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Bowie Lecteur sous influence

Bowie, les livres qui ont changé sa vie
Livre de John O’Connell
Sortie : novembre 2019
Publié le 19 janvier 2021

 

Texte de Pierre Brume

Bowie lecteur sous influence

David Jones, alias David Bowie rock star et chef de file de plusieurs courants musicaux, était un lecteur assidu. Souvent, lorsqu’il sillonnait l’Amérique en train, il transportait sa bibliothèque mobile, composée de malles spécialement équipées d’étagères sur lesquelles ses livres étaient rangés avec soin. C’est ce qu’on apprend dans un livre étonnant de John O’Connell : Bowie les livres qui ont changé sa vie (Presses de la Cité, 2019). En effet, cool de découvrir que le grand Bowie possédait plus de mille cinq cents titres : biographies, romans, essais scientifiques, bédé ou encore livres sur l’Histoire et la spiritualité, presque tout y passait. Tout comme il le montra pour la musique, il avait des goûts de lectures hétéroclites. Grâce à cet essai, on comprend qu’il lisait vraiment beaucoup. Peut-on affirmer que l’on est ce qu’on lit ? Eh bien, on comprendra alors toute la complexité du personnage qui incarna Ziggy Stardust.

Élève médiocre, Bowie quitta l’école en 1963 avec un diplôme en art. Il n’avait que dix-sept ans. Cependant, en dépit de ce succès, le système scolaire ne lui convenait pas. Il préférait acquérir ses connaissances par lui-même. Par ailleurs, il prenait un grand plaisir à partager ce qu’il avait appris avec ses amis et les gens qu’il rencontrait, montrant par là son érudition et son sens de la pédagogie. La méthode de création de David consistait en effet à s’ouvrir à toutes les influences possibles. Naturellement, ces livres trouvèrent leur place dans ce processus. On ne peut sous-estimer le rôle qu’a eu la lecture dans son œuvre musicale aussi variée que dense.

John O’Connell précise que ce fut le demi-frère de David, Terry Burns, qui l’initia à la lecture en lui faisant découvrir Sur la route, le classique des pérégrinations de Jack Kerouac. Ce récit fascinant d’un bourlingueur sur les routes de l’Amérique (écrit de main de maître par cet auteur d’origine canadienne-française) inspira le mouvement beatnik. À l’époque de sa première lecture de ce classique, David Jones (Bowie) avait douze ans; il était encore trop jeune pour en comprendre toute la portée, mais assez mûr pour percevoir l’importance que les États-Unis auraient dans sa vie. À la fin de son existence, Bowie vivait à New York.

Tout au long de sa carrière, Bowie chercha à canaliser toutes les influences qu’il allait chercher dans ces différents livres et chez ces auteurs qu’il admirait pour leur audace et leurs innovations.

Cet échantillonnage des livres qu’il considère comme étant ses cent bouquins préférés suffit à nous en convaincre.

Les 10 titres

Anthony Burgess, L’orange mécanique (1962)
Selon John O’Connell, Alex, le protagoniste de ce roman, jeune délinquant au caractère choquant aurait inspiré à Bowie le personnage de Ziggy Stardust : une rock star bisexuelle venue d’un autre monde. L’adaptation cinématographique de ce titre a été réalisée par Stanley Kubrick en 1971.

Albert Camus, L’étranger (1942)
Un classique que beaucoup de cégépiens ont lu et que, de toute évidence, Bowie a beaucoup apprécié, ainsi qu’il le confirme en interview : « Je me suis toujours senti à l’aise avec des auteurs tel que Camus. Mais les gens y voyaient quelque chose d’extrêmement négatif. Et ce n’était pas le cas ! Ce qu’il avait à dire était parfaitement sensé. »

Gustave Flaubert, Madame Bovary (1856)
Ici O’Connell établit un parallèle entre Emma Bovary et l’héroïne rêveuse de la chanson de Bowie, Life on Mars Les deux femmes oscillent entre l’ennui et leur intense soif d’amour.

Georges Orwell, 1984 (1949)

1984 a énormément marqué Bowie, au point qu’en 1973, il souhaita en faire une comédie musicale. Seul hic, et non le moindre dans ce désir de faire connaître cette œuvre à son public : la veuve d’Orwell, détentrice des droits, refusa catégoriquement. Étant donné que le travail était déjà avancé, Bowie en fit un album : Diamond Dogs avec les chansons Big Brother,1984 et We Are the Dead. Trois titres tout à fait évocateurs du célébrissime roman.

Jack Kerouac, Sur la route (1957)
Après cette lecture, le jeune David Jones se mit à la peinture et demanda à son père de lui offrir des leçons de saxophone, instrument très important dans plusieurs de ses pièces. Ce roman toucha Bowie de différentes façons. Il lui donna l’envie de sillonner les États-Unis en voiture. Cela lui fit comprendre le lien entre création artistique et quête spirituelle – une seule source à diverses formes d’art.

F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique (1925)
F. Scott Fitzgerald décrit ainsi Gatsby : « Il ne vous comprenait qu’autant que vous désiriez être compris, il croyait en vous dans la mesure où vous auriez voulu croire en vous-même, il vous persuadait qu’il avait exactement de vous l’impression que, en mettant tout au mieux, vous espériez produire. » Cela ne vous rappellerait pas quelqu’un, par hasard ?

Charles White, La Rocambolesque Histoire de Little Richard (1984)
L’auteur de Bowie, Les livres qui ont changé sa vie, précise que « le flamboyant, l’androgyne Little Richard a incontestablement été l’influence majeure de David Bowie. Il a dit de sa première écoute de l’album Tutti Frutti : Mon cœur a failli exploser d’excitation, je n’avais jamais rien entendu qui ressemble à ça. Ça remplissait la pièce d’énergie, de couleurs, de provocations. J’avais entendu Dieu. Maintenant je voulais le voir. »

Camille Paglia, Sexual Personae: Art and Decadence from Nefertiti to Emily Dickinson (1990)
David Bowie, certainement un peu narcissique, fut assurément ravi, à la lecture de ce livre, de constater que son nom y figurait. On comparait, en effet, son personnage extraterrestre non genré à l’illustrateur anglais du 19e siècle Aubrey Beardsley, un dandy auteur de dessins érotiques subversifs. Mais encore : Paglia le comparait à un mannequin androïde.

Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis (1980)
Bowie était un être ouvert au monde, porté sur la tolérance, et profondément touché par le malheur d’autrui. C’est pourquoi Une histoire populaire des États-Unis fait partie de cette liste des cent ouvrages préférés de la star car on y traite l’histoire de l’Amérique selon le point de vue des esclaves, des Amérindiens et de toutes les populations marginalisées et opprimées dont les voix ne se faisaient que très rarement entendre. Bowie admirait Howard Zinn d’avoir fait ce pas vers l’acceptation des diversités de la société américaine.

Dante Alighieri, L’enfer (1308-1320)

« Toi qui entres ici, abandonne toute espérance.»  Cette inscription que voit le personnage de Dante au-dessus des portes de l’enfer ouvre la première partie de ce poème allégorique, La Divine Comédie. Bowie lut avec fascination cette description de la pensée du Moyen Âge en Europe en ce qui a trait à la religion, à l’art, aux sciences, à la politique et à l’amour. On peut conclure que Bowie lui-même a créé sa Divine Comédie et que son amour des lettres y a contribué pour beaucoup.

 

 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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