Chroniques

Harel 437 Véronique Samson

Chronique 437ème 
La Tricheuse
Publié le 8 août 2020 

Texte de Pierre Harel

Peu de temps après avoir eu l’occasion exceptionnelle de partager un joint de marie-jeanne avec des policiers au cours d’une jam session rock’n’roll, ce dont je n’ai pas parlé par simple oubli lors de la 436è chronique : Rockhead’s Paradise…

Donc, quelques jours après ce moment mémorable, le 25 août 1973 vers midi, nous arrivions sur le site de La Petite Bastille des Plaines d’Abraham, à Québec Cité, où devait avoir lieu en soirée le show de la célèbre Véronique Samson, maintenant presque inconnue des Québécois de 0 à 45 ans.

Nous devions passer en vedette américaine (première partie) avant la performance de Mlle Samson et nous avions eu la précaution d’apporter avec nous les costumes que nous portions lors du show de la Messe des Morts grégorienne, à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal l’année précédente, en 1972.

Il faisait un soleil radieux et déjà, malgré l’heure précoce, des îlots de spectateurs peuplaient l’immense espace vert devant la scène imposante de la Petite Bastille, ayant apporté avec eux, nécessaires à bronzage, couvertures, glacières à victuailles, à canisses de bière et boissons gazeuses, parasols, matelas pneumatiques, etc… Pour ce genre de spectateurs, dont l’espèce semble être apparue en Amérique au festival de Woodstock en 1969, tout ce qui habite l’espace scénique et les alentours est matière à spectacle peu importe l’heure et l’absence d’artistes sur scène. Les techniciens font l’affaire. Les sound check font offices de pré-shows, et le techno qui crie « one, two, one, two » au micro, est une vedette.

J’avais stationné ma Cadillac 1959 Coupe DeVille blanche super chromée derrière la scène, de façon à pouvoir décoller rapidement à la fin de la soirée, et pour avoir un œil dessus en tout temps. C’était un réel bijou et je ne laissais personne s’en approcher de trop près. Cette Cadillac était de la première génération des DeVille et je l’avais acquise usagée à Rouyn pour la somme de 800$, lors du tournage de mon film Bulldozer dans lequel elle apparaît comme : « le char à Pinotte Galarneau ». Lorsque nous sommes rapidement partis pour la France, deux mois plus tard, j’ai dû l’abandonner le long d’une rue d’Outremont en espérant qu’elle serait remorquée par un véritable collectionneur, et ne finirait pas à la scrap. Avoir eu les moyens de la conserver elle me vaudrait plus de $100,000 aujourd’hui. Mais je n’avais pas un sou et le Destin m’appelait ailleurs. Elle doit encore exister, et celui ou celle qui l’a en sa possession, ne sait probablement pas que sa Cadillac Coupe DeVille 1969 a été la vedette de Bulldozer, un film des années 70, qu’elle y a été conduite par Donald Pilon et Mouffe, et qu’elle a aussi transporté les Fondateurs d’Offenbach.

Nous avons donc passé l’après-midi dans la fraîcheur de notre loge attenante à la scène, à boire de la Bleue, fumer de la Marijuana, écouter les histoires de Willi et nous raconter des peurs puisque depuis notre show de la Messe des Morts grégorienne de l’Oratoire Saint-Joseph à l’automne 1972, les portes du showbiz se refermaient les unes après les autres devant nous. N’ayant plus aucun contrat de spectacle en réserve, celui-ci étant le dernier, nous étions revenus à la case départ d’avant mon arrivé dans le groupe Pop Opera au printemps 1971.

Et nous vivions dans la perspective d’être dans l’obligation prochaine de nous trouver des jobs pour survivre, faire nos paiements de loyers, de chars, d’instruments et régler les mensualités du système de son Davoli que nous avions importé d’Italie pour son extrême puissance et la brutalité de son fuzz, surtout utilisé sur la basse de Willi à certaines occasions explosives.

Vers 19h, nous avons pris un repas, genre manger d’là biére avec une pointe de pizz, et nous commençâmes à nous préparer pour monter sur scène à 20h30 tapant. Alors que j’étais costumé de cuir noir, parfumé, gominé, rivière de pierres de lune au cou, un trac soudain me provoqua un violent mal de cœur qui me projeta vers l’extérieur de la loge contre une rambarde en bois 2×4 protégeant tout le tour de l’arrière-scène, juste au moment où la charmante sœur cadette de Guy et de Louise Latraverse, Nutria, agissant à titre d’attachée de presse, arrivait à la tête d’un cortège d’une douzaine de journalistes français à qui elle faisait visiter les lieux. À l’instant même où la première gerbe de vomissures multicolores s’éructa de mon gosier dans un bruyant borborygme pour chuter et s’éclabousser une vingtaine de pieds plus bas, la petite troupe guindée, guidée par la charmante minaudière, s’approcha de moi :

