Chroniques

Genesis Gabriel choque

We Know That We Like Genesis #19 Peter choque en costume 
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 17 mars 2021

 

Par André Thivierge

Au début de septembre 1972, Peter Gabriel, Phil Collins, Tony Banks, Steve Hackett et Mike Rutherford terminaient l’enregistrement de Foxtrot et reprenaient la tournée avant la sortie de l’album un mois plus tard.

Une demande inattendue aux spectateurs

Quelques concerts ont été organisés avant de commencer la tournée britannique comportant une majorité de chansons de leur nouvel album, Foxtrot. Ce fut, selon les membres de Genesis, une opération fragile.

Lorsque le groupe s’est produit le 2 septembre 1972 au Aylesbury Friars, Peter a fait une demande spéciale à la foule. Avertissant qu’ils auraient de la difficulté à reconnaître quelque chanson que ce soit, il a demandé au public d’applaudir seulement s’ils avaient détesté une chanson qu’ils entendaient. Le public devait donc apprécier avec des huées.

Au moment où Genesis quitta la scène, la foule entière avait hué et sifflé.  Ce fut un étrange succès.  Tony qualifia le tout de déconcertant.

De retour à la BBC

Le 25 septembre 1972, les membres du groupe ont été à nouveau invités pour une session de l’émission John Peel de la BBC, même si le légendaire DJ britannique n’était pas un fan de Genesis. Ils y ont joué Watchers of the Skies, Twilight Alehouse et Get’Em Out By Friday.  Le tout a été diffusé le 7 novembre.

Peter surprend et choque le public et ses collègues

Le 28 septembre au National Stadium de Dublin en Irlande, un événement marquant pour le groupe s’est produit. Peter nous raconte : « Pendant la tournée qui devait lancer Foxtrot, j’ai eu une conversation avec Paul Conroy, qui s’occupait de nos concerts : il suggéra que nous engagions quelqu’un de costumé à la manière du personnage que Paul Whitehead avait dessiné pour la pochette de l’album. « D’accord, je vais essayer de voir si je peux me faire faire une tête de renard » car j’ai estimé que c’était à moi de me déguiser, au lieu d’embaucher quelqu’un.» 

National Stadium de Dublin en 1972

« Mon épouse Jill avait une robe rouge dans son placard, dans laquelle, croyez-le ou non, je rentrais. J’ai décidé de l’utiliser. J’ai probablement fait part de mon projet au groupe, mais certainement juste avant. Je ne voulais pas jouer franc jeu à propos de tout, car cela finissait toujours par des débats interminables et je n’avais pas envie de m’embêter avec cela.

Il y a eu un silence quand je suis entré sur scène dans cette tenue. Je pense que très peu de gens avaient vu un homme en robe, et certainement pas avec une tête de renard. Ce fut un choc, et ce fut très excitant. « Nous avons trouvé quelque chose », me suis-je dit alors. »

Phil dans son autobiographie a détaillé son appréciation de ce qui s’est passé : « J’aborde ce concert dans cette salle de boxe de deux mille places avec une certaine appréhension. C’est notre première date en Irlande et je crains que nous ne soyons un peu optimistes en jouant dans un lieu de cette dimension et de cette nature. Mais on entre en scène et on attaque. Nous voici dans la partie instrumentale du premier titre de Nursery Crime, The Musical Box qui est assez longue. Suffisamment pour enfiler une robe.

Après être sorti de scène, Peter réapparaît. Du coin de l’œil, je le vois tâtonner pour retrouver le chemin du micro. Pourquoi, prend-il tant de temps? Mais quand il entre dans la lumière, mon incompréhension redouble avant de faire face à la perplexité : Peter porte une robe (celle de son épouse, Jill, on l’apprendra part la suite) et est coiffé d’une tête de renard. Sur scène comme dans la salle, tout le monde ouvre des grands yeux. La surprise est totale, aussi bien pour Mike, Tony, Steve et moi que pour les deux mille Dublinois.

