Chroniques

Genesis Histoire de Foxtrot

We Know That We Like Genesis #17
Une série sur toutes les époques de ce groupe chéri des Québécois
Publié le 20 février 2021

 

Par André Thivierge

Foxtrot, un album déterminant du Genesis classique est enregistré !

À l’automne 1972, Peter Gabriel, Tony Banks, Mike Rutherford, Phil Collins et Steve Hackett terminaient les séances d’enregistrement du 4e album de Genesis, Foxtrot.

Voici ce que les membres ont commenté sur les six pièces de l’album en entrevues au fil des ans et ce que votre chroniqueur en pense.

Watcher of The Skies (7:21)

Steve : Pour moi, ce qui caractérise Watcher of The Skies, c’est l’atmosphère du début avec le Mellotron.  C’est comme si l’intro représente un vaisseau spatial qui atterrit et la rythmique qui suit est la rencontre.  C’est pourquoi, j’étais totalement en désaccord à lancer un simple sans l’intro sous prétexte que la pièce était trop longue. Ce n’est plus la même chanson. Ça enlevait toute la logique de la chanson. Et de toute façon, même sans intro, ce n’était pas un hit potentiel. On ne peut danser là-dessus ni taper du pieds. Pas surprenant qu’on a abandonné l’idée d’en faire un simple.

Peter : C’est une pièce importante pour nous. Ce fut une pièce clé en spectacle. Tony a eu un rôle clé à jouer et moi, j’ai contribué au refrain et aux versets.

Mike : Je me souviens d’avoir entendu Tony jouer ces accords d’ouverture durant notre tournée italienne. L’écho se promenait tout autour et ça sonnait fantastique, la musique du groupe devenait plus sombre. L’intro et le rythme étaient incroyables.

Phil : Tous les mercredis, j’avais l’habitude d’aller voir jouer le groupe Yes. Je voulais emmener un peu de cette musicalité au groupe, les arrangements compliqués qu’ils avaient. L’intro, c’est Tony, bien sûr, mais la suite vient de ma manière de jouer de la batterie.

Steve : C’était un combo de tous. L’intro, c’était Tony, le rythme, Phil pendant que le crescendo et la dynamique à la fois douce et forte étaient mon idée. Tony faisait passer le Mellotron via une enceinte Leslie de vibrato ce qui lui donnait un son particulier. La version studio est plus vite que celle en spectacle qu’on n’aurait pas été capable de reproduire à cette vitesse. Phil jouait un staccato pour imiter le code morse. J’aime beaucoup cette pièce qui ne ressemblait à rien qui existait à cette époque. C’était moitié classique, moitié rock ! La pièce a beaucoup divisé les fans. En Amérique, on trouvait que c’était trop classique, trop loin des racines du rock.

Enceinte Leslie

Tony : Je venais de lire Childhood’s End d’Arthur C. Clarke où la population avance au prochain niveau et disparaît et on a combiné avec The Watcher, une bande dessinée de Marvel et écrit les paroles en ce sens.

Marvel The Watcher

Verdict du chroniqueur

Le titre de la chanson provient d’un poème de John Keats dont la phrase : « Then I felt some watcher of the skies when a new planet swims into his ken ». C’est l’histoire d’un être supérieur qui surveille la terre à distance. Les paroles sont aussi inspirées d’une nouvelle d’Arthur C. Clarke.

L’intro au Mellotron est elle-même une étoile de la chanson, faisant monter la tension jusqu’au premier couplet et qui en fait un début efficace et atmosphérique pour de nombreux spectacles qui précéderont et suivront l’album. La rythmique en code morse prend la relève et supporte l’histoire. La section vocale souffre d’une abondance de mots par rapports aux notes, particulièrement lors des couplets. On y note un solo de guitare de Steve qui rend la pièce mémorable. Une des chansons qui marquera l’imagination, particulièrement en spectacle où Peter en profitera pour marquer les esprits avec son costume et son chapeau Magog.

Time Table (4:47)

Tony : Lors des débuts du groupe, j’étais probablement plus libre. Pour Time Table par exemble, je suis arrivé avec cette pièce complète disant « bien, c’est cela qui est cela » et nous l’avons fait.