Nutria – Voici Pierre Harel, leader d’Offenbach et cinéaste réalisateur du long-métrage Bulldozer, actuellement en cours de post production…
Moi – …bheuheuarggghh… allo… harrrgggh…
Nutria – … aussi concepteur-réalisateur du moyen-métrage Taire des Hommes couronné au festival de Liepsig en 1968 et…
Moi – …bhheûûûargggh… enchchantéééaarraghghghhh…
Nutria – … et concepteur-réalisateur du film Saint-Chrone-de- Néant, qui est la captation sur six caméras 16mms, dont celle du Grand Michel Breault, du show…
Moi – …bheuuargharghargharaaargh
Nutria – …du show d’Offenbach lors de son interprétation de la Messe des Morts Grégorienne, à L’Oratoire Saint-Joseph de Montréal en 1972. Bon… Alors poursuivons notre visite des environs scéniques et allons rencontrer les
autres membres du groupe si vous le voulez bien… Bon show Pierre…
Moi – …bhheuggheheuhikkawgghggh ouiaggahgahahag marciiiarggh

Quelques instants plus tard, à peine remis de mes émotions gastriques, encore stupéfait de cette rencontre parfaitement dadaïste et de la merveilleuse ingénuité de cette délicieuse Nutria Latraverse, je réintégrais la loge au moment où Pop’s Lulu annonçait le fameux « 2 minutes », signe que nous devions nous approcher rapidement de l’arrière-scène.

Notre entrée sur scène fut mémorable. Sans dire un seul mot, je m’assis au piano et plaquai, pour une première fois en public, l’intro de Promenade sur Mars, alors que mes doigts glissant sur les notes, j’avais une énorme difficulté à jouer sur les noires plus minces. J’avais machinalement lissé ma chevelure gominée en entrant sur scène et je le regrettais amèrement. Gerry, témoin de mon désarroi, et comprenant la situation, me sortit du pétrin en doublant mon jeu à la B3. Ouf ! La chanson se termina sur un triomphe mitigé, puisque la moitié de l’assistance, environ 500 personnes, manifestait bruyamment son enthousiasme, pendant que l’autre 500 nous huait à qui mieux mieux. Rapidement, nous enchaînâmes avec notre hit, Câline de doux Blues, qui nous valut une pluie de bouteilles vides, quelques pleines et d’autres objets hétéroclites. Heureusement, personne ne fut blessé et nous quittâmes rapidement la scène vers notre loge, alors qu’une bataille en règle, entre les « pour », et les « contre », éclatait dans l’assistance.

Le fait qu’une équipe de hockey professionnel de la LNH, Les Nordiques de Québec, existait depuis un an déjà en 1973, avait exacerbé une rivalité féroce entre Québec et Montréal datant des débuts de la Colonie, ce qui n’a pas manqué de mettre le feu aux poudres. Alors que nous étions dans la loge, il me prit l’envie pressante d’aller aux toilettes et au moment d’entrer dans le Johnny Portable, je remarquai un homme, de dos, que je ne reconnaissais pas, qui parlait très fort, tout près, dans ce qui m’a semblé être un gros téléphone ayant une antenne :

Homme – C’est le bordel ici ! Il y a deux clans qui se battent devant la scène et lancent des trucs un peu partout. C’est foutument dangereux ! La police arrive, j’entend les sirènes ! La petite ne peut pas monter sur scène maintenant… Vous êtes où là ? Vous traversez le pont ? Alors trouvez vite quelque chose qui servira d’excuse à un désistement, comme un accident de voiture… Ok ? Ciao !

Plusieurs voitures de police étant entrées sur le site, nous sommes demeurés dans la loge jusqu’à l’arrivé de Mlle Samson et de son équipage. Elle est immédiatement montée sur scène avec un follow spot sur elle, a levé ses deux petits poignets couverts de pansements au-dessus de sa tête en saluant la foule et en s’excusant de ne pouvoir donner son spectacle à cause d’un accrochage entre Montréal et Québec lui ayant luxé les deux poignets. C’était charmant et mignon comme tout et la foule des spectateurs réconciliés l’a longuement applaudi alors qu’elle descendait de scène pour se rendre à l’hôpital, avait-elle dit.

C’est à ce moment qu’un individu est entré dans la loge disant se nommer Claude Faraldo, être cinéaste et avoir quelque chose à nous proposer.

Ça les amis, c’est pour la semaine prochaine dans la 438e chronique : À BEAU MENTIR QUI VIENT DE LOIN.

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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