Plus tard dans les loges, Peter n’est pas du tout disposé à entendre les commentaires de ses collègues sur cette extravagante tenue de Dame Renarde. Quand il a planté ses griffes dans quelque chose, il n’est pas du genre à lâcher prise. Donc, personne ne s’exclame « C’était génial ! » mais personne ne le critique non plus. Il a droit à un simple haussement d’épaule collectif du genre : « Si ça t’amuse… ». Peter ne donne aucune explication à son geste et je n’émets aucune protestation. La priorité étant la musique, ça ne me dérange pas plus que ça. Peter fait du Peter, c’est tout. »

Après Dublin, Dame Renarde apparaîtra chaque soir au même moment du spectacle. On s’y habitue vite, mais c’est aussi notre intérêt : une photo de Peter dans ses nouveaux atours fait aussitôt la couverture du Melody Maker et ajoute instantanément un zéro au cachet de Genesis.

Le nouveau look de Peter a fait aussi la une de Sounds

Tony a réagi de la manière suivante à la transformation de Peter sur scène. « Ne seriez-vous pas surpris si votre chanteur principal arrive sur scène dans une robe rouge et une tête de renard ? Quand on a vu cela, on ne savait pas ce qui se passait, on pensait que la scène avait été envahie. Et soudainement, on a réalisé que c’était Peter.

Qui plus est, une photo de lui avec cette foutue tête de renard a figuré en première page du Melody Maker de la semaine suivante. Voilà qui était intéressant. Parce que nous savions que nous jouions une musique difficile, et sans télé, sans presse nationale, sans 45 tours, que pouvions-nous faire ? Il faut quelque chose de plus pour que la musique pour attirer les foules. Soudain, cela nous a propulsé au-dessus de la mêlée. »

Mike dans son autobiographie a aussi commenté cette surprise. « Quand Peter est apparu de façon inattendue sur scène avec son costume, c’était choquant. On ne pouvait faire grand-chose, trop occupé qu’on était à jouer nos instruments. Ce fut surprenant qu’il choisisse ce petit et non-amical endroit en Irlande pour faire cela. Ça fait partie de sa nature provocante. On n’avait aucune idée de ce que ferait Peter à l’avance. Il savait que s’il nous consultait, on l’aurait arrêté. Après cela, c’était comme si on avait tous été d’accord pour ignorer son look sur scène. »

En entrevue, Steve affirmait : « La présentation est très importante. Chaque groupe doit avoir quelque chose. Cela peut être une façon de jouer héroïque, ou un membre faisant figure de sex-symbol, mais je ne crois pas qu’un artiste pourrait s’en sortir avec sa seule musique. Les journalistes ont besoin de choses à se mettre sous la dent, et cela ne s’est produit que lorsque Peter a commencé à se costumer de toutes les manières. Il est devenu le point central du groupe, un prétexte pour écrire, car il est beaucoup plus difficile d’écrire quelque chose sur la musique – qui, après tout, est invisible – que sur les extravagances bien réelles d’un artiste sur scène. J’ai pensé que tout ce que l’on écrivait sur nous nous aiderait à sortir de la situation que nous avions connus avec les tournées collectives de Charisma, dans lesquelles nous restions ignorés des critiques. » Comme le disait Mike : « Genesis aussi y était ».

Selon le roadie en chef Richard McPhail, « Peter savait parfaitement ce qu’il faisait. S’il avait dit à Tony ce qu’il voulait faire, ce dernier aurait dit jamais de la vie. Il nous a donc tous pris par surprise. Et nous étions éberlués comme tous les autres. Peter a pris le contrôle de la scène à ce moment-là vu que la foule a embarqué à la fin de la chanson. C’était difficile aux autres de lui dire de ne pas recommencer. »

Les membres de Lindisfarne, qui partageaient l’affiche de la soirée n’en revenaient pas non plus. Selon le batteur Ray Laidlaw, « Je surveillais leur prestation au-devant de la scène. Quand Peter a surgi avec la tête de renard, il y a eu un frisson dans la foule. Ils ont ce soir-là marié leur musique et leurs effets visuels avec perfection. On savait qu’ils auraient un brillant avenir. »

Il n’y a pas de vidéo sur cette soirée mais en voici une tournée au Bataclan à Paris quelques mois plus tard.

