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Jim Morrison 49 ans après

Mort de Jim Morrison, le flou persiste
Publié le 24 septembre 2020

 

Par Marie Desjardins

Jim Morrison

Les années passent, mais pas lui. Moins encore son étrange disparition. Les témoins s’arrachent une explication, se la disputent comme autant de lambeaux d’une charogne, et certains prétendent que le chanteur a survécu. Comme Elvis, il se cache quelque part sur cette planète devenue bien petite. Qu’est-il vraiment arrivé à Paris, en cette nuit de juillet 1971, pour qu’à vingt-sept ans, s’éteigne cette énigmatique rock star ?

L’histoire a, en long, en large et en travers, raconté cet être, le clouant du coup dans son cercueil. Autrement dit, l’emprisonnant dans son mythe, ce qui revient peut-être au même. Bref, qu’est-ce que les biographes, commentateurs, journalistes, témoins, tout et son contraire nous ont-ils appris au sujet de ce… phénomène ? Jim, le fils d’un brillant amiral de la marine américaine, fut sans cesse en conflit avec ce père. Il était immensément beau, doué, surdoué, rebelle, introverti, extrêmement timide, charismatique, chimérique, sans foi ni loi. Quand il sortait avec une fille, il pissait le long des trottoirs. Il insultait son public, s’exhibait devant lui, se défonçait, devint gros et déprimé. Quel conte.

Pourquoi avait-il justement sombré dans l’alcool, au meilleur des Doors – lui qui avait trouvé ce nom parfait pour le groupe ? Lui, devenu une icône, une idole, un chef de file de sa génération; lui qu’on qualifiait d’archange. Certes, la figure était angélique, et la tête évoquait celle d’un dieu grec. Dans le regard envoûtant on pouvait capter tout le mal du monde. Jim portait un étrange savoir – il avait mille ans, dix mille ans. Somptueuse carcasse, très vieille âme. Coincée dans une vibration. Universitaire hostile au formatage, Jim, au fond, était bel et bien un poète et un cinéaste en devenir, mais il devint chanteur… de charme. Autant dire la chute dans la hiérarchie des véritables artistes. Cela fait penser à Gainsbourg qui renonça à la peinture, sachant pertinemment qu’il ne serait jamais un grand peintre… Mais Jim ? Aurait-il été le Shelley des temps modernes ? Patrick Chauvel, un copain D.J. de la célèbre discothèque nommée Rock’n Roll Circus, en doute, affirmant que les poèmes de la dernière heure de ce génie devenu obèse étaient « très mauvais ». Pourtant, à Paris, rue de Beautreillis, Jim, l’Américain exilé, la rock star écœurée, souhaitait se consacrer à son art, c’est-à-dire à son écriture. Tout, pour sortir de sa condition de célébrité acclamée par des ignares – du moins c’était ce qu’il pensait, selon certains témoignages.

C’était une époque – hot époque. Dans l’obscure Ville lumière, les boîtes de nuit de rock étaient fréquentées par de nombreux dealers, dont Jean de Breteuil, un comte qui en fournissait de la fort bonne, d’héroïne. Si bonne, que la nuit fatale, Jim en mourut. Trop pure, trop dure. Quand on sait que Jim ne se shootait pas lui-même, il n’y a qu’un pas pour conclure à l’assassinat. Hélas, Jim prisait particulièrement la compagnie de ce comte de la dope, car Jean de Breteuil sortait avec une somptueuse New-Yorkaise, Patricia, de laquelle le Lézard s’était follement épris. Pamela Courson, sa compagne, son épouse (le mariage, selon l’auteur Michel Embareck, aurait eu lieu en 1966), craignait cet engouement. Mais comment l’empêcher ? Pamela elle-même fricotait avec le dealer, sous les yeux de Jim. Ménage à quatre, ainsi que le précise le même Embareck, dans son roman intitulé Jim Morrison et le diable boiteux (éditions de l’Archipel).

