Chroniques

The Lamb : L’intégrale live!

We Know That We Like Genesis #35
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 23 septembre 2021

 

Par André Thivierge

The Lamb Lies Down on Broadway (The Lamb), est maintenant sorti. Tony Banks, Phil Collins, Peter Gabriel, Steve Hackett et Mike Rutherford repartiront sur la route en novembre 1974 pour en faire la promotion.

Une décision audacieuse

Comme si la sortie d’un nouvel album double n’était pas déjà un gros morceau à absorber pour les fans, Genesis a décidé de jouer en spectacle The Lamb dans son entièreté. Ceux qui se déplaçaient pour entendre des pièces des albums précédents devaient attendre au rappel pour entendre The Musical Box, Watcher Of The Skies (moins souvent) et même The Knife (rarement). 

Et comme l’album n’était même pas sorti lors des premières dates du spectacle jouées aux États-Unis, les fans devaient se taper un spectacle rempli de chansons qu’ils n’avaient jamais entendu.

En entrevue exclusive, Steve Hackett raconte à Famille Rock ses souvenirs en ce qui concerne la mise en place du spectacle.

Steve Hackett : « Avec ce nouveau spectacle, nous avons laissé beaucoup de place à l’improvisation. Nous espérions créer des choses inédites jusqu’à présent. Je crois que nous avons mieux recréé The Lamb en spectacle qu’en studio. »

Tony renchérit :« Il y avait environ 6 sections improvisées, mais une, The Waiting Room, durait environ 10 minutes.  Quelques soirs, c’était super, d’autres, c’était horrible, ce qui pour nous offrait beaucoup de défis. »

L’idée d’improviser sur scène était nouvelle pour Genesis qui a habitué ses fans (avant et après The Lamb) à des performances très décidées à l’avance, y compris les solos de guitare.

Le spectacle offrait un fond de scène comprenant 3 écrans où on y projetait des diapositives. 

Un risque colossal

Et lorsque Peter exprimait le désir que les concerts fonctionnent comme un film, il savait que ça prendrait plus que des souhaits pour persuader le public d’adopter cette approche.

De tous les angles, l’aventure prenait la forme d’un colossal risque.  L’ambition du groupe n’était pas unique.  The Who a performé Tommy dans son entièreté suivant sa sortie.  La différence étant que Tommy avait déjà été lancé.  Le public savait à quoi s’attendre et savait qu’il aimerait le spectacle.  Pour Genesis, dont le bouche à oreille demeurait un puissant outil de marketing, on se lançait carrément dans l’inconnu en espérant que le public adopterait un spectacle offrant un album inconnu et accepterait que Genesis avait changé.

Fini les costumes de fleur, les ailes de chauve-souris, le costume de Britannia.  On offrait un personnage de Rael aux cheveux courts, manteau de cuir et en jeans, une scène beaucoup plus dépouillée jusqu’à l’arrivée d’une créature hideuse, le Slipperman dont on entendait à peine la voix.

 

Une mise en scène plus intime

Le groupe, avec Peter à l’avant plan a décidé d’installer une scène plus intime avec les 4 musiciens installés sur des plateformes individuelles. Les lumières étaient moins évasives afin de créer une scène plus sombre avec des contrastes noirs et blancs avec un focus sur les diapositives.

Phil se souvient très vivement de cette période.  « Je me souviens clairement d’avoir vu des cadres de la compagnie de disques arrivant et s’adressant directement à Peter. Ce qui ne dérangeait, c’est que la musique était rarement mentionnée. Je sentais que la musique était cachée derrière le visuel.  L’idée de ces écrans derrière nous était fantastique mais n’a jamais marchée. »

En appui à la musique, pendant le spectacle, l’histoire s’illustrait derrière la scène avec 1450 diapositives réparties en 18 cassettes de diapositives projetées sur 3 écrans par 7 projecteurs. L’éclairage était puissant, en appui aux diapositives avec des stroboscopes et explosions, des ingrédients essentiels pour tous spectacles rocks dans les années 70.

Début de la tournée

La longue et ambitieuse tournée de Genesis de l’intégrale de The Lamb comprendra 102 spectacles. La tournée a débuté le 20 novembre 1974 à l’Auditorium Theatre de Chicago

Famille Rock : Comment c’était passé cette première soirée?

SH : « Ma main était encore fragile car je m’étais brisé un ligament avec une coupe de vin quelques semaines auparavant. Je suis allé à l’hôpital et j’ai eu un traitement avec un choc électrique sur la main afin d’aider à ce qu’elle puisse fonctionner. Et le soir, j’ai eu à me souvenir de près de deux heures de musique que je n’avais jamais joué sur scène avant.

