Chroniques

Genesis L’agneau et l’exorciste

We Know That We Like Genesis #29
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 3 juillet 2021

 

Par André Thivierge

Au printemps 1974, les membres de Genesis, Tony Banks, Phil Collins, Peter Gabriel, Steve Hackett et Mike Rutherford terminent leur tournée pour promouvoir leur dernier album Selling England By The Pound (SEBTP).

Vers un album concept signé Peter

Après le succès de l’épique SEBTP, Genesis voulait faire un pas de plus et développer un album concept.  Plusieurs idées ont été discutées, y compris une adaptation du livre Le petit prince de Saint-Exupéry proposée par Mike.

Peter de son côté suggéra un thème plus contemporain et moins enfantin : The Lamb Lies Down on Broadway (The Lamb), l’histoire de Rael un jeune Portoricain vivant à New-York.  Les membres ont accepté l’idée de Peter qui a évoluée vers une histoire obscure liée à un thème favori du chanteur, la transformation.

Peter a été interviewé par Jerry Gilbert de Sounds.  « Je veux avoir un rôle plus important que d’être dans le siège du passager. J’espère qu’il y aura des opportunités pour travailler avec d’autres artistes cette année. » Ce fut la première indication publique que Peter était insatisfait et avait besoin d’un autre outil créatif. Plus loin dans l’entrevue, il déclare que « nous commençons à travailler sur un nouvel album avec un fort sentiment qu’un changement prendra bientôt place. »

Deux ans avant l’arrivée en scène des Sex Pistols et le mouvement punk, Peter était d’avis que Genesis devait explorer de nouveaux territoires musicaux. Celui-ci sentait que les courants musicaux étaient en train de changer de direction. C’est pourquoi, il a créé Rael, un prototype punk, aux cheveux courts (alors que la mode était encore aux cheveux longs), au caractère agressif. Genesis était à des milles de distance de l’histoire de Roméo et Juliette de The Cinema Show de l’album précédent.

Peter commente : « Nous en arrivions à l’ère des supergroupes des années 70 considérés comme des dinosaures. Je ne voulais pas couler avec le Titanic. » Peter a comparé l’histoire de The Lamb à celle de la nouvelle de John Bunyan parue en 1678, The Pilgrim’s Progress, mais en version plus dure et moderne.

« The Lamb contient des éléments de West Side Story, et du film western ésotérique de 1970, El Topo.

Je me suis beaucoup focalisé sur l’exploration de la psyché. Dans The Lamb, il y avait à la fois du psychédélique, de la recherche spirituelle, et des sujets comme l’aliénation, la répression, l’exclusion, avec la poursuite d’une expérience transformante pouvant déboucher finalement sur une sagesse. Rien ne paraissait impossible. »

Phil : « Je ne me souviens pas pourquoi Peter avait choisi Broadway. Je me souviens que nous avions fait partie de la parade de Macy autour de 1972-73. Je me souviens que nous étions tous habillés en blanc et nous avons sauté dans la parade près du bonhomme Michelin blanc.  C’est peut-être là que le déclic s’est fait pour lui. »

Peter explique : « Mon inspiration m’est venue quand j’étais à New York et ce n’était qu’un rêve. Et quand je retournais en arrière, ça sonnait intéressant de penser à ces événements et là, mon imagination commençait à relater d’autres choses que je n’avais pas vu initialement. Et d’autres parcelles d’image et de son me sont apparues. C’est devenu une histoire abstraite que j’ai mis ensemble. »

L’histoire est tellement dense que personne, incluant Peter ne peut adéquatement expliquer son sens. À travers les années, plusieurs ouvrages ont étudié en profondeur pour analyser le concept de Peter. Plusieurs années plus tard, Mike reconnaissait que le concept de Peter était mieux que son idée du Petit Prince. Tony de son côté croit toujours que l’histoire est la plus grande faiblesse de l’album. Phil a simplement commenté lorsque demandé : « Je ne sais pas ce qu’est l’histoire. Je ne suis que le batteur. Demande à Peter. »

Selon Mike : « Peter est arrivé avec diverses versions de The Lamb mais je n’ai acheté aucune d’entres elles. C’était une journée, pas un concept. Mais ça n’a jamais cliqué dans ma tête. J’ai lu toute l’histoire sans que ça ait quelque sens que ce soit, et je l’ai dit à Peter. Mais j’avoue que ce qui était fantastique avec cette histoire, c’était les images qu’elle engendrait. Les paroles offraient une liberté de création musicalement. Vous devez demander à Peter en ce qui concerne le concept. Ça n’a presqu’aucune importance quelquefois car on embarque dans l’aventure. Les gens entendent les chansons, la façon dont elles sont interprétées. Peu d’entre eux comprennent l’histoire mais accrochent aux paroles des refrains notamment. Ça sonne bien toutefois, de très belles phrases. »

En entrevue exclusive, Steve Hackett commente les débuts du nouvel album.

