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Black Sabbath 13 revisité

Black Sabbath 13 publie le 14 avril 2020 

album sorti le 10 juin 2013

 

Par Mario Champagne

Nombreux sont ceux qui ont lâché Black Sabbath après le départ du Madman, et très honnêtement, on en saurait leur en tenir rigueur. Même si Ronnie James Dio avait réussi à injecter un peu de sang neuf aux vétérans le temps de quelques albums, la suite des pérégrinations quasi-solitaires de Tony lommi n’a pas vraiment de quoi passionner, d’ailleurs elle aurait même tendance à faire pitié…  On ne va pas réinventer l’histoire, tout le monde connaît les travers de Iommi, sa boulimie de scène et de studio, son aveuglement cocaïné. Il aura vraiment tout fait pour sa continuité…

Mais 13 est le fruit d’un quatuor aux abois, traqué par la vindicte d’un Osbourne prêt à tout pour piller sa trésorerie, mais surtout première réelle tentative de renouer avec un passé flamboyant sans autre préoccupation que celle de faire, enfin, de la bonne musique. Ce disque officieux du Sabbath, malgré les travers habituels inhérents à Dio, son amour pour l’occulte-spectacle et son lyrisme ultra-daté, bénéficie de tout le savoir-faire du maître artificier à la manœuvre et des toutes dernières technologies en termes de prise de son. Résultat : jamais Sabbath n’a sonné aussi moderne, et rarement a-t-il été aussi pertinent depuis sa soumission au milieu du heavy metal.

A cet égard, tout espoir placé en 13 n’apparaissait pas totalement vain par avance, même si plusieurs inconnues subsistaient.  Ce qui est sûr, c’est que l’entreprise prend une toute autre tournure avec le retour d’Ozzy, car de son temps, Black Sabbath n’a jamais, jamais enregistré deux fois le même album. S’il était impensable que le Sab nous livre ici un nouveau disque définitif, on pouvait au moins s’attendre à une orientation différente, voire, soyons fous, à quelques prises de risque. Or le fait est que 13 a opté pour un parti pris ostensiblement nostalgique, ne cherchant même pas à cacher les auto-références dont il est truffé.  13 possède d’excellents morceaux de bravoure sublimés par le jeu de guitare racé et étonnamment peu démonstratif de Iommi.

Autre satisfaction, Geezer Butler enrobe les titres dans une basse très sonore, développant des lignes instrumentales hargneuses et d’une féroce pertinence, rappelant au monde entier qu’il est, sans aucune contestation possible, l’un des meilleurs gratteurs de quatre cordes encore en activité. Cerise sur le gâteau, l’enregistrement se place dans les standards modernes du heavy rock, et le jeu du groupe poussé à fond dégage des frissons de contentement : s’il y a au moins un domaine dans lequel Black Sabbath ne faillit pas à sa propre légende, c’est bien celui du son, et c’est déjà énorme.

Somme toute, 13 contentera son monde en fonction des aspirations que l’on aura placées en lui. Les grands naïfs qui attendaient un chef d’œuvre seront fatalement déçus, tandis que les défaitistes aigris pourraient se retrouver agréablement surpris. Une chose demeure certaine : il est aberrant de chercher à comparer ce Sab’ 2013 à celui qui a officié entre 1970 et 1978. De l’eau a coulé sous les ponts, pour le meilleur et surtout pour le pire, les mœurs dans le milieu du rock lourd ont changé. Le heavy metal a laissé trois décennies de cicatrices dans son sillage. Et le Sabbath des trois Masters à la manœuvre ne peut intrinsèquement posséder l’outrecuidance de révolutionner le rock comme celui des quatre jeunes surdoués camés qui l’a fait quarante ans plus tôt.

On notera néanmoins que ce retour suscite un enthousiasme assez unanime : les critiques sont plutôt bonnes, et le disque s’arrache en Angleterre et aux États Unis en se plaçant en tête des charts de façon historique. En un sens, jamais le Sabbath n’a connu un tel succès populaire, et si l’on peut placer quelques regrets dans le produit et dans tout ce qui entoure sa conception, on ne saura cacher un réel enthousiasme à observer l’aboutissement tardif des pionniers du rock lourd. On ne citera pas forcément cet album dans nos classements des meilleurs du Sab, mais on se réjouira sans réserve de l’exposition dont jouit actuellement une certaine manière de concevoir le rock, permettant aux jeunes générations, qu’elles soient pro ou anti-métallique, de (re)découvrir l’une des sources primordiales de la musique contemporaine. La création musicale d’instruments et non de musique d’échantillonnage DJ!!!!! Et si la roue recommencerait enfin à tourner?

13 est le 19ème album studio du groupe heavy metal britannique Black Sabbath. Il est sorti le 10 juin 2013 sur le label Vertigo Records et a été produit par Rick Rubin. Ce sera aussi leur dernier album studio puisque Black Sabbath tire sa révérence, préférant se retirer définitivement.

 

Note des éditeurs : vous pouvez lire une autre analyse de cet album ici

 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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