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L’année du hard rock!

1981 : de Sabbath à Rush à Pop Rock ! 
Publié le 20 juillet 2020

 

Texte de Ricardo Langlois

Carré Saint-Louis. J’écris assis dans ce parc mythique où a habité Émile Nelligan, j’écrivais des poèmes inspirés par Kerouac. J’habitais avec mon copain, Serge rencontré en 1980, passionné de musique et d’art. Le plus important, je suis devenu depuis 1980, journaliste à Pop Rock, Géo Giguère avait aimé ma critique de Bob Dylan. Je n’étais pas prêt pour l’Université. Je rêvais trop, je pensais au spectacle d’Ozzy en 1980 avec Randy Rhoads… J’ai tant aimé Black Sabbath que je faisais jouer en boucle à la radio du cegep. Entre temps, il fallait que jeunesse se passe. Finalement, j’ai adoré Blizzard of Ozz… À deux pas, il y avait la boutique l’Échange et ses vieux vinyles, du Genesis et des trésors comme UFO qui jouaient dans ma tête.

Rencontre avec Junior

La fontaine du carré Saint-Louis se présente comme un miroir. De l’autre coté, un grand garçon aux cheveux longs souriant qui semblait s’ennuyer… Je lui crie : Hey, aimes-tu le hard rock ? Il avait un chandail de Kiss (que j’ai vu en 1979). À partir de cet instant, une alchimie profonde s’installa entre lui et moi. Il y aura de la bière, des t-shirts de métal et de l’amitié. En moins d’une heure il était dans mon appartement. Il a triché sur son âge. On a fait les 400 coups ensemble et tous les shows de l’époque. J’étais obsédé par sa grande érudition musicale. Il comprenait ce que j’étais. Je l’ai traîné avec moi au Mustache, au Forum et même dans un bar gay du centre-ville. On s’en fout. En amitié, la vraie amitié, c’est l’ouverture vers l’autre. Je lui ai même vendu ma veste de cuir à franges pour un bon prix.

Il aimait Rush. (1) RUSH : Moving Pictures. C’est évidemment sans surprise que je vous dirais que c’est mon album préféré de 1981 pour plusieurs raisons. La première, Moving Pictures est sans aucun doute la suite logique de Permanent Waves paru en 1980 et c’est le deuxième album enregistré à Le Studio d’André Perry à Morin Heights dans les Laurentides ! RUSH entrèrent dans la période moderne de leur incroyable carrière avec cet album.

Étant un fan, j’avais acheté l’album le jour de sa parution avec mes économies de mon travail de fins de semaine comme livreur à bicyclette au dépanneur de ma tante Laurette ! J’ai écouté cet album en boucle au grand dam de mon père !

CHOM FM faisait jouer la majorité des pièces en fortes rotations en 1981 ! Quelle belle époque, le début des années 80 !!! Je vais toujours me souvenir de l’annonce de la vente des billets pour le 27 mars 1981 au Forum et j’avais
foxé l’école pour aller faire la file devant le Forum pour avoir mon billet et quelle fut ma surprise d’apprendre que le spectacle du 27 mars serait enregistré pour non seulement une captation vidéo, mais audio pour un album live qui
deviendra : Exit Stage Left ! Max Webster en première partie.

Les Bad Boys…

Pour l’époque, nous étions des bad boys… J’étais un fan fini de Bon Scott et d’AC/DC. J’ai tant aimé Highway to Hell, le chanteur au torse nu et le petit écolier Angus qui joue de manière diabolique. Quand Bon Scott est mort, j’ai pensé à Hendrix, Morrison et tant d’autres qui sont morts trop jeunes. Des artistes avec un spleen grec, cette expression cher à Baudelaire (le noir mélangé au plus profond de l’artiste).

Le 30 novembre 1979, Pink Floyd révolutionne à sa manière avec The Wall. (2) Pink Floyd est devenu plus commercial. C’était inévitable. Comment ne pas penser au fantôme de Syd Barrett, mais là je m’égare, au nom de la verticalité vertigineuse de la poésie underground. Le Mur est une métaphore qui va plus loin qu’un simple hit Another Brick in the Wall. L’homme souffre, le poète souffre… Roger Waters a pris toute la place et l’album The Final Cut sera un album suicidaire.

Les Beatles et Jim Morrison

Je n’ai jamais pu confier à mon chummy Junior à quel point j’avais aimé les Beatles durant mon adolescence. Paul McCartney en particulier. Pour lui, j’étais le sauveur du hard rock (l’expression métal n’existait pas), le seul à amener le public du Pop Rock à aimer cette musique. C’est ainsi que naîtra la chronique La Filière Rock et je pense avoir misé juste. Circus et Hit Parader offraient à leurs lecteurs des couvertures mettant en vedette Ozzy, Kiss, Van Halen etc… Pop Rock avait perdu Marie-France Rémillard. Moi, j’étais différent, je n’étais pas un fan de Led Zeppelin comme elle.