Famille Rock (FR): Steve, quelle était votre interprétation du thème de The Lamb ?

Steve Hackett (SH) : « Un album bizarre n’est-ce pas? Une histoire moderne de rédemption. L’histoire était le concept de Peter mais la musique un concept collectif. Il y a souvent cette croyance que Peter ait écrit tout le disque. Je ne crois pas que c’est la meilleure chose que nous avons fait. »

Peter prend charge des paroles

Peter a insisté pour écrire toutes les paroles lui-même – un défi dans cette période quasi-démocratique du groupe où tout était composé par comité. Même si ce n’était pas un récit autobiographique de Peter, il a pigé dans ses expériences émotionnelles et a ressenti fortement qu’il ne pouvait en être que le seul auteur arguant que les nouvelles n’étaient pas écrites en comité. Même s’ils n’étaient pas d’accord avec la demande de Peter de composer toutes les paroles, les deux autres paroliers principaux de Genesis de l’époque Tony et Michael ont finalement acquiescé avec réticence.

Phil se souvient : « À un moment donné, je me demande si Peter et Tony n’en viendront pas aux coups car Tony, en particulier, ne veut pas laisser Peter écrire toutes les paroles.  Mais celui-ci n’en démord pas : si cet album doit raconter une histoire, cette histoire, et donc cet album, doivent être confiés à une seule et même personne. »

Selon Peter, « nous avions apporté des tonnes de musique – nous envisagions un double album – et je pensais que tout ce matériel disparate, sans visée commune, serait plus fort si je parvenais à le rendre cohérent. L’album à thèmes avait encore beaucoup de fervents. J’ai senti que nous avions besoin d’une histoire, il y a eu évidemment une discussion pour qu’elle soit écrite démocratiquement, j’ai concédé de partager quelques chansons, mais je sentais que j’avais à conduire l’histoire, et à mon avis, il y avait encore peu de gens qui aient des indices sur ce qui s’y passait. »

Arrivée à Hedley Grange

En juin 1974, le groupe a commencé à écrire et pratiquer son nouveau matériel à Headley Grange dans la région anglaise de Hampshire.

D’autres groupes ont trouvé de l’inspiration dans cet ancien hospice bâti en 1795.  Parmi ceux-ci Led Zeppelin y a enregistré l’album Physical Graffiti un an plus tôt.

Le dernier groupe à avoir utilisé la grange avant Genesis était The Pretty Things. Genesis y a déménagé avec leurs familles à la mi-mai 1974, avec un bail jusqu’à la fin de juillet. À leur arrivée, ils ont constaté que l’endroit était infesté de rats qui grattaient sur les murs durant la nuit.  Les membres de Led Zeppelin les a avisés que l’endroit semblait hanté, ce qui a probablement offert de l’inspiration pour l’instrumentale The Waiting Room (dont on entend ici la complète session d’improvisation de 12 minutes à Headley Grange).

FR : Steve, comment s’est passé votre arrivée à Headley Grange ?

SH : « À l’époque, je vivais une très mauvaise période personnelle avec la fin de mon premier mariage. On est arrivé avec cette idée de s’installer à la campagne et ce fut très difficile. On s’est rendu dans cette maison défraichie, moi qui aime mon confort. C’était peut-être une philosophie de retour à la base, avec les matelas par terre, mais c’était une ambiance spartiate, j’ai trouvé cela difficile. »

« L’édifice avait des vibrations de maisons hantées.  Je me souviens d’avoir entendu des bizarres bruits de craquement durant la nuit. »

Phil dans son autobiographie, raconte son arrivée : « Environ quatre semaines après la fin de cette tournée de 8 mois, on ouvre un chantier dont le groupe ressortira brisé, dans tous les sens du terme. On s’est installé à Headley Grange, là où ont enregistré Led Zeppelin et Bad Company

« C’était une étrange période. Mon épouse de l’époque, Andrea et ma fille Joely m’ont accompagné à Headley Grange. C’était un peu comme dans une nouvelle de Dickens. Des vitres cassées et des rats partout. Je ne crois pas que la pauvre propriétaire était au courant de ce qui se passait. On marchait dans le corridor et 2 ou 3 rats pouvaient vous couper le chemin. Ils n’avaient pas peur. Ils arrêtaient et vous observaient. »

Le dernier groupe à y être passé a laissé les lieux dans un état repoussant de saleté et de puanteur. Ceux qui en profitent, ce sont les rats. Ils sont partout, montent et descendent les escaliers en faisant grincer les marches, galopent sur les plantes grimpantes qui recouvrent les arbres, escaladent la façade tapissée de vigne vierge. Par dizaines, par centaines.  Et encore, on ne les voit pas tous.

