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Bob Dylan Rough and Rowdy Ways

Album Rough and Rowdy Ways
39e album studio de Bob Dylan
Sorti le 19 juin 2020
Publié le 29 juin 2020

Texte de Ricardo Langlois

À 79 ans, Bob Dylan, prix Nobel de la littérature, a révolutionné la planète rock. Il a été l’idole de Jimi Hendrix. Il a conseillé les Beatles sur la manière d’écrire un texte. Pour moi, c’est Blonde on Blonde en 1966 qui définit le mieux le personnage mythique. Référence à la drogue, éclats de rire, souvenez-vous de Just Like a Woman. Il réinvente le vocabulaire argotique. Il est un chef de file de la Contre-culture. Il sera imité de manière inusitée par les Beatles (Lucy in the Sky with Diamonds) et en 1971, écoutez Sticky Fingers des Stones, encore des allusions…

Le personnage Dylan a été une influence majeure pour Lennon (écoutez Rubber Soul, Revolver et Sgt Peppers). En 1975, Blood on the Tracks est incontestablement une œuvre d’art. Une puissance émotive inégalée jusque-là. Tout en subtilité. En avril 1979, Bob Dylan d’origine juive, se convertit au christianisme. En 1978, un spectateur lança une croix en argent sur la scène et Dylan la conserva. Selon la rumeur, Dylan dans sa chambre, a senti la présence du Christ. En avril, il écrivit toutes les chansons de Slow Train Coming. Par l’entremise de mon ami Marc Lamothe, j’ai su que Géo cherchait quelqu’un pour couvrir en 1980 la série de spectacles au théâtre St-Denis. Après la parution, Géo me demande si je voulais écrire pour le journal Pop Rock ! Bob Dylan a été mon porte-bonheur. Et 2020…

Nous sommes en 2020. Le temps passe. Fin mars, en plein confinement, Dylan publie un long titre Murder Most Foul (1). Une pièce où il évoque la mort de JF Kennedy en 1963. Un bon retour, une surprise pour ses fans avec Rough and Rowdy Ways (2), premier album de chansons originales après Tempest en 2012. En 2016, Dylan reçoit le prix Nobel de la littérature. Oui, les paroles de chansons, c’est aussi de la littérature. Dans mes deux recueils de poésie, je le souligne à quelques reprises.

Pour le 39e album…

Une voix au bout du tunnel. Cette voix douce et rauque à la fois, est selon moi, un don. Écoutez Oh Mercy (3), ce qui frappe sur l’album c’est la perception du temps. Le passé et le présent semblent se fusionner et c’est pareil ici. On ne change pas l’âme de quelqu’un. L’ange foudroyé qui danse et qui voltige de trop haut jusqu’au miroir. Dylan est un miroir pour les années 70 et il aime s’en rappeler. En cette époque baroque où les images se multiplient. Dylan est hanté par de nombreux fantômes, il évoque William Blake le poète, Anne Frank, Indiana Jones et aussi les Rolling Stones. Il dira dans une entrevue qu’il aurait aimé être un mauvais garçon comme eux. Les imiter secrètement.

Le cœur grand ouvert

Il ouvre son cœur « j’ai ouvert mon cœur au monde et le monde est entré. Je ne suis pas un faux-prophète. Je sais juste ce que je sais ». J’ai pensé à Matthieu dans la Bible. J’ai pensé depuis toujours que Dylan a toujours été près de Dieu (même s’ il n’en parle pas). Il est un volcan à lui tout seul. Il aime être un esprit libre. Et puis la foi n’est-ce pas une affaire personnelle ? Sur Key West, une ballade de neuf minutes, il raconte qu’il est né du mauvais coté comme Ginsberg, Corso et Kerouac. Ici, le retour subtil à ses amis de la Contre-culture.

Écrire en métaphore

Selon Dylan, il n’est pas nécessaire de tout analyser même si son œuvre nous prouve le contraire. Les trajets solitaires, les fantômes derrière lui, la mémoire du vent, les filles de joie. Il dira aussi, j’écris comme si j’étais en transe. C’est comme si les chansons s’écrivaient d’elles-mêmes… Voix brisée, trop vulnérable, écouter un chanteur méditer à voix haute. Il dira que nous sommes à la veille de l’Apocalypse, la crise du Covid 19 est précurseuse. Il envoie des messages à ses fans : Restez en sécurité, restez vigilants et que Dieu soit avec vous !

Vous aimez Leonard Cohen, les références aux maîtres du passé (les portraits en anamorphoses), la pathologie transfigurée, le Blues, le vieux jazz, les beaux accords de guitare ? Tout ça et plus encore. Un très grand album.

Notes de l’auteur

(1) – Murder Most Foul (le meurtre le plus immonde), une balade de 17 minutes, une longue prière. Selon la revue Le Point, Dylan prêche la bonne parole en ces temps difficiles et sa conversion au christianisme en 1979 est omniprésente.
(2) – Rough and Rowdy Ways, Bob Dylan, Columbia 2020.
(3) – Oh Mercy, 1989, a été salué par la critique comme un triomphe pour Dylan. En 2006, le magazine Q place l’album au 33e rang dans la liste des meilleurs albums des années 80.

Ricardo Langlois est chroniqueur à lamétropole.com, critique musical pour famillerock.com et poète.

 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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