Nous avions devant nous une audience qui venait pour entendre leurs pièces favorites. La foule n’était pas très chaude à entendre ce groupe britannique jouer un album concept basé sur un Newyorkais arrivant de Porto Rico. C’était une de ces journées où la vie vous lance toutes sortes de choses au visage. »

“Nous jouions deux heures de musique que personne ne connaissait.  J’étais assis sur scène pensant, qu’est-ce qui viens ensuite? »

Des défis techniques

Malheureusement, en 1974-1975, un spectacle de cette envergure risquait d’engendrer plusieurs pépins. En ce qui concerne le diaporama, Tony affirmera que ça n’a jamais vraiment fonctionné quoique les 4 ou 5 fois que ça a presque fonctionné, c’était impressionnant. Les diapos restaient quelquefois coincées, étaient changées au mauvais endroit. À un autre moment, quand Peter ne parlait pas assez longtemps au public, le projectionniste manquait de temps pour changer les cassettes de diapos.

Une entrée en scène à Manhattan

Le spectacle débutait avec l’intro de piano de Tony avec des images de Manhattan tôt le matin en arrière-scène.  Peter est apparu ensuite, presque non reconnaissable dans son habillement de Rael, avec ses cheveux courts (pas encore tellement en vogue en 1974), son maquillage, son manteau de cuir et des jeans.  On était loin des costumes extravagants des tournées précédentes.

Tony : Quand nous avons joué The Lamb sur scène, il y a quelques morceaux que nous n’aurions jamais joué en public, si nous n’avions pas cherché à jouer l’album en entier.  Ce qui me préoccupait, c’était aussi qu’à ce moment-là, nous n’avions pas de vrai son de piano. Aucun piano électrique n’avait de touche sensible. 

Mon piano RMI était parfait sur un morceau comme The Lamb Lies Down, mais pour Anyway où le sentiment est nettement plus classique, le son était horrible. Cela m’a sans doute laissé un mauvais souvenir. Et pour être honnête, quoi qu’en pense chacun, l’album n’a pas très bien marché sur scène parce que les gens voulaient entendre Supper’s Ready et The Knife, et que nous leur jouions cet album qu’ils n’avaient jamais entendu.

En plus des défis de piano de Tony, un des gros problèmes était la hauteur des chansons devant être interprété par Peter. Elles étaient très hautes. Selon Tony, Back In NYC était un cauchemar à chanter pour Peter.

Mike : Nous sommes allés en Amérique jouer l’album entier en public avec seulement une ou deux chansons anciennes à la fin.  Personne ne l’avait entendu, l’album n’était pas sorti. C’était de l’héroïsme. La tournée ne reposant que sur ce seul travail, c’était plutôt limitant.  Mais visuellement, c’était très fort, avec toutes les images et les projeteurs, et un peu risqué aussi.

Pendant la pièce The Lamia, Peter apparaîtra sous un dôme qui bougera au-dessus de lui.

L’éclairage était généralement parfait mais il y avait de temps en temps des défis avec les effets spéciaux. Pendant The Lamia et le cône au-dessus de Rael, Phil se souvenait d’avoir vu Peter tenter de se dépêtrer avec le câble du microphone coincé sous le cône.

Pour The Arrival / Colony of Slipperman, Peter est arrivé avec son costume hideux de Slipperman, émergeant d’un long tunnel en plastique. Même si le costume était impressionnant, il rendait la voix de Peter presqu’inaudible.  Peter avoue que ce n’était pas facile de chanter dans ce costume. « Ce costume était affreusement laid et c’était très difficile d’utiliser un microphone. 

Le costume du Slipperman, spectaculaire pour le public, n’était pas fait pour la chanson.  Phil affirmait en entrevue « qu’avec ce costume, cela devenait ridiculeusement difficile pour Peter d’approcher le microphone près de sa bouche et la musique en souffrait. »

Durant la dernière chanson, It, une explosion sur scène était suivie par l’apparition de 2 Peter sur scène où les fans devaient déterminer le vrai du faux.

Bilan des premiers spectacles

Phil affirmait au Melody Maker en 1974 que « c’était une bonne chose que quelquefois le visuel prenne le dessus sur la musique, mais plusieurs personnes n’écoutent pas la musique. Je trouvais très frustrant de jouer très bien un soir, moins le 2e soir sans que le public n’en voit la différence. »

Musicalement, le début de la tournée n’était pas payant. Tony affirme que « c’était un spectacle très rigide. Nous devions jouer les pièces dans l’ordre de l’album sans pouvoir y toucher. La première partie de l’album était plus accessible commercialement. La première moitié de l’album était la plus forte ce qui fait en sorte que le premier disque était plus fort que le second. On terminait donc le spectacle avec une partie plus faible. »

Peter prend et annonce une décision qui changera l’avenir de Genesis

Une semaine après le début de la tournée, en plein Midwest américain à Cleveland, Peter annoncera d’abord au gérant Tony Smith et ensuite au reste du groupe une importante décision qui marquera la fin d’une époque. 

À suivre!

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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