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Gentle Giant mini bio

Gentle Giant ou Gentil Géant 
Publié le 8 mars 2021

 

Par Mike Lacombe

Salut à tous !

Une toute nouvelle chronique sur un band iconique, et je veux parler des génies du Prog, Gentle Giant.

Les Trois Frères !

L’histoire de Gentle Giant s’écrit comme suit. Phil, Derek, et Ray Shulman. Les frères Shulman. Trois multi instrumentalistes, avec une capacité innée d’apprendre de façon rapide à bien maitriser n’importe lequel  des instruments que l’on peut leur mettre entre les mains, d’ailleurs sur le deuxième opus du groupe on peut y lire que plus de 30 instruments différents ont été utilisé pour l’album.

Les génies du prog n’ont pas commencé de la façon que l’on peut s’imaginer. Du début des années 60 jusqu’à 1968 environ, ils furent des artistes ‘’Soul’’ et ‘’Psychédélique’’. Simon Dupree and the Big Sound voit le jour en Grande Bretagne en 1966, (Simon Dupree étant le pseudo de Derek Shulman, chanteur et leader du groupe). Fait à noter et surtout des plus cocasses, Elton John deviendra pianiste du groupe en 1967 pour quelques mois. Après avoir signer un contrat de disque avec la prestigieuse maison de disques EMI, et surtout sans trop de réussite commerciale, ils furent pris par le courant psychédélique de l’époque et firent l’album Whitout Reservation.

1967, Ray Shulman, Elton John, Tony Ransley, Derek Shulman

Cet album produira le single Kite, qui leur donnera un certain succès commercial allant même jusqu’à leur donner un top 10 dans les radios londoniennes. En parlant de cette période, Derek Shulman dira de cette pièce que c’était ‘’A piece of shit’’ (une merde). Les frères Shulman qui n’avaient aucune affinité avec le ‘’Psych-Rock’’ de l ‘époque voulait se tourner un peu plus vers le soul/pop. Même si la maison de disques EMI leurs demandait d’être plus psychédéliques, puisque cette musique était à son apogée avec les débuts de Pink Floyd et de toute une panoplie d’artistes du genre, Derek Shulman trouvait qu’ils étaient des imposteurs, car aucun d’eux n’aimait ou n’aspirait à jouer du rock psychédélique.

Pour être certains de se dissocier de cette mouvance, ils prirent le nom de The Moles et fin 68, sortirent un double 45RPM du nom de We are the Moles part-1 part-2. S’en suivit une rumeur folle en Grande-Bretagne que The Moles était le nouveau pseudo des Beatles avec Ringo Starr comme vocaliste principal. Une rumeur qui fut désamorcée par Syd Barret (Pink Floyd) qui laissa sortir le chat du sac en dévoilant que sous ce pseudo se cachait Simon Dupree and the Big Sound. En 1969, l’aventure Simon Dupree fut remise au rencart.

Le Gentil Géant ou Gentle Giant !

Les premiers pas de Gentle Giant furent remarquables. Grâce à leur rencontre fortuite avec Gary Green (guitares, mandoline, flûte et plusieurs autres instruments), et avec Kerry Minnear (claviers, violoncelle, vibraphone et plus), et à Martin Smith (batterie) qui lui, avait déjà joué pour le Simon Dupree Band, ils purent se consacrer à l’écriture du premier album, Gentle Giant. À la première écoute, on y reconnait un style plutôt bluesy, à base de folk et de classique, tout à fait typique de l’évolution de la musique rock anglaise de la fin des années 60. Un album avec un son que je qualifierais de moyen.

Puis, nous arrivons à Acquiring the Taste, qui lui se veut un album plus développé et plutôt prog dans tous les sens du mot. L’influence classique de Kerry Minnear le claviériste, se ressent partout sur cet album. On y retrouve une ambiance des plus expérimentales, mais hélas sans grande direction artistique. Par contre, on y perçoit facilement où s’en va cette grande aventure qui deviendra Gentle Giant, les maîtres du prog. Suite à ce deuxième album, le batteur Martin Smith quitte le groupe pour cause de différences artistiques, et sera remplacé par Malcom Mortimore.

