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Zappa 1940 1993

Frank Zappa
Biographie de Guy Darol
Publié le 12 mai 2021
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Republié le 23 avril 2022

 

Par Ricardo Langlois

 

Frank Zappa le génie musical aux multiples talents

Frank Zappa fut une découverte fulgurante. C’était à la radio du cegep. C’était au milieu d’une rencontre de fous de musique progressive. On écoutait Yes, Genesis, King Crimson et Emerson, Lake and Palmer. Hot Rats (1969) est un impressionnant chef-d’œuvre. Une musique des sphères. Cette musique qui m’a teinté de sang. Un plaisir violent. C’est le rire continu d’un enfant. Dans cette musique, je mesure l’énormité d’une joie qui se dessine. C’est une rose. La structure des roses (1)

Comment s’en passer? C’est la signature Zappa. Une avalanche de virtuosité musicale. C’est un artiste qui se fout de tout. Les formules magiques sont dans sa tète. Hot Rats, c’est la première pierre d’un édifice laborieux. Peaches En Regalla bien sûr et le reste. Jazz fusion, rock expérimental.

Apostrophe (1974)

L’opus ultime, la synthèse monstrueuse d’un poète délirant capable de vous faire gober des histoires saugrenues. L’histoire du gourou hypnotiseur. Les solos de guitare fracassants (le jam Apostrophe). Certains rappeurs de la West Coast pourraient en faire des samples à l’infini. Led Zeppelin s’est écrasé sur la montagne de King Crimson. J’aime cette idée d’un blogueur. Fêtard et transgression. Apostrophe était un album clef dans la discographie de Zappa. Stink Foot mettait en vedette un caniche, l’un des éléments fondateurs de la continuité conceptuelle. Fido, un chien qui parle, qui philosophe. Ce dernier répondait qu’il était évident que le nœud du problème était caché dans l’apostrophe. Le caractère typographique de l’élision, une tète d’aiguille (2). Le chien n’en croyait rien qui déclarait que ça ne se pouvait pas. Zappa cherchait un dialogue semblable à Platon le philosophe grec. Apostrophe reste une énigme, encore aujourd’hui, Zappa pratiquait l’allégorie. Zappa s’intéressait à Hegel dans La phéménologie de l’Esprit. (3) Le caniche c’était l’esprit qui toujours nie. Zappa pratiquait l’allégorie en usant du règne animal.

One Size Fits All (1975)

Une période de transition qui signera de son nom le reste de sa discographie. Après la période des Mothers, cet album est la consécration de ces années de recherches. Une musique puissante, subtile qui utilise différents styles. L’album commence par Inca Roads, une ballade hypnotique, qui, en l’espace de 9 minutes propulse l’auditeur dans un univers riche et varié. On retrouve Bozzio sur One Size (taille unique) laissant sous entendre la forme ésotérique; tout est dans Un et que Un est en tout.

Le dos de la pochette représentait un zodiaque qui s’accordait avec la science des solutions imaginaires devinée par Alfred Jarry. Le sofa de couleur bordeaux, la main de Dieu tatouée de la croix des Pachucos. Elle tenait un cigare. Dieu auquel il ne croyait pas. Il doutait qu’un barbu juché sur un nuage put avoir inventer le monde. La voix de Zappa signifiait qu’il le cherchait. Il allait le trouver. Il consulta de vieux ouvrages. Il s’intéressait aux gravures de Jean-Théodore de Bry, à l’Opéra Astronomica de Giovanni Domenico Cassini. L’univers de Zappa est surtout un résumé de fantaisies.

Albums Apostrophe, One Size Fits All, Zoot Allures

Zoot Allures (1976)

Aux frontières du hard rock (mais aussi les couleurs du Blues Rock). Black Napkins enregistré a Osaka, au Japon. Dans son ensemble Zoot Allures amplifiait la critique des simulacres annoncée par Plastic People. Les paroles accusaient les plaisirs contrefaits, les pulsions assouvies dans un donjon sadomaso ou au moyen d’une poupée gonflable. La chanson Disco Boy se moquait du disco popularisé par Gloria Gaynor. Ce n’était pas une attaque contre un style de musique, mais un point de vue sociologique sur le syndrome disco dont la fonction était de fournir un accompagnement rythmique. Ici, je fais une parenthèse : Zoot Allures représentait pour lui ce que le rock n roll avait fait de meilleur. Il a même participé à un concert au Madison Square Garden. Il venait de produire Good Singer Good Playing, le 11e album de Grand Funk Railroad.