Tony est d’ailleurs le seul compositeur de cette chanson conduite par un son de piano du temps, classique avec une touche de la Renaissance.

Steve : C’est très simple pour une pièce de Genesis, une intro de piano que je double à la guitare pendant que Mike joue de la basse et il y a une voix simple. C’était joli en répétition mais cela sonne un peu sec sur l’enregistrement. Tony a aussi écrit les paroles ce qui lui causera plus tard un peu d’embarras. « C’était vraiment au début de notre carrière. On avait l’habitude de se partager le travail mais il est venu un temps où Peter voulait écrire de plus en plus. C’était correct pour moi. Après tout, c’était lui le chanteur. Je n’étais pas là pour écrire des paroles mais de la musique. »

Verdict du chroniqueur

Une chanson assez simple qui nous ramène au ton du premier album From Genesis to Revelation où on y traite de chevalerie. Rien à voir avec un calendrier ou un horaire d’école comme plusieurs le croyaient. L’introduction de piano sonne un peu académique et offre un son un peu médiéval qui convient bien avec la période couverte par les paroles. Le refrain élève un peu la pièce avec une répétition accrocheuse du mot Why ainsi que la courte section instrumentale au piano et à la basse au milieu et près de la fin de la pièce, écrite presqu’au complet par Tony dans un style qui apparaitra dans des albums subséquents plus tard dans les années 1970.

Get’Em Out by Friday (8:35)

Cette chanson a comme origine des fragments de la pièce de 1969, The Movement qui a ensuite bénéficié d’un effort collectif. Elle était basée sur une mélodie de Tony supportée par les paroles de Peter. Tony était sur le point d’abandonner l’idée quand Phil a retravaillé le rythme. L’approche instinctive de Phil se mariait à merveille à celle plus cérébrale de Tony.

Tony : J’avais cet air que nous avons développé en groupe. C’est à mon avis le 2e meilleur effort de l’album (après Supper’s Ready). Je crois que c’est bien meilleur que Watcher of The Skies.

Steve : Au début, vous pouvez entendre Peter qui apprenait à jouer du hautbois. La guitare était là en harmonie. On s’entend que ce n’est pas une combinaison normale pour le rock. La routine de basse sur cette pièce est particulièrement efficace. Steve constate que « même s’il jouait de la basse, Mike a la sensibilité d’un guitariste, c’est très mélodique ».

Steve offre un solo très original. « J’utilisais une pédale Fuzz et une petite ampli Fender. Je jouais des notes doubles et tout le monde aimait l’effet de sustain. » La pièce était caractérisée par diverses sections qui alternaient entre des parties douces et plus fortes. Mike indique que « c’était un exemple de pièces où il y avait trop de matériel dans une chanson. Elle était parfaite sans les voix. Ça sonnait bien mais quand les voix arrivaient, malgré les belles paroles et la voix sans tâche de Peter, c’était trop chargé. »

Peter : « Je crois effectivement qu’il y avait trop de mots. La chanson était à propos de gens mis dehors d’un logement. Et j’en ai mis plus que le client en demandait. Il y’avait l’idée de rendre les gens plus courts pour y mettre plus d’appartements dans un immeuble. »

Steve : C’est à propos des gens, de la corruption gouvernementale. C’est une pièce intéressante. Il y avait un climat de claustrophobie. »

Verdict du chroniqueur

Une chanson traitant de mauvais propriétaires inspirée de Peter Rachman et son exploitation de locataires en Angleterre autour des années 50 et 60. Elle explore aussi l’idée surréelle de réduire génétiquement la population à 4 pieds pour avoir plus de gens dans le même espace, un thème développé en 2017 dans un film mettant en vedette Matt Damon, Downsizing.