Enfin, Foxtrot est lancé !

Genesis lancera leur 4e album le 6 octobre 1972. On y notera une belle évolution des membres. Steve qui est maintenant à son deuxième album montrait le plus de progrès en ce qui concerne ses habilités d’écriture. Il a non seulement composé Horizons mais une bonne partie de Can-Utility and The Coastliners. Il savait exactement ce à quoi il devait contribuer et le faisait parfaitement, des solos subtils, souvent originaux dans leur structure mélodique et du travail d’arrière-scène sur la guitare électrique (et sur la 12-cordes dans Supper’s Ready).

L’autre nouvel élément, Phil n’était pas encore un auteur à temps plein à cette époque. Toutefois, grâce à sa technique incroyable à la batterie, il a mis sa touche personnelle sur plusieurs chansons de l’album. Et c’était sans compter l’appui vocal qu’il offrait à Peter à plusieurs endroits, devenant une sorte d’écho et de contre-équilibre.

Mike de son côté continuait à grandir comme bassiste et a offert des sections incroyables dans Watchers of The Skies et Get’ Em Out by Friday. Il offrait un solide appui rythmique aussi à la guitare mais il n’avait pas encore offert son plein potentiel d’auteur alors qu’il avait tendance à écrire des bouts de pièces.

Cet album fut une révélation pour Tony à l’écriture, on lui doit Time Table au complet, l’intro de Watcher of The Skies, la structure de Get’Em Out of Friday et au moins la moitié de la musique de Supper’s Ready. Avec ce 4e album, Tony a gagné le rôle d’auteur en chef de Genesis, une position qu’il gardera jalousement.

Et Peter? Sa voix gagnera beaucoup en nuances, lui permettant de jouer plusieurs personnages dans la même chanson. S’étant limité musicalement à Willow Farm, une section de Supper’s Ready, il se concentrera à écrire des paroles de chansons compliquées et offrira des histoires fantaisistes. Il écrira une grande partie des paroles de l’album.

Les critiques sont favorables

Selon Jerry Gilbert du magazine Sounds, « il y a des occasions où le son en général manque de la vitalité nécessaire et d’autres où Genesis essaie un peu trop fort. Mais ces moments sont sporadiques et pour une large part, l’album démontre le génie de ce jeune groupe expérimental qui se manifeste de multiples manières. On y entend enfin le Genesis que l’on voit sur scène. »

Chris Welch du Melody Maker affirmait à propos de Foxtrot que « Genesis a atteint un sommet créatif. Les paroles sont absorbantes et vont du commentaire social à un mélange de mythe et de fantaisie. Il y a une menace accrochante avec la combinaison des voix de Phil Collins et Peter Gabriel pendant que le groupe interprète les thèmes avec beaucoup de soin et d’habilité. La création de sensations (moods) est la base de Genesis. »

Tony Tyler de NME constate « que Genesis a élargi brillamment sa palette instrumentale avec des arrangements de haute voltige et les paroles typiques de Gabriel. Le tout offre sûrement un ensemble impressionnant. »

Premier succès commercial

Malgré les défis de production, plusieurs ont considéré l’album comme celui qui sonnait le mieux jusqu’à présent, pendant que la nouvelle présence scénique leur apportait de nouveaux fans à toutes les semaines. La presse commençait à donner plus de visibilité au groupe au grand plaisir de Charisma. Ce fut le premier album à atteindre les palmarès atteignant la 12e position en Grande-Bretagne. Cependant, en Italie, selon les magazines du temps, ils ont atteint la première position. Plus récemment, Foxtrot s’est classé au 14e du classement des 50 meilleurs albums progressifs de tous les temps du magazine Rolling Stone.

En route vers l’Amérique

Cette nouvelle notoriété de Genesis leur permettra de se rendre pour la première fois en tournée aux États-Unis et au Canada. Est-ce que le succès les suivra ?  À suivre

 

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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