Chroniques

Genesis : Fin de révélation

We Know That We Like Genesis #4

Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois

Publié le 10 octobre 2020

 

Par André Thivierge

Enfin, le 1er album est lancé

Après les sessions d’enregistrement de septembre 1968, Anthony (Ant) Phillips, Peter Gabriel, Anthony (Tony Banks), Michael (Mike) Rutherford et John Silver attendaient patiemment la sortie de leur premier album.

Ant raconte que Jonathan King avait considéré d’abord sa sortie en octobre ou en novembre 1968 avant de décider d’ajouter des cordes en décembre et finalement attendre au printemps 1969.

En mars 1969, 6 mois après l’enregistrement de l’album, Decca a lancé From Genesis To Revelation.

Pourquoi ce titre? La compagnie de disque a indiqué au groupe et à King qu’il y avait déjà un groupe américain qui avait pris le nom de Genesis et leur a demandé de trouver un autre nom. Ils ont refusé mais ont cherché un compromis. C’est pourquoi, le nom du groupe n’est pas apparu sur la pochette de l’album mais il faisait partie du titre (avec l’idée que le groupe pourrait garder le nom de Genesis en Europe et prendre celui de Revelation en Amérique).

Pour confondre davantage la situation, le groupe américain a nommé son premier album In the Beginning qui était le titre d’une des chansons de From Genesis to Revelation.

Une sortie discrète

On proposa une pochette sombre, avec une couverture à l’allure de livre religieux sans crédit d’artiste.  Tout le contraire des règles de base du marketing.  Cette approche a fait en sorte que plusieurs magasins de disques ont classé l’album dans leur section Religion.

En termes de publicité, Decca a fait paraître une rare annonce avec le même design sombre indiquant que « la révélation est de donner du savoir à l’homme.  Genesis est la source de nouveau savoir ».

Dans ce contexte et avec le peu de publicité faite, l’album n’a vendu qu’environ 650 copies à l’origine (et on connaissait virtuellement chaque personne qui l’ont acheté blaguait Ant en entrevue).

Même si l’album a été largement ignoré par les britanniques, il a reçu tout de même une critique décente d’un journal underground de Londres, The International Times dont le chroniqueur a considéré celui-ci comme étant « un bel exercice musical, entièrement valide. »

Cependant, King se souvient d’une critique de Chris Welch du magazine Melody Maker qui décrivait l’album comme étant « terrible, prétentieux et surproduit. » Ce journaliste deviendra quelques années plus tard un grand fan du groupe.

Un 3e et dernier simple

Le 27 juin 1969, la version de l’album de Where The Sour Turns To Sweet a été lancé comme 3e simple du groupe avec In Hiding en face B.

Where The Sour Turn To Sweet est une pièce de Tony et Peter selon Ant.  La chanson qui ouvre l’album révèle la qualité de la voix de Peter avec son timbre immense et son feeling soul.

L’accompagnement qui est bâtie autour de la guitare acoustique et dominée par le piano de Tony est appuyée par des maracas et des tambourines.

Compte tenu du peu d’intérêt de la population, ce sera officiellement la dernière sortie de Genesis sous l’étiquette Decca. Elle leur a permis d’offrir une performance à la BBC mais celle-ci n’a jamais été diffusée.

Adieu King et Decca

Par la suite, et King et Decca perdront intérêt envers le groupe.  Malgré de nouvelles démos et une musique qui devenait plus sophistiquée, King passera à un autre appel et les membres se retrouveront sans contrat.

King croit que Decca n’avait aucune idée comment promouvoir ce groupe hors norme et l’album a coulé sans laisser de traces. Selon lui, leur musique était en avance sur leur temps.  Il croit qu’il y avait de très belles chansons sur l’album.

Ant a indiqué que le départ de King et de Decca fut somme toute la meilleure chose qui pouvait arriver à Genesis.  « C’est à ce moment que nous nous sommes façonné un unique style fort et original.  Nous voulions être spéciaux et différents et nous le sommes devenus ».

L’héritage du 1er album

À rebours, Ant trouve que même si l’album sonne naïf et juvénile, il se compare à d’autres albums de l’époque.  Tony a indiqué « avoir beaucoup d’affection pour cet album.  C’est loin d’être mon préféré mais ça fait partie de mon enfance ».

Plusieurs démos ont été développées pour l’album mais n’ont pas été utilisées.  Certaines ont été retrouvées et publiées dans les archives comme la pièce Hey! enregistrée le 13 mars 1968. Une pièce qui rappelle celles à la mode influencées par les Stones, les Kinks et les Who.

L’album aura eu une seconde vie grâce aux nombreuses rééditions faites dans les années 70 et ensuite avec la venue des CD dans les années 80 et 90 et relancé avec de multiples pochettes et titres différents pour profiter du succès ultérieur du groupe.

Certaines images utilisées pour ces rééditions étaient chronologiquement incorrectes alors que l’on voyait par exemple Peter avec son costume de fleurs (qui correspond à la période Fox Trot de 1972 et la chanson Supper’s Ready).

Des rubans avec du matériel additionnel ont été retrouvés dans les entrepôts du studio Regent Sound quand celui-ci a été vendu. Une compilation de ce matériel et de nouveaux remixes ont été lancés numériquement en 2017 sous le nom de Genesis 50 Years Ago.

Cela permet aux fans de pouvoir entendre les pièces de l’album sans les cordes et davantage au naturel.

Tony a indiqué que Genesis a tenté à maintes reprises de récupérer les droits de l’album sans succès. King demandant une somme substantielle en retour.

Récemment, Noel Gallagher ex-membre d’Oasis a affirmé être un fan de cet album et des débuts de Genesis (il critiquera activement par contre la période menée par Phil Collins). Il a affirmé que la pièce If Love is the Law de son album solo Who Build The Moon de 2017 est inspirée de la pièce The Conqueror de From Genesis to Revelation.

Un avenir incertain

Le batteur John Silver, en raison de la pression de ses parents pour retourner à l’école quitte le groupe après la parution de l’album. Après la débâcle de l’album et le départ de Silver, les membres se demandent si cela vaut la peine de continuer. L’automne 1969 sera décisif!

À suivre!

 

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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