Pour le troisième album Three Friends, le premier vraiment complètement prog/néo-classique, ils ont puisé dans leur imagination et ont pondu cet album concept qui parle de l’histoire de trois amis qui partent de l’enfance écolière à l’âge adulte et qui n’arrivent pas à se retrouver ou à comprendre chacun des choix et décisions qui les divisent. Un peu l’histoire des frères Shulman, qui ne partageront plus bientôt les mêmes options de vie.

Au début de l’année 1972, le batteur Malcom Mortimore est victime d’un accident de motocyclette et ne peut faire la tournée. Gentle Giant se tourne donc vers John Weathers, qui lui, ne devait devenir que le remplaçant de Mortimore, mais après l’avoir entendu jouer, et surtout du fait qu’il était multi-instrumentaliste/vocaliste lui aussi, ils l’embauchèrent sur-le-champ.

1972, (arrière, Kerry Minnear, Derek Shulman, Phil Shulman, Gary Green, (devant) Malcolm Mortimore and Ray Shulman 

Sur cet album Three Friends, l’une des chansons que je vous recommande d’écouter si vous n’êtes pas familier avec Gentle Giant serait Peel the Paint. Un rock qui arrache avec un lick de guitare digne des plus grands guitaristes des années 70. L’album se termine sur la merveilleuse Three Friends. Que du bonbon et de la beauté à l’oreille.

Phil quitte !

Fin 1972, le fantastique album Octopus voit le jour. Ce sera le dernier de la collaboration des trois frères Shulman. Phil Shulman quittera le groupe après avoir vécu une mauvaise expérience sur scène. Alors qu’ils étaient en première partie de Black Sabbath, la foule leur réserva une réception assez mitigé, allant même jusqu’à huer le groupe et à leur crier de sortir de scène. Phil laissera le groupe en disant qu’il était trop vieux pour faire du Rock & Roll, et retourna dans l’enseignement.

Ray Shulman, Derek Shulman et John Weathers à la batterie

Phil Shulman, en 2008, est revenu sur les raisons qui ont précipité son départ de Gentle Giant au moment où le groupe allait devenir de grandes vedettes. En entrevue sur le podcast de son fils Damon et de son petit-fils Elliot, il a dit : Je voyais que la vie de musicien sur la route devenait une contrainte incroyable à ma famille et j’ai fait le choix de ma famille au lieu de la gloire médiatique. Je n’ai jamais regretté ne serait-ce qu’un seul instant ma décision. Ce qui était très palpable au sein du groupe selon le guitariste Gary Green est que les factions du groupe s’en allait plutôt de la manière qui suit : Phil seul de son côté et Derek et Ray de l’autre. Ils ont depuis très longtemps enterré la hache de guerre.

1974

Octopus, qui de l’avis de plusieurs grands spécialistes musicaux, est l’un  des albums les plus importants au sein de l’histoire de la musique prog. On retrouve sur cet album la chanson Knots aux voix madrigal (Madrigal est une forme de musique de chambre du 14ième siècle) et composé sur des versets de poésie de R.D. Laing. Elle devient la chanson à découvrir. Ne vous attendez pas à du rock pur et dur, mais plutôt à un incroyable voyage harmonique jouissif et intemporel. La réussite de cette vocalise à 5 voix n’a jamais été égalée par quiconque au sein de la musique moderne. Juste WOW !

1975

The Advent of Panurge s’en veut tant qu’à elle une incontournable pour tout vrai fan de Gentle Giant. Elle deviendra d’ailleurs l’une des plus jouées en spectacle par Gentle Giant. Médiéval/rock/prog/classique, tous ces sobriquets s’appliquent à cet opus. Je vous la conseille fortement. Du génie musical.

