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L’histoire de Câline de blues

Câline de Blues, 1971 
Publié le 18 janvier 2022

 

Par Laurent Lavigne

Ce texte est extrait du livre  27 chansons qui ont marqué le Québec, publié et disponible aux Éditions les Heures Bleues.

Câline de Blues

Paroles : Pierre Harel/ Musique : Gerry Boulet (1946-1990), Michel Lamothe (1948-2019), Johnny Gravel  (1948-)/ Interprète : Offenbach

Lors de la rencontre de Pierre Harel avec le groupe alors appelé Offenbach Soap Opera, en 1971, aucun d’eux ne se doutait de la carrière qui les attendait. Connu auparavant sous le nom Les Gants Blancs, le groupe se destinait à se produire en anglais dans les bars et les festivals. Mais Pierre Harel cherchait des musiciens pour faire la trame musicale de son film Bulldozer avec des chansons en français dont il écrirait les textes et le groupe, la musique.

L’heureuse fusion entre la poésie de Harel et le rock d’Offenbach était née. Mais il était moins une pour le groupe, car il songe à se dissoudre : manque de contrats, manque d’argent, chacun voulant rentrer chez soi. Pierre Harel et le gérant d’Offenbach, Lucien Ménard, les convainquent de ne pas lâcher, leur promettant qu’ils auront un budget pour la musique du film.

Un après-midi, en attendant Pierre Harel, les musiciens s’amusent sur une mélodie de Michel (Willie) Lamothe, le bassiste, et de Gerry Boulet qui improvise tout en jouant de l’orgue, « Calling the blues, …that’s why I’m singing the blues ». Arrive Harel… Charmé par ce qu’il entend, il leur demande de continuer et se met à écrire un texte en français, ce qui pose problème, car Gerry, le leader du groupe, ne veut pas chanter en français.

Pierre Harel lui retorque que ce sera en « québécois », que ça swignera et il le convainc avec les paroles « câline » et « jouse ». Et c’est ainsi que la chanson Câline de blues est née, que l’on aura par la suite des dizaines de chansons de ce groupe en « québécois » et que s’imposera une nouvelle conjugaison toute québécoise du verbe jouer !

La boîte à savon

Même si la chanson est prévue pour la musique du film Bulldozer, Câline de blues paraît tout d’abord sur le premier album du groupe en 1972, appelé Offenbach Soap Opera. Ce premier disque est surprenant pour un groupe qui était moribond. Distribué par Barclay et produit par Stéphane Venne, le groupe est entre bonnes mains. Pierre Harel, qui est un touche-à-tout, utilise le concept de la boîte à savon pour la jaquette du disque.

En découpant le long des pointillés, on a une véritable boîte dont le devant porte l’expression « Détersif puissant, lave plus blanc que blanc ». Cette pochette est une pièce de collectionneur, très rare aujourd’hui. La chanson est par la suite sur la bande sonore du film Bulldozer (1973), sous le titre Câline de doux blues.

C’est en québécois…stie !

Le disque tourne beaucoup, mais dans un poste anglophone, soit CHOM qui passe souvent des chansons rock françaises. Pierre Harel raconte qu’à une soirée de levée de fonds pour le RIN (dans mon souvenir, c’est pour le journal Le Jour) au centre Paul-Sauvé, devant une foule dense, le groupe entonne Câline de blues. La foule s’énerve, se met à crier : « En français, en français». Pierre Harel arrête le groupe et harangue la foule. « Vous pensez qu’on chante en anglais, vous vous trompez. On chante en québécois : “Câline de blues, faut que j’te jouse”, c’est du québécois. »  Ils recommencent la chanson et sont ovationnés. Depuis, elle est devenue un classique joué par tous les groupes de blues, et de rock.

Gerry, plusieurs années après, aborde Vic Vogel, le célèbre chef d’orchestre de Big Band. Il veut faire un spectacle, avec son groupe et l’orchestre. Ils décident de faire Offenbach en fusion. Spectacle et disque mémorables et rentables, même si les producteurs initiaux les lâchent peu de temps avant la performance.

Lucien Ménard, le gérant d’Offenbach au moment de la rencontre avec Pierre Harel, a coréalisé en 1971, pour l’ONF, le film Je chante à cheval, sur Willie Lamothe, le célèbre chanteur country. Apparaissent dans ce film, Jean Chrétien, notre ex-premier ministre, à cheval en Mauricie, évidemment Willie Lamothe et son fidèle guitariste Bobby Hachey, et le groupe Offenbach Soap Opera, étant donné que Michel, le bassiste du groupe, est le fils de Willie. Rencontre improbable.

Ajoutons que c’est le chanteur Willie Lamothe qui a acheté l’orgue Hammond B3 que Gerry a toujours utilisé.

Autres textes émérites de Pierre Harel: Faut que je me pousse. J’suis un rocker, etc.

 

Cette chanson est extraite du livre 27 chansons qui ont marqué le Québec. Disponible sans frais de livraison àhttps://www.heuresbleues.ca/27-chansons
Voir la critique du livre ci-jointe de Sylvain Cormier du Devoir : 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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