La seule chose qui peut le racheter à mes yeux, c’est que John Bonham a enregistré l’incroyable motif de batterie de « When The Levee breaks » dans la cage d’escalier, Ce riff, je perçois presque son odeur. »

Des sessions initiales productives

Le groupe voulait travailler dans un cadre plus naturel pour que l’enregistrement ressemble davantage à ce qui se passait en répétition. Phil, qui enregistrait pendant cette période les répétitions du groupe était particulièrement attiré par cette idée. On retrouvera quelques années plus tard cette spontanéité dans les enregistrements du groupe des années 80 (Abacab).

« Ce que je me souviens de cet album, c’était nous quatre dans une grande pièce improvisant, écrivant et enregistrant tandis que Peter s’assied devant un piano miteux hors d’âge qui prend la poussière dans une autre pièce. On improvise à quatre, lui jette sur le papier ses idées de paroles qu’il entend. Il a participé avec nous à certaines choses mais c’était essentiellement lui et nous. »

L’atmosphère tendue a contribué à détériorer les relations entre Peter et le reste du groupe. À noter que les contraintes de temps ont fait que Tony et Michael ont écrit au moins les paroles d’une seule chanson, The Light Lies Down On Broadway.

Phil expliquait en entrevue avec le magazine Melody Maker « à chaque fois que j’enregistrais les sessions, cela sonnait mieux que sur les albums qui était mixés et remixés. Ce fut une période très productive et peut-être que les tensions subliminales font de la bonne musique. »

Selon Mike, les sessions initiales d’écriture ont été concluantes. « On a commencé à écrire et les mélodies nous sont venues rapidement.  C’était un soulagement comparé aux problèmes d’inspiration qu’on avait connu avec l’album précédent. On a réalisé rapidement qu’on avait du bon contenu pour au moins 3 faces d’album.  Donc, il fallait viser un album double. »

Le producteur John Burns se souvient que le groupe a décidé de faire un album double au lieu de simple. « Je suis allé faire un tour à Headley Grange pour voir ce qui se passait et soudainement, les musiciens ont dit qu’ils voulaient faire un album double. Cela m’effrayait un peu car les albums doubles n’étaient pas très populaires à l’époque. Du point de vue affaires, c’était préoccupant mais pas du point de vue artistique. »

FR : Steve, étiez-vous d’accord avec la décision de faire de The Lamb un album double ?

SH : « Le tout s’est soudainement transformé en album double sans trop que je me souvienne pourquoi. Je pense que c’était lié au traumatisme causé par les tensions avec Peter qui mèneront à son départ un peu plus tard.  Personne ne voulait qu’il s’en aille. Si on lit entre les lignes, on se disait inconsciemment que si on étirait le tout le plus longtemps possible, il ne partirait peut-être pas. Donc, l’album est devenu très long ainsi que la tournée. »

Peter reçoit l’appel du cinéma

Les paroles n’étaient pas la seule source de tension. Peu de temps après le début des répétitions, Peter s’est retiré du reste du groupe pour explorer la possibilité de travailler à un projet de film. Le réalisateur du film l’Exorciste, un énorme succès de l’époque, William Friedkin l’a approché pour écrire un scénario de science-fiction.

Friedkin a été impressionné par la nature surréelle de l’histoire de Peter sur la couverture arrière de l’album Genesis Live, ce qui correspondait à sa vision de révolutionner l’industrie du cinéma.

En plus d’avoir lu l’histoire, celui-ci a vu aussi le groupe au Roxy de Los Angeles, où il était fasciné par les histoires du chanteur. Le réalisateur espérait lancer un film de science-fiction et voulait impliquer un nouveau rédacteur, une « vierge d’Hollywood » dans le projet.  L’imagination de Peter l’attirait particulièrement.

William Friedkin

En plus de l’offre de Friedkin, l’attention de Peter était tournée vers la grossesse de son épouse Jill et sa naissance difficile où son premier enfant, Anna a passé son premier mois de vie dans un incubateur.  Peter a déclaré que c’était pour lui une période sombre. Tony était d’accord en déclarant que « la naissance de son enfant l’a changé beaucoup. Et c’était difficile pour nous de l’accommoder, à cette période de croissance du groupe, nous voulions faire autant de tournée que nous le pouvions. »

Peter, Jill et Anna Gabriel

Avec les défis de grossesse de son épouse, Peter était particulièrement intéressé par ce vague projet. Cela lui permettait de prendre une pause des répétitions et rester à la maison pour s’occuper de Jill.  De plus, comme il avait refusé une place dans une école de cinéma en 1969, c’était une bonne occasion pour y revenir.

