre au très charismatique Bon Scott, décédé quelques mois auparavant. C’est dans ce contexte pas simple que déboule Brian « The Throat » Johnson, avide de montrer qu’il a tout à fait sa place dans le combo australien.

Suite au décès aussi tragique que soudain de Bon Scott, les frères Young parviennent à surmonter l’immense chagrin qui les habite et décident que la meilleure façon de saluer la mort de leur ami est de continuer de faire exister AC/DC. Ils engagent Brian Johnson et enregistrent Back In Black en quelques mois. Inutile d’avoir fait de grandes études de psychologie pour comprendre la signification du titre et de la pochette entièrement noire du vinyle : le fantôme de Bon Scott plane. Pourtant l’album est loin d’être funèbre et à l’exception de deux titres dédiés à feu Scott (la légendaire Hell’s Bells et Have a Drink on Me), l’ensemble des titres semble plutôt célébrer le mode de vie qu’affectionnait Scott à grand renfort de riffs rock n’ roll. Rock n’Roll? Plus tant que ça, finalement…

Bien sûr il y a toujours cette petite touche blues/rock qui peuple la musique des frangins, mais le ton s’est nettement durci depuis Highway To Hell et la voix du père Johnson n’arrange pas les choses. Nettement plus rapeux et beaucoup moins chaleureux, le timbre du gaillard est plus propice aux déferlantes nerveuses qu’aux déclamations sexy/malsaines de son prédécesseur et son arrivée fait plonger définitivement le groupe dans le hard rock.

4- Ozzy Ozborne, Blizzard of Ozz. Révélation est le mot qui est le plus approprié pour décrire Blizzard of Ozz. L’histoire préfère pourtant souvent retenir celui de comeback et se centrer sur le retour sur le devant de la scène de l’une des plus grandes voix du métal. On ne peut nier qu’Ozzy démontre une nouvelle fois toute la puissance de sa voix, qui tout en restant toujours très monotone parvient à s’incruster dans tout un tas d’atmosphères différentes.

Ozzy n’est pas de ceux qui poussent des points de voix et emballent un refrain en montant sur leurs grands chevaux. Que ce soit sur le tonitruant Crazy Train ou le délicat Goodbye To Romance, la voix du prince caresse et corrompt nos oreilles de ses intonations toujours étranges, faussement poussives, comme chantées d’outre-tombe. Ozzy se fait pourtant plus réel en fin de disque, dynamique et dans un style proche de David Lee Roth avec No Bone Movies, et déchirant à travers la complainte qu’est Revelation (Mother Earth).

Mais si ici c’est bien le mot révélation qui lui sera retenu, c’est avant tout à cause de Randy Rhoads. Le jeune guitariste, s’il n’est pas le seul auteur/compositeur de la bande (Bob Daisley s’occupe de l’écriture des paroles et Lee Kerslake accompagne surtout Rhoads dans les arrangements et la structure des morceaux), Randy prend d’emblée en main une grande partie de l’écriture pure des rythmiques. Et comme devenir à 22 ans guitariste d’Ozzy Osbourne ne suffisait pas pour prétendre au rang de prodige, le petit Randy se permet même de composer déjà l’un des plus grands riffs de l’histoire : Crazy Train. Un modèle du genre qui inspire encore aujourd’hui beaucoup de guitaristes.

5- Yes, Drama. Cet album marque un retour fracassant après l’échec de Tormato. En spectacle, Yes est un des meilleurs groupes au monde. C’est comme assister à une messe musicale. Les spectateurs sont attentifs et presque silencieux.

Le magazine Best déclare Drama se révèle être un EXCELLENT disque, et effectivement meilleur que Tormato sans l’ombre d’un doute. Le retour du graphisme de Roger Dean pour la pochette est en fait une précieuse indication. La grande tradition se poursuit (selon Hervé Picart). Même si Anderson est irremplacable, à mon sens, le défi est relevé.

6- Genesis, Abacab. En 1980, l’album Duke fournit au groupe deux gros succès avec Turn It On Again  et  Misunderstanding, devenu disque de platine et la réussite commerciale du groupe se confirme ainsi d’album en album tout au long des années 1980, alimentée par le propre succès de Collins en tant qu’artiste solo jusqu’à son départ du groupe en 1996.

Néanmoins, leurs chansons, qu’elles soient courtes ou longues, restent toujours aussi complexes. Et ils composent toujours des titres de rock progressif comme en témoigne l’instrumental Duke’s Travel – Duke’s End qui clôt l’album. Sur celui-ci Tony Banks abandonne le  mellotron  qu’l utilisait depuis l’album Trespass pour produire des sonorités de cordes, voix et flûte, au profit de divers synthétiseurs et d’un vocodeur. J’ai redécouvert les albums des années 80 durant la pandémie. J’ai réappris à les aimer, à les chérir à leurs justes valeurs..

Notes

1. Black Sabbath, la critique de Rob Halford de Judas Priest (Les légendes du Rock, Hoes-série 5, 2021).
2. Iron Maiden est l’album le plus représentatif de l’histoire du mouvement NWOBHM avec Saxon et Def Leppard.
3. AC/DC, Back in Black, j’en ai parlé beaucoup dans mes chroniques de l’époque. La critique est citée sur leseternels.net
4. Ozzy pour son premier album solo a apporté un renouveau avec Randy Rhoads.
5. Yes, je suis resté fidèle a ce groupe. En spectacle, c’est de la pure magie. Référence revue Best, octobre 1980.
6. Genesis, je suis un fan depuis mon adolescence. Duke est solide.

Ricardo Langlois est critique musical sur famillerock.com. Il est aussi critique littéraire sur lametropole.com. Il a écrit plus de 70 articles pour le site de l’Uqam dans les années 2000. Il a écrit quatre livres de poésie. Son dernier livre L’empire est maintenant disponible.

 

Fabriqué au Québec!
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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