Peter change sa voix souvent pour personnaliser les personnages de la chanson incluant John Pebble et Mark Hall de Styx Enterprises et la locataire, Mme Barrow. On y note qu’il essaie encore une fois d’entrer le plus de mots possibles dans la même phrase, plus qu’on en a besoin. On note un charmant duel dans la section centrale entre le Mellotron et la flûte pour marquer le passage du temps qui nous emmène, comme indiqué sur la pochette 40 ans dans l’avenir (en 2012) qui nous rappelle que cet album a été lancé il y a fort longtemps. On y note aussi une des lignes de basse les plus intéressantes de Mike.

Can-Utility and the Coastliners (5:45)

Tony : Toutes les parties de cette pièce fonctionnaient très bien et la section finale est très bonne. Plusieurs considèrent cette chanson comme leur favorite. C’est une bonne chanson mais elle a souffert d’être un peu fragmentée. Divisée en trois parties (acoustique, Mellotron et rythmique), la pièce a été conçue à partir d’une idée de Steve.

Steve : Les première 1 minutes et 50 secondes sont entièrement de moi jusqu’à l’arrivée de Mike qui joue en harmonie avec moi à la guitare 12 cordes. J’ai aussi écrit les paroles qui racontent l’histoire du roi anglais.

Tony mentionne « qu’à cette époque, on aimait l’idée d’un bassin (pool) de bout de chansons qu’on utilisait et développait. L’idée de base venait de Steve, particulièrement le début de la pièce. Une autre partie de la chanson a été développée en improvisation comme plusieurs pièces de Genesis. »

Verdict du chroniqueur

Une autre chanson qui met en vedette des paroles surréelles alors que le Can-Utility en question est King Canute, un roi danois de l’empire de la mer du nord au début du 11e siècle. Le mot Coastliners fait référence à la capacité du roi de tout commander et même d’ordonner à l’océan de changer de direction.

Écrite en grande partie par Steve, elle fut d’abord l’objet d’une version plus longue en spectacle sous le nom de Bye Johnny et Rock My Baby.  L’intro de Mellotron et de guitare offre une trame de fond pour la voix de Peter avant que la batterie débute et amène la chanson jusqu’à d’excellents mini-sommets, suivis par une nouvelle partie de guitare acoustique instrumentale appuyée par le Mellotron. Les deux dernières minutes offrent une finale très satisfaisante dominée par des accords d’orgue et de Mellotron.

Horizons (1:39)

Steve : J’avais essayé d’obtenir un son de guitare acoustique comme celui-là pendant des années. Pour obtenir un son à la Genesis, j’ai utilisé une guitare acoustique japonaise connectée à deux cabinets Leslie pour donner un son plus spatial. J’ai développé des arpèges autour de ceci.

Peter : C’est une très belle pièce, de facture classique. C’est devenu presque l’intro de Supper’s Ready. Elle est devenue absorbée par celle-ci.

Steve : J’ai été influencé par la pièce The Earl of Salisbury de William Byrd et ce que j’aime, c’est qu’elle était brève. Ça m’a pris un an pour l’écrire. Elle était aussi basée sur une pièce de Bach. J’étais très fier que mes collègues de Genesis acceptent d’intégrer la pièce à Foxtrot.

Verdict du chroniqueur

Même si toutes les pièces de l’album sont créditées à l’ensemble du groupe, c’est clair qu’on a droit ici à une composition solo de Steve. On a ici une pièce de guitare classique démontrant déjà son immense talent. Même si plusieurs croient qu’il s’agit d’une intro à Supper’s Ready, c’est une pièce autonome qui ouvre la face B de l’album original. La pièce était basée sur le Prelude à la suite no.1 en sol majeur pour cordes de Jean Sébastien Bach.

On a droit ici à 99 secondes de pure magie, jouée sur des cordes de nylon utilisant largement des harmonies. Une pièce qui est encore jouée en spectacle aujourd’hui par Steve.

L’œuvre maîtresse de Foxtrot

L’album se termine avec une pièce majeure qui mérite une chronique entière. L’analyse de Supper’s Ready, le chef d’œuvre de Genesis, À suivre!

 

Je vous invite à ce spectacle très intime où j’interprète les plus grandes chansons rock sur le groupe FB Famille Rock et Journal Pop Rock les mercredi à 20h

 

BANNIÈRE: THOMAS O’SULLIVAN
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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