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Metallica Black Album

Metallica, 30 ans pour le Black Album
Publié le 20 septembre 2021

 

Par Ricardo Langlois

Déjà 30 ans, pour le Black Album. C’était hier il me semble. Si seulement je pouvais sentir l’enfance me ramener à elle (1) disait Jim Morrison. J’ai consacré une décennie à Metallica. Une dévotion indescriptible. Une union sacrée. Obsédante. Une mosaïque. J’étais là avec eux pour le Pop Rock. Je suis cet éternel ado qui réécoute Ride the Lightning et And Justice for All. J’ai même écrit une lettre à Kirk Hammett pour le remercier. Jamais eu de réponse !

Avant le Black Album

Lars Ulrich parle d’écriture (2). Son idée est de composer un morceau qui repose sur un seul riff fort, à la manière d’un Smoke on the Water (Deep Purple) ou d’un Paranoid (Black Sabbath). C’est ce titre qui indiquera la marche à suivre pour tout le reste de l’album. Efficacité, sobriété et classicisme sont donc les maîtres mots des sessions. Ainsi lorsque James et Lars présentent à Kirk la première mouture de Wherever I May Roam (dont le titre est inspirée d’une pièce de Tom Waits) qui contient un couplet, un break, un pré-refrain, un refrain et un solo (signé James) donc Master of Puppets (1986 ) fut attaqué pied au plancher une semaine après la fin de Ride the Lightning tour 1984-85, cela fait déjà 3 ans que Metallica n’a plus rien composé. Pourtant, les nouvelles sessions d’écriture à composer quatre morceaux entièrement structurés en l’espace d’une semaine. Durant l’été 1990, sept compos sont assemblées, sans titre, ni de textes complets. Le morceau numéro 1 prendra deux jours. Il sera enregistré le 13 août, en même temps que celle de Nothing Else Matterst et Wherever I May Roam. Il y a Enter Sandman qui est inspiré d’un conte pour enfants. Le marchand de sable qui jette le sable dans les yeux des gamins pour les endormir.

En studio, mixing de l’album, Hollywood, Californie le 10 juin 1991

Réinventer la roue

Je suis sensible à cette violence, qui est la seule manière d’échapper à l’idolâtrie, immoler pour continuer d’exister. Persister dans sa propre essence. Metallica suit déjà une formule depuis les albums précédents : une pièce rapide, un morceau titre, une ballade, un instrumental. L’idée est de chercher à se réinventer. Selon Jason Newsted, James et Lars voulaient tout simplifier, et moi, j’arrivais avec des plans hyper techniques, très rapides, avec un tas de notes.

Bob Rock et le nouveau son

The Cult a ouvert pour Metallica aux States. C’est à cette occasion que Bob Rock s’est procuré And Justice for All , lui qui jusque là, ne connaissait que le clip de One, régulièrement diffusé sur MTV. Il a jugé le disque intéressant. Bob est très impressionné par la puissance que le groupe dégage sur scène. Bob Rock déclare : J’ai remarqué que jusqu’ici, Lars suit la guitare de James. Je lui dis donc que pour atteindre le groove, il faut que la batterie soit le principal centre d’attraction musical. Il faut que le groupe suive Lars, et non l’inverse.  Même si l’album reste indéniablement orienté riffs, la batterie doit donc donner sa couleur à l’ensemble du jeu. Pour Bob Rock, Sad But True pourrait être le pendant 90’s du Kashmir de Led Zeppelin. C’est lui qui convainc, par exemple, le groupe de ralentir le tempo de Sad But True pour aboutir à une version ultra heavy, le titre le plus lourd jamais signé Metallica jusqu’ici. C’est un bouleversement. Pourquoi toujours jouer en Mi  ? Parce que c’est la note la plus groove ? Pourtant Van Halen et Black Sabbath n’hésitaient pas à s’accorder plus grave.

Succès monstre pour le Black Album

Plus de 16 millions d’exemplaires du Black Album aux États-Unis seulement. Ce sera un immense succès. Enter Sandman, Nothing Else Matters, Sad But True et The Unforgiven, le Black Album a passé plus de 500 semaines consécutives dans le top 200 du Billboard. Il n’y a que trois albums qui ont réussi cet exploit : Dark Side of the Moon (Pink Floyd ), The Best of Bob Marley et Journey’s  Greatest Hits . Hammett affirmera lors d’une entrevue (3) Notre objectif principal était de faire des chansons plus courtes avec des arrangements plus simples et des riffs de guitares dynamiques.

Moi, personnellement, j’avais réussi à convaincre mon directeur de radio de faire jouer Nothing Else Matters à la radio en soirée. La chanson (le clip) jouait beaucoup sur Musique Plus. Dans ma playlist de l’époque : Pink Floyd (A Momentary Lapse of Reason), Pearl Jam (Jeremy, Black), Red Hot Chili Peppers (Under the bridge), U2 (Mysterious Ways) Eric Clapton (Unplugged)… Malheureusement, Nirvana a été considéré comme anti mélodique pour l’époque. Trop band de garage ? J’ai adoré cette époque. Je pouvais faire jouer aussi Zappa, Peter Gabriel, Genesis, Prince…C’était de la bonne radio. La force brute de la musique. L’ardeur sans retenue, c’est l’avantage des radios communautaires du moins à cette époque bien précise.

Noirceur et accessibilité

12 titres dont deux power ballades (The Unforgiven et Nothing Else Matters). Fini le trash metal, les riffs composés par James Hetfield sont à mid tempo. Les solos sont plus mélodiques. L’atmosphère est sombre. Le son est travaillé (la qualité de l’enregistrement, le mixage), And Justice for All était excellent mais le son était pauvre. Le Black Album est un album impeccable. Tout est bon de A à Z. Je vous en parle et je tremble comme un saule. Je me souviens à quel point, j’avais écouté cet album (4). Même dans nos road trips de Mirabel jusqu’en Gaspésie, j’étais fier pour eux. À partir de Ride the Lightning, j’avais pressenti la magie. Le poème noir du métal (beau comme un diamant). On montait le son. On braillait comme des enfants. Metallica définit le métal. Il décloue les autres bands. Ils sont uniques. C’est un vertige. Je suis assis au fond du camion, en boule, je chante, je crie. Je prie tous les dieux pour cette musique. Je me souviens de ma première rencontre avec le groupe de l’autobus jusqu »à l’hôtel. Leurs visages d’éternels enfants. Plus jeune, j’aurais pris un plaisir fou à apprendre les accords. Écoutez la voix de James Hetfield, les riffs d’un ciel de pluie de Kirk Hammett. Je suis sur l’aile du temps. Je vous parle de mon amour pour Metallica. Forever.

Si proche peu importe
La distance
Ca ne pourrait plus près du cœur
Croyons éternellement en ce que nous sommes
Et rien d’autre n’a d’importance
( paroles de Nothing Else Matters ). (5)

Notes

(1). Jim Morrison, La nuit américaine, poésie, Christian Bourgeois Éditeur.
(2). L’histoire du Black Album, Hors série , Rock Hard, Magazine.
(3)- Entrevue Kirk Hammett, Journal de Montréa1, L’épreuve du temps, 11 septembre 2021.
(4).Carnet, Notes personnelles 1986-1991.
(5). Traduction de Nothing Else Matters.

Ricardo a été journaliste pour Pop Rock, animateur et recherchiste pour Chai-fm. Journaliste et animateur pour la radio de l’Uqam. Il a écrit 3 livres de poésie. Il est aussi chroniqueur pour Lametropole.com.

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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