Il faut reprendre son souffle. Que s’est-il véritablement produit en cette nuit de juillet 1971 pour que Jim trépasse, et si jeune, alors qu’il avait encore tant d’aspirations en dépit de son accablement? Le dernier mot sera-t-il jamais prononcé sur cette affaire, tout compte fait banale? Scénario : ce soir-là, comme à son habitude, Jim se rend au Rock’n’Roll Circus, boit un coup, discute avec un copain, des gens. Il s’éclipse. Quelque temps plus tard, panique dans la boîte. Quelqu’un s’est effondré dans les toilettes. Le patron, Sam Bernett, dont il faut lire le bouquin Tout pour la musique (éditions de l’Archipel), a longtemps éludé les questions des enquêteurs. Plus de quarante ans après les événements, il reconnaît désormais avoir bien vu Jim sans vie – mort – dans le petit réduit. Et il n’est pas le seul, car d’autres témoins abondent maintenant en ce sens. C’est par conséquent un cadavre que l’on sort du club de nuit, et que l’on transporte rue de Beautreillis pour le glisser dans une baignoire d’eau froide. Parfois des junkies se remettent ainsi d’une overdose. Mais pas Jim. Il a rejoint plus grand que lui. Point final.

Le mystère a perduré et perdurera, car les témoins de ce drame fournirent des explications assez vagues. Bernett contourna la vérité pour protéger la boîte – il n’était pas question que ferme le Rock’n’Roll Circus, un des Q.G. de Johnny Halliday et de Michel Polnareff. La réalisatrice Agnès Varda déclara que Jim était toujours vivant dans sa baignoire… Et surtout, Pamela Courson, compagne de Jim, aujourd’hui décédée, fit aux policiers une déposition ténébreuse et mensongère. Michel Embareck, passionné de cette histoire, revient sur ce surprenant procès-verbal et suggère que Pamela aurait voulu brouiller les pistes car elle était la seule héritière – dorénavant menacée – du Lézard. Car il y avait Patricia… la flamme de Jim, qui, de toute évidence, pouvait l’aider à percer dans ce qu’il avait de plus cher : la poésie et le cinéma… Pamela dépouillée par Patricia? Tout compte fait, cela est-il si intéressant?… Rien ne ramène les êtres disparus trop tôt, dans une baignoire ou des chiottes. Elvis est à la même enseigne – le King. Sait-on que Jim le voyait d’un mauvais œil, en particulier au moment de son grand retour en 1968? Le bel Elvis, aussi beau et charismatique que lui, se déhanchant en pantalon de cuir noir. Appropriation non pas culturelle, mais esthétique, déjà piquée à un autre puisque le premier à populariser cette matière luisante et coriace était Gene Vincent, idole des deux idoles… Le « diable boiteux » du roman de Michel Embareck, c’est Gene, évidemment, et l’auteur remet les pendules à l’heure en ce qui concerne cet émouvant précurseur du rock qui a changé le monde… Et pour aller au fond des choses en ce qui concerne ce premier cuirassé, il faut lire les Chroniques de Pourpre de Damie Chad – un spécialiste.

Qu’en est-il de cette tombe au cimetière du Père-Lachaise, chaque année massivement visitée par les fans? Ils la pillent, la vénèrent, se piquent dessus, s’effondrent le long du Lézard – un vrai trip de peyotl. Et pourtant, le flou plane également sous ce monument funéraire car… le corps n’y est plus… c’est du marbre que l’on honore, et non des os effrités er des chairs rongées par l’inexorable. C’est Patrick Chauvel, le D.J. du Rock’n’Roll Circus, qui l’affirme. La famille Morrison, en effet, a rapatrié aux États-Unis le fils prodige devenu prodigue, les yeux pour toujours fermés.

Car ce père avec qui Jim s’entendait si peu répugnait à ce que son fils, son enfant – cet esprit – flotte pour l’éternité de l’autre côté d’un océan. La tombe est restée dans la célèbre capitale, mais pas la dépouille. À la fin de sa vie, monsieur George Stephen Morrison, star, lui, de la guerre du Vietnam, eut à propos de son fils ces mots qui disent toute la vie, tous les ratages, tous les regrets : « J’aurais tant voulu le connaître. »

 

Récent roman de Marie Desjardins

Encore un bel article de l’auteure et écrivaine Marie Desjardins, qui publiait récemment son tout nouveau roman, Ambassador Hotel : La mort d’un Kennedy, la naissance d’une rock star, que nous vous recommandons fortement si vous ne l’avez pas encore lu, faisant partie des meilleurs vendeurs best seller tout à fait délectable!

Voici Ambassador Hotel analysé par Damie Chad du journal Chroniques de Pourpre. Ainsi qu’une chronique signée par Louis Bonneville, qui se veut une 2e analyse Le roman Ambassador Hotel  sur FamilleRock.com

 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: NATHALIE RUSCITO
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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