Jim Morrison avait été un modèle. Le Roi Lézard était une légende vivante. Il habitait à l’hôtel Tropicana qui devint rapidement le lieu de résidence de la plupart des groupes rock de passage. Le jeu, la mort, le sexe, les trois thèmes obsessionnels de Morrison.

À la belle étoile

J’étais le sosie de Dee Dee Ramone. En 1981 les Ramones arrivent avec un album Pleasant Dreams, qui n’a pas vraiment eu de succès, tant pis, je les adore. Nous allions souvent dans un bar de la rue Saint Paul dans le Vieux-Montréal écouter du rock et fumer des joints. L’ambiance du café Chaos pour les plus jeunes, tout ça et même plus… Nous étions ados malgré nous. Nous avions notre maison à Mirabel comme autre lieu sacré. Il y avait Denis et son
chum, le fils de Gilles Vigneault… Des petits feux dans le bois à la belle étoile. On pouvait apercevoir la Grande Ourse… et on met l’album Heaven and Hell de Black Sabbath. (3) Cet album pour moi était du pur bonheur, car le regretté Ronnie James Dio, qui avait sauvé la carrière de Sabbath l’année précédente avec l’album Heaven and Hell. Cette nouvelle version du groupe avec le petit nouveau : Vinnie Appice qui est le frère de Carmine, enregistrait pour la première fois avec eux. Mob Rules, je le trouvais aussi excellent que H&H et Vinnie se montra à la hauteur avec son jeu à la batterie qui lui est propre. Cet album je l’ai écouté tellement que je l’avais racheté en CD ! C’est lors de cette tournée Mob Rules que j’ai vu Black Sabbath pour la première fois en spectacle, le 20 novembre 1981 au Forum avec feu Alvin Lee en première partie.

La nouvelle génération

L’amitié, c’est un sentiment aussi fort que l’amour. Junior me réconfortait.« Tu es loin d’être un con, tu es un poète. Un poète rock. » Et là je le serrais fort dans mes bras juste pour le remercier.

1981, c’est aussi l’année de Tatoo You qui fut selon moi, le dernier bon album des Stones. L’époque est dure. On a perdu le référendum. Adieu pays Québec. Seule consolation : la musique rock entre deux joints… J’étais privilégié. Imaginez, je tapais sur une dactylo des critiques sur les plus grands de cette décennie :Ozzy Osbourne, Black Sabbath, Kiss, Van Halen, AC/DC et les Ramones. C’est un privilège que je partageais avec Junior. Des fois on buvait trop et on déconnait. Je me disais en moi-même; je veux faire rêver la nouvelle génération qui avait perdu son pays. Pour l’instant 1981 est une année de hard rock. Je deviendrai le meilleur journaliste selon le référendum de Pop Rock… Le meilleur est à venir. Une grande révolution se prépare.

La remise du prix Journaliste rock de l »année 1981 du journal Pop Rock

J’ai le souffle divin en moi, comme Dylan, je m’étais converti. Peut-on rendre le monde meilleur par la musique ? Je suis Rimbaud armé de patience et de rêves psychédéliques. Dans ma bibliothèque de l’époque, Mexico City Blues de Jack Kerouac : l’Éternité c’est de la Souffrance Je l’ai retrouvé tranquillement sans plainte, c’était à l’intérieur de la souffrance, le glorieux mystère… Esprit intérieur transcendantal. (4)

Voici notre dernier coup de cœur : Iron Maiden : Killers.(5)  La première fois que j’avais entendu du Maiden, c’était chez Rock en Stock qui était «LA» place pour acheter du Métal au Québec. Lorsque j’avais entendu la pièce Wrathchild pour la première fois, je me suis dit : C’est bon en tabar !!! Je m’étais dis : il faut que je l’achète ! Alors je m’exécute pour me le procurer et Maiden entra dans ma vie dès la première écoute ! Pour moi c’était un son nouveau avec la basse prédominante de Steve Harris qui devient un de mes héros avec son jeu très rapide et précis ! Mais hélas je n’avais pas l’âge légal pour entrer au Club Montréal (le Spectrum) pour leur première venue à Montréal, mais non cousin Bruno m’avait acheté le t-shirt de la tournée comme consolation. Mais j’avais eu ma chance en juin 1982 pour The Number of the Beast à Verdun ! Mes pièces préférées : Killers, Wrathchild, Murder In the Rue Morgue, Genghis Khan et Twlilight Zone .

Notes
1- Rush, Moving Pictures, par Junior Picard
2- Pink Floyd, The Wall, Ricardo Langlois
3- Black Sabbath, Heaven and Hell, Junior Picard
4- Jack Kerouac, Mexico City Blues, Édition originale 1969.
5- Iron Maiden, Killers, Junior Picard.

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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