Chroniques

Genesis : L’Angleterre vendue!

We Know That We Like Genesis #23
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 29 avril 2021

 

Par André Thivierge

Après six semaines de répétitions durant l’été 1973, Phil Collins, Tony Banks, Mike Rutherford, Steve Hackett et Peter Gabriel se considèrent maintenant prêts à enregistrer ce que tous considèrent maintenant comme un des albums classiques de Genesis.

Sessions aux studios Island

En août 1973, le groupe est retourné aux studios Island pour enregistrer leurs nouvelles chansons. Comme ce fut assez concluant lors des sessions du dernier album avec John Burns, Genesis l’a engagé comme co-producteur avec Rhett Davies comme ingénieur de son. Comme il connaissait bien le groupe, Burns a considéré ces sessions beaucoup plus relaxes. Comme il était maintenant dans la chaise de producteur, Burns avait aussi comme mandat de développer un budget pour l’album. « Je crois que le budget était de 13,000 livres ce qui était peu compte tenu qu’à l’époque, un rouleau de ruban d’enregistrement coûtait 40 livres et le studio coûtait 40 livres de l’heure. On a fait cet album en trois semaines. »

En studio, la deuxième collaboration avec Burns s’est avérée payante alors que Selling fut le meilleur album du groupe en ce qui concerne la qualité de son. Genesis a répondu en jouant mieux que jamais.

Peter devient le parolier principal

Autant le groupe créait la plupart des pièces collectivement, Peter avait pris le contrôle des paroles de la majorité des chansons. Au lieu de tirer son inspiration de la mythologie et de la littérature comme ce fut le cas dans les albums précédents, Peter a choisi largement de commenter l’actualité britannique qui à l’époque n’était pas très positive. Musicalement toutefois, la contribution de tous les membres était assez équilibrée. Ce fut le premier album où l’on peut créditer à chacun des membres 20% de contribution.

Bref retour sur scène

À la fin du mois d’août, Genesis fit une troisième apparition consécutive au Festival Reading en compagnie de Rory Gallagher, The Faces et Status Quo.

Ils y joueront essentiellement les pièces du spectacle de Foxtrot sans essayer les nouvelles pièces : Watcher of The Skies, The Musical Box, Supper’s Ready, The Return of the Giant Hogweed et The Knife.

Michael Watts du magazine Melody Maker a présenté la prestation du groupe comme « une formation pouvant utiliser des effets spéciaux comme Pink Floyd et jouer de grandes pièces devant les 25000 spectateurs. »

Dans le programme du festival, Peter est comparé à un Fellini électrique, celui qui attirera votre attention sur scène et captivera votre esprit.  On y précise qu’il est impossible de catégoriser le groupe contrairement à d’autres groupes progressifs comme Yes.  C’est un mélange éclectique de classique, de jazz et de rock.

Changements majeurs au niveau visuel

Après trois albums illustrés par Paul Whitehead (Trespass, Nursery Crime et Foxtrot), le groupe considérait que c’était le temps de changer son image. Ils n’étaient pas très chauds à l’idée d’y apposer les photos des membres sur la pochette. Peter commente : « On était très obsédés à ce propos. Moi en particulier. Des photos du groupe ne correspondait pas du tout à ce qu’on faisait. »

Au lieu, ils étaient attirés par le travail d’une artiste anglaise, Betty Swanwick. Mike indiquait, « J’aime voir les choses. Quand vous voyez une image et dites « C’est la couverture ! » ou « Développons le tout ! ». Je préfère voir quelque chose et dire « C’est cela ! » au lieu de passer une commande car vous passez beaucoup de temps à attendre un dessin ou une peinture. Vous pouvez aimer cela ou pas du tout. Betty était une grande artiste. C’était une charmante vieille dame. C’était bien de faire affaire avec quelqu’un qui n’avait aucun lien avec le monde de la musique mais avec celui des arts. Quand on a vu sa peinture The Dream, on savait que c’est elle qui devait illustrer notre album »