Zappa in New York (1977)

Le 26 septembre 1976, Frank Zappa avait ouvert au Palladium de New York, une série de quatre concerts. Imaginez John Coltrane et Gill Evans. C’est une œuvre imposante. Un immense condensé de tout ce qu’il avait fait en 1976. Les cuivres en abondance alliées aux guitares électriques et aux marimbas déjantés. On pense aussi à un mélange d’influences entre Queen et King Crimson, Punky’s Whips est une démonstration de virtuosité technique. Mais attention, les paroles évoquaient de manière fictive l’émotion que Bozzio avait ressentie à la vue d’une photo du guitariste d’Angel (son look glam). Zappa fut confronté aux ciseaux de la censure.

Albums  Zappa in New York, Sheik Yerbouti, Joe’s Garage

Sheik Yerbouti (1979)

Sur son propre label, Zappa Records, Sheik Yerbouti nous montre Zappa coiffé d’un ruban blanc. C’était une collection de chansons euphoriques qui pouvaient faire danser les plus maladroits. Dancin’ Fool soulignait que son auteur avait une jambe plus courte que l’autre, conséquence de sa chute dans la fosse du Rainbow en 1971. Résister au temps linéaire. Zappa sait qu’il est dans une dimension mystique de l’Univers. En 1972, il expose une théorie : Ce qu’une chose dépend plus du quand que du quoi, que ce soit d’autre. Le quand est le quoi. Sans une parfaite compréhension du quand, rien n’a d’existence (6)

Sur cet album, il enfile de nombreuses parodies : il s’amuse à parodier Peter Frampton. Il imite la voix de Bob Dylan. Où il relate la solitude désespérée d’un adolescent citant Hotel California, le romantisme pop de l’heure. Sheik Yerbouti allait connaître un succès inégalé en se vendant à un million six cent mille exemplaires à travers le monde. Malheureusement, les évangélistes de la Moral Majority l’ont pris en otage. Le rock était devenu la cible de la bien-pensance.

Joe’s Garage (acts1, II, III ) 1987

Au cœur de Joe’s Garage, son opéra-rock, la figure du Supérieur agissait comme une métaphore de la surveillance généralisée dont Big Brother avait été la prophétie et l’affaire du Watergate. Tout un changement, dès lors, Zappa se relance dans un long et périlleux combat contre les apôtres d’un fondamentalisme qui n’avait de chrétien que le nom. Les prédicateurs du revitalisme protestant, les grenouilles de bénitier au risque aussi de s’attirer les foudres des groupes féministes. Malgré tout, Germaine Greer, une autrice (féministe) le présente comme le meilleur des hommes. Elle salue le courageux excentrique, fidèle à ses idées. Zappa était convaincu que le sexe n’était pas un synonyme de mal. Joe’s Garage s’est aussi moqué des punks qui jouaient aux rebelles sans parvenir à jouer vraiment. Steve Vai, l’un des guitaristes les plus puissants de sa génération, s’était joint à son band (7).

Zappa (par amour)

En espérant vous avoir fait découvrir un grand homme. Un artiste géant qui s’est battu contre les tabous. Un degré alternatif à la musique rock que vous aimez autant que moi. Il faut savoir décoder parfois (une leçon philosophique de la musique). Un dévoilement cynique de l’Art contemporain. Un esprit structuraliste se cache derrière les ornements. Repolitiser l’Art (8). Pas juste de l’émotion. Il y a chez Zappa comme chez Hendrix l’idée du voyant qui joue l’incompréhension, l’ Être en dehors de Soi (9).

Frank Zappa (1940-1993) a été guitariste, chef d’orchestre, peintre , écrivain, cinéaste, ingénieur de son et producteur.

Un documentaire est sorti en 2020 sur la vie et le travail de Zappa. Un regard captivant sur Zappa et son héritage

Notes de l’auteur

1- Christian Bobin, La lumière du monde, Folio 2003
2- FRANK ZAPPA, Guy Darol, Folio, 2016, citation p. 210, toutes les citations appartiennent à cette biographie.
3-  Phéménologie de l’esprit est une œuvre du philosophe Hegel paru en 1807. C’est un livre conceptuel et difficile paru en 1807. C’est la science de l’expérience de la Conscience.
4-  Citation p. 220
5-  Citation p. 223
6-  Citation p. 227
7-  Citation p. 244
8-  Michel Onfray, je cite un court extrait sur L’art de l’artifice, Politique du rebelle , Livre de poche 1999
9-  Ricardo Langlois, Septième Ciel, page 20, 2020.

Le 3e recueil de Ricardo Langlois, Septième Ciel est disponible. (Écrivez-lui en privé). 60 pages, 5 illustrations. 10$ argent ou chèque.

 

INFOGRAPHE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

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