Peter demande à Genesis de prendre une pause

Peter a alors demandé au groupe de prendre une pause pendant qu’il quitte et collabore avec Friedkin sans même que ce dernier donne un feu vert définitif au projet. Les autres musiciens de Genesis ont réagi avec horreur à cette proposition indiquant qu’il n’en était pas question.  Phil se rappelle que « c’était peut-être une bonne période pour lui de s’arrêter et réfléchir à sa situation mais pas pour le groupe. »

Tony non plus n’était pas d’accord car selon lui « à l’époque, ça aurait été une erreur de permettre cela. Nous étions totalement dédiés au groupe ». Il faut se souvenir que Genesis commençait à percer en Amérique et le groupe commençait à se sortir de ses déficits et ses durs efforts commençaient à payer. Et avec l’élan de créativité de ses membres, pourquoi prendre une pause ? Face à cette réaction, étant mis dans le coin, Peter a décidé de laisser le groupe et d’explorer le projet de Friedkin.

Peter quitte Genesis pour la première fois

Phil se souvient que les membres de Genesis étaient assis dans le jardin à Headley Grange se demandant ce qu’ils devraient faire. Il a suggéré que Genesis devienne un groupe instrumental parce que « nous avions beaucoup de musique écrite à ce moment. »

Le reste du groupe était d’avis de continuer mais dans la forme actuelle, Tony indiquant que les chansons étaient la raison de l’existence de Genesis. Tout était basé sur les paroles.  Phil a plus tard acquiescé avec Mike et Tony à l’effet qu’ils écrivaient des chansons qui avaient besoin d’être chantées.

Après le départ de Peter, le groupe a continué à composer de la musique avec l’intention de développer des paroles plus tard pendant que le projet du chanteur devenait de plus en plus vague.

Charisma à la rescousse

Après avoir travaillé environ deux semaines avec Peter, Friedkin a perdu de l’intérêt dans le projet et s’est rendu compte que son geste de travailler avec lui pourrait mettre un terme au groupe ce qu’il ne voulait aucunement, étant un fan.

De son côté, la maison de disque Charisma, inquiète pour son investissement s’est impliqué dans la situation. Le propriétaire Tony Stratton-Smith est intervenu personnellement pour ramener Peter à la raison et a contribué à calmer les esprits en lui proposant un compromis pour que personne ne perde la face.

Peter reviendrait avec le groupe pour l’album et la tournée à suivre avec la promesse qu’il pourrait travailler sur des projets parallèles par la suite. Toutes les parties ont accepté et le travail a repris.

FR : Comment aviez-vous vécu le départ de Peter ?

SH : « Je me rappelle que nous pensions à recruter un nouveau chanteur mais par chance, quelques jours plus tard, Peter a changé d’idée et est revenu. Il a dit à ce moment, je reviens dans le groupe pour un album et pour la tournée qui suivra. Je ne vous laisserai pas tomber. »

Retour de Peter et changement de climat au sein de Genesis

À son retour, Peter demeurait préoccupé par l’état de santé de son épouse qui donna naissance en juillet à une fille, Anna qui demeura dans un incubateur pour le premier mois de son existence. Il devait composer avec la situation tout en poursuivant son travail avec Genesis.

Dans son autobiographie, Mike commente la lourdeur du climat au retour de Peter. « D’une certaine façon, Peter a grandi plus rapidement que nous. Il s’est marié très jeune et avait rencontré Jill quand ils étaient encore que des adolescents. Quand ils ont eu un premier enfant, l’accouchement fut très difficile. Peter était devenu un père mais Tony et moi étions trop égoïstes et enveloppés par notre carrière pour réaliser ce que Peter vivait. En pensant à cette époque, j’avoue que nous étions horriblement indifférents à ses problèmes alors qu’il a presque perdu cet enfant.

Quand Peter est revenu de son aventure cinématographique, nous savions que ce ne serait plus jamais pareil. Pour la première fois, nous sentions que quelqu’un n’allait pas dans la même direction que nous. » Tony et Phil ont les mêmes préoccupations. Tony indiquait « qu’après l’incident du départ temporaire de Peter, la magie du groupe avait changé. Ce n’était plus une attitude de tous pour un. »

Phil de son côté affirmait : « À ce moment, nous savions tous que ça pouvait survenir à nouveau à n’importe quel moment. »

Et la musique dans tout cela ?

Est-ce que les tensions entre Peter et le groupe auront une incidence sur l’album double et la tournée à venir ? Plusieurs pièces significatives seront créées à Headley Grange mais faute de temps, l’enregistrement de The Lamb Lies Down on Broadway devra se faire ailleurs.

À suivre!

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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