Betty Swanwick, The Dream

Phil : « C’était une superbe illustration qui démontrait du changement. C’était beaucoup plus élégant et sophistiqué que les illustrations de Nursery Crime et Foxtrot. »

Tony : « Peter m’a dit, pourquoi ne ferions-nous pas affaire avec une vraie artiste ?  Nous sommes donc allés à l’Académie Royale et regardé autour et nous avons vu cette illustration que l’on trouvait superbe. Nous avons donc pris le thé avec cette fantastique dame. Elle a accepté de travailler avec nous. Mais elle n’était pas en mesure de développer une nouvelle peinture en juste un mois comme nous l’avions besoin. Nous lui avons demandé si c’était possible de modifier la peinture qu’elle avait fait. Elle a accepté d’y ajouter un jardinier à la tondeuse pour que cela puisse aller avec les paroles d’I Know What I Like et d’y ajouter quelques personnes dans le décor. J’ai le dessin original à la maison.  J’en suis  fier. »

Cette illustration est devenue la plus appréciée de toutes les pochettes de l’histoire du groupe et a donné un ton anglais additionnel à l’album.

Premières impressions du produit final

Tony et Mike avaient un sentiment partagé à propos de l’album en entrevue subséquente considérant qu’il y avait des excellents passages mais d’autres qu’ils aimaient moins.

Selon Tony, « j’ai des sentiments partagés à l’égard de Selling England By The Pound. Aujourd’hui, je l’aime bien mais à certaines périodes de ma vie, j’ai eu des doutes sur ce disque. Je pensais qu’il était parfois un peu trop audacieux. After The Ordeal est pour moi un moment faible, pseudo classique et sans réelle inspiration. C’est probablement le morceau de Genesis que j’ai le moins aimé. L’album présentait environ vingt-huit minutes par côté, ce qui était beaucoup trop long, et les contraintes techniques du vinyle de l’époque affaiblissaient quelque peu le son de l’enregistrement.

Steve de son côté a indiqué qu’il s’agit de son album favori de sa période Genesis. « Le groupe jouait bien, ma guitare sonnait fantastiquement. Il y avait des moments bizarres, des passages amusants, nous avions une chanson d’amour, beaucoup de choses que j’aimais se retrouvaient sur l’album. Tout le monde jouait naturellement et travaillait pour un but commun. Je pense que Mike et Tony étaient déçus de l’album alors qu’il me plaisait beaucoup. Pour moi, c’est le son qui importait. J’aimais être le guitariste du groupe à ce moment-là, la guitare jouant souvent les premiers rôles. Peut-être parce que c’était un album plus dominé par les riffs et moins par les chansons, plus rock et moins pop. »

Phil de son côté considérait que « ce fut une autre étape qui nous amenait à être plus confiants. Il y avait un sentiment qu’on s’en allait finalement quelque part. Nous étions encore beaucoup un groupe de tournée mais nous apprenions à trouver nos repères en studio. »

Le gérant de Genesis, Tony Stratton-Smith (Strat) s’est déclaré un peu déçu de l’album, croyant qu’il était un peu trop instrumental. Toutefois, comme il leur a fait confiance, il n’a pas tenté d’intervenir dans le processus de création et d’enregistrement.

Burns a indiqué qu’il n’y avait pas de pression de la part de Charisma ou de Strat pour offrir un simple à succès ou pour être plus commercial. « Il n’y avait que le budget qui compte. Il fallait livrer le plus rapidement possible pour que le groupe retourne en tournée afin de faire plus d’argent. Strat était un être adorable. Il nous donnait beaucoup de liberté. Et c’est pourquoi le groupe était ce qu’il était et à quel point il était bon. »

Est-ce Tony ou Steve qui a raison?

À suivre, une analyse des huit chansons de Selling England By The Pound par les membres de Genesis et le verdict du chroniqueur sur l’album.

 

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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