Période In a Glass House

Le quintet sortira en 1973 le petit bijou innovatif In a Glass House. Cet album est en fait un album concept, le tout avec pochette 3D utilisant du cellophane pour donner cette impression fabuleuse. Le concept 3D de l’époque n’a rien à voir avec les technologies du 21ième siècle, mais se doit d’être adressé puisque pour le temps (1973), c’était totalement nouveau et distinctif.

Cet album qui débute avec le bruit de sons de verres qui se fracturent, est un album magistral. La chanson The Runaway qui abrite ces sons est celle que vous devez écouter. Le paroxysme du prog s’entend tout à fait dans ce grand classique du genre. Oreille non développée, s’abstenir. Une autre chanson merveilleuse de cet album à découvrir est celle qui porte le même nom que l’album In a Glass House. Du violon en solo à souhait. Un rythme des plus endiablés et impossible à comprendre, mais tellement rafraîchissant. Quelques fois, sortir des rythmes 4/4 fait tellement de bien.

The Power and the Glory

Je dois vous avouer que de parler de cet album est une vraie joie pour moi. The Power and the Glory est pour moi le meilleur album de Gentle Giant (tous les goûts sont dans la nature). L’album débute avec Proclamation qui en elle-même en est une vraie proclamation. Gentle Giant avec cette chanson proclame haut et fort à qui veut l’entendre, qu’ils sont bel et bien les Dieux du prog et qu’ils ne sont pas prêts à être délogés. Un exercice de rythme et de versatilité bien assorti.

Je vous suggère aussi d’écouter Cogs in Cogs. La maîtrise des instruments, la difficulté d’exécution des rythmes et la complexité vocale, ne peuvent que vous enivrer par tant de perfection. Cet album devenait le troisième album concept de Gentle Giant et Warner Brothers en tant que grand conglomérat leur dit : Les gars, il est temps que fassiez des 45RPM. Il faut que vous soyez plus ‘commercial’. Donc ils composèrent ce que Derek Shulman appela The worst song ever que Warner Brothers s’empressa de mettre sur le marché, mais les frères Shulman en furie leur firent enlever des tablettes cette chanson. La chanson est You’ve got it Lads que l’on peut aujourd’hui retrouver sur la version DC de l’album.

1978

Un nouveau départ

Insatisfait de Warner Brothers, Gentle Giant signa un contrat avec la maison de disque Chrysalis. Trois albums ont vu le jour lors de cette association, Free HandInterview et Playing the Fool.

L’album Free Hand, se veut un peu plus accessible et moins complexe dans le but visé d’attirer un public plus commercial. La versatilité des musiciens étant toujours aussi présente, mais avec une toute nouvelle approche simplifiée de compositions. L’album débute avec Just the Same. Une prog au son de synthé fragmenté et génial, ainsi que d’un Hammond B3 bien utilisé. Toujours été un fan de cette chanson. Avec Reflection, on revient aux chants et harmonies incomparables. Impossible de décrire en termes simples la folie vocale et imaginaire de cette grande chanson. En spectacle ils ont recréé cette majestueuse pièce. Lorsque vous irez l’écouter, souvenez vous qu’ils ont réussi à faire cette pièce LIVE !!!

S’en suivit l’album Interview. Avec cet album Giant se permet même une semi intrusion dans le monde reggae avec la pièce Give it Back. Des sons de clavinet, avec un mélange de prog très omniprésent. Un beau mélange de sons world. On retrouve aussi du prog à grande échéance avec Another Show. Encore une fois Gentle Giant a l’air de dire : Nous sommes les rois du prog.

1976

Playing The Fool est la consécration de Gentle Giant. Un album live qui fait découvrir aux néophytes ce que Gentle Giant peut recréer en spectacles. On peut y découvrir un groupe complexe mais aussi des musiciens de grand talent.

