Chroniques

Genesis : Vers la révélation?

We Know That We Like Genesis #3

Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois

Publié le 2 octobre 2020

Par André Thivierge

Un nouveau batteur

Au printemps 1968, les membres de Genesis, Anthony (Tony) Banks, Anthony (Ant) Phillips, Peter Gabriel et Michael (Mike) Rutherford étaient prêts à devenir professionnels et quitter le collège Chartherhouse.  Tous sauf leur premier batteur Chris Stewart qui voulait poursuivre ses études.

Selon Tony, après la sortie du deuxième simple, le groupe avait clairement besoin d’améliorer sa rythmique.  Mike avait encore des défis à la basse.  Comme il était un des fondateurs du groupe, il n’était pas question qu’il parte.  Alors, compte tenu qu’il ne voulait pas laisser l’école, c’est Chris qui a écopé.

Jonathan King a insisté pour qu’il quitte le groupe en échange d’une compensation pour renoncer à ses droits sur les enregistrements existants (4 pièces). Il quittera éventuellement la musique et deviendra un auteur à succès.

Ils décidèrent d’engager Jonathan (John) Silver, un ami de Peter pour le remplacer. Il arriva à temps pour les sessions du premier album. Il était un grand fan de jazz et son enthousiasme et son énergie ont convaincu les membres du groupe à lui offrir de devenir leur nouveau batteur. L’avantage de l’avoir dans le groupe était aussi que sa maison familiale permettait au groupe de s’y rendre pour pratiquer durant les vacances d’été.

Des musiciens à temps plein

Les jeunes membres de Genesis, qui avaient en moyenne autour de 17 ans quittent tous l’école en juin 1968 et étaient prêt pour de grandes choses.

Afin de préparer leur premier album, King laissa une certaine liberté aux membres pour créer de nouvelles chansons. Pas entières cependant car les musiciens devaient créer des démos.  En juin 1968, ils créèrent entre autres Am I Very Wrong et One Day qui impressionnèrent suffisamment King pour réserver du temps de studio.

Développement du premier album

King décida de développer un concept pour l’album basé sur un thème biblique.  From Genesis to Revelation devait raconter l’histoire de l’humanité, un concept très large.

Plusieurs chansons ont été créées spécifiquement pour l’album et quelques-unes provenaient des premières démos du groupe telles She is Beautiful qui est devenue The Serpent et Patricia qui a été rebaptisée In Hiding.

À cette époque, le groupe n’écrivait pas encore de manière cohérente. Pour From Genesis to Revelation, la paire Tony et Peter a été la plus prolifique en terme de compositions, offrant la moitié des chansons et le reste par Ant (dont une infime participation de Mike). Plusieurs spécialistes remarquent que les chansons étaient largement influencées par les Beatles mais aussi par Moody Blues et Procol Harum.

Selon Peter, plusieurs des pièces composées par Genesis en prévision du premier album n’ont pas été choisies par King car elles n’étaient pas suffisamment commerciales.  C’est dommage car il y avait là de bonnes idées qui n’ont pas été exploitées.  Il y avait la pièce A place to call my Own qui était une des premières longues pièces composées par le groupe qui est passé de 8 à 2 minutes sur l’album.

King trouvait que le groupe était déjà très fort en composition mais était très inexpérimenté musicalement.  Les cinq musiciens avaient tendance à jouer fort (comme les ados qui se respectent) et faire beaucoup d’erreurs sans s’en rendre compte. C’est pourquoi, il a privilégié une approche plus acoustique pour qu’ils puissent entendre ce qui n’allait pas et y remédier.

King les encourageait d’ailleurs à garder leurs compositions simples, basées sur la guitare acoustique et le piano. Banks voulait jouer l’orgue, ce qui n’était pas encouragé par King.

À l’époque, King considérait que Peter avait du potentiel de devenir une star et il le savait.  Il aimait bien aussi la musicalité de Tony, Ant et Michael, mais le problème à l’époque, c’était à la batterie. Ni Chris, ni John ne faisaient le poids par rapport aux autres et le premier album en a souffert à son avis.

Marathon d’enregistrement

L’album From Genesis to Revelation a été enregistré en un jour le 4 septembre 1968 au studio Regent à Londres de 9h à minuit. À l’époque, les membres du groupe n’avaient jamais joué en spectacle. Malgré la qualité de leurs compositions, ils étaient encore novices avec leurs instruments et manquaient de précision.

Mike affirmait dans son autobiographie que « quand nous sommes allés en studio pour enregistrer le premier album, aucun de nous ne savait ce qu’il faisait. On essayait de tenir le coup et de jouer notre partie du mieux qu’on le pouvait. Je pouvais à peine jouer de la basse à l’époque. J’étais sans contredit le pire musicien du groupe, mais j’étais plus motivé à en faire partie que de bien jouer ».

De façon surprenante, la brève session d’enregistrement a généré beaucoup d’inédits qui n’ont jamais fait l’album dont Vision of Angels qui sera retravaillé et fera partie de l’album suivant, Trespass. Anthony considère que la version composée pour le 1er album était de beaucoup inférieure à celle qui sera choisie pour l’album à suivre.

King a décidé que les pièces avaient besoin d’être rehaussées. C’est pourquoi il a fait appel au même directeur que sur The Silent Sun pour y ajouter des cordes.

Comme le budget d’enregistrement était minime, on utilisa une console 4 pistes et compressa la bande d’accompagnement (basse, batterie) sur une piste en mono afin de faire de la place pour les cordes (1 piste).  Le piano, la guitare et la voix de Peter ont été compressés sur les deux pistes restantes ce qui affecta la qualité du son.

Premières réactions des musiciens

Même s’ils avaient apprécié les arrangements de cordes sur leur premier simple, The Silent Sun, ils ont été découragés par la décision de King d’en mettre sur l’ensemble de l’album. Ant en particulier était choqué par l’effet des cordes sur la musique. Il souligne en entrevue que la production de King n’a pas aidé la musique. Les musiciens ont qualifié le son d’ensemble de désastreux.

Les membres de Genesis étaient choqués d’entendre la version finale de l’album mais comme ils étaient encore jeunes, ils n’ont pas osé faire quoi que ce soit pour changer les choses.

Ant considérait après l’écoute de l’album que leur espoir d’un grand album était réduit en miettes se plaignant que leur musique a été coupée en pièces.

Selon Tony, l’album a offert de très mauvaises versions des chansons qu’ils avaient composées à l’époque. Quelques-unes dont The Silent Sun, In the Wilderness et The Serpent ont bien survécu à l’usure du temps à son avis.

Quelques signes du futur

L’album donne peu d’indications de ce que le groupe deviendra deux ans plus tard. Mais on perçoit déjà quelques signes du potentiel de Genesis dont le duo acoustique de Mike et Ant sur plusieurs chansons.

Tony donnera des signes du grand potentiel musical qu’il possédait au clavier et Peter, à quelques reprises offrira des performances vocales dignes de ce qu’il habituera ses fans plus tard. Un album avec beaucoup de potentiel qui même s’il est plaisant à l’écoute offre peu de substance et qui a souffert de la production de King.

Ceci étant dit, est-ce que la critique et la réaction du public seront positives?

À suivre…

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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