La pièce manquante et Géant pour un jour

La popularité de Giant ne faisait que s’agrandir, mais l’émergence du punk en Angleterre devenait de plus en plus dévastateur pour bien des groupes de prog comme Giant, Yes, ou même Jethro TullGenesis avec le départ de Peter Gabriel l’avait compris et commençait à faire du prog/pop ‘’radio friendly’’. Ce que Genesis avait réussi à faire était de se réinventer. Beaucoup de groupes prog n’ont pas eu cette chance.

Gentle Giant commença donc à essayer d’écrire avec des mélodies plus accessibles et commerciales. L’album The Missing Piece est la preuve irréfutable du désir de Giant de devenir plus commercial. Même si la face B de l’album avait des pièces plus longues et facilement reconnaissables comme étant un style très Giant, la face A elle a donné vie à trois 45RPM, une première pour le groupe. Two Weeks in Spain, Mountain Time et I’m Turning Around. Aucune des trois ne s’est classé dans le top 100, et l’album quand a lui a aussi été désappointant n’arrivant pas a rejoindre de nouveaux fans. Je dois avouer que de mon coté, c’est un album que j’ai toujours apprécié, et que j’écoute encore régulièrement.

L’album suivant Giant For a Day eut lui aussi une réception mitigé, d’ailleurs Derek Shulman dira lors de différentes entrevues, que ‘’C’était une erreur créative’’. Le claviériste Kerry Minnear dira quand à lui que, lors des enregistrements il ne pensait n’avoir rien à apporter à cet album. Un échec assez foudroyant.

Onzième et dernier album

L’album Civilian vit le jour en 1980. Un album aux influences new wave de l’époque. Sur cet album, on est extrêmement loin de The Power and The Glory ou même d’Octopus. Mais malgré cela, on y ressent le Gentle Giant des jours meilleurs. La simplicité des compositions se ressent, mais la dextérité avec laquelle les musiciens s’exécutent est tout à fait de l’ordre du Légendaire quintet.

Le claviériste Kerry Minnear dira que les pièces de cet album sont beaucoup supérieures à l’album précédent. De son côté, Derek Shulman dira que le groupe Gentle Giant n’était pas fait pour être des rock stars. Il dira que : Nous aurions beaucoup aimé avoir la reconnaissance que des groupes comme Genesis ou même Yes avait, et oui nous jouions des pièces complexes et intéressantes, mais nous n’avions pas de très longues pièces comme Genesis ou Yes. À bien y penser nous n’avions probablement pas d’affaire à être classés Prog/Rock.

1980 et la fin

Le groupe décida d’un commun accord de se séparer et en fit l’annonce à l’été 1980. L’imagination et la créativité du début n’y était tout simplement plus. Malgré la légende qui suppose que la séparation du groupe est dû à l’avènement du punk rock, la vraie raison est bel et bien que les membres du groupe se sont perdus dans toutes ces histoires de changement de styles, et que ce qu’ils les avaient placés à l’avant-garde du prog, cette magie, elle n’y était tout simplement plus.

Plusieurs tentatives des fans à renouer avec Gentle Giant en format quintet ont été tentées depuis plusieurs années et quelques réunions ont eu lieu en format de 2 ou 3 membres originaux, avec des musiciens de studio, mais Giant dans le format quintet qui les a si bien servi, ne s’est jamais reformé.

Three Friends, 2014 

En attendant pour tous les nostalgiques ou les plus jeunes, Gentle Giant a plusieurs rééditions en format DC disponible avec des nouvelles versions ou des ajouts de chansons de leur voûte personnelle qui ont été mise à la disposition de fans.

Gentle Giant fut certainement sinon le premier vrai groupe de progressif, la dénomination principale du mot Prog/Rock.

2020

 

À tous mes lecteurs, tous les jeudis à 21 heures sur le www.kracradio.com j’ai un podcast qui fait découvrir un peu dans le même genre que cette chronique, des musiciens moins connus du grand public. Donc c’est un rendez-vous tous les jeudis dans l’émission Les Jeudis Méconnus